‹ Le transformismeChapitre 33 sur 70 · AUTONOMIE ET SOLIDARITÉ DES CELLULES · texte numérisé non relu

AUTONOMIE ET SOLIDARITÉ DES CELLULES

parties de rorganisme, mais toutes ces parties ne sont pas également importantes ; tandis que la perte de certaines d*entre elles n'a pas de très graves inconvénients, d'autres ne peuvent être atteintes sans le plus grand danger. Les sociétés humaines nous offrent des faits ana» logues, absolument indépendants de la forme de leurs gouvernements. A New- York, ville libre, comme à Saint- Pétersbourg, ville courbée sous le joug autocratique d'un seul homme, la suppression brusque de tous les boulangers, bouchers, charcutiers, marchands de comestibles divers, la rupture des communications avec l'extérieur, l'arrêt de l'eau, la suppression des individus et des choses qui servent à l'alimentation auraient pour conséquence fatale la mort de tous les citoyens. Nous ne nous aviserons pas d'en conclure que New-York est aussi centralisé que Saint-Pétersbourg et que les bouchers et les charcutiers exercent une autorité sur les autres habitants, car si ces derniers pouvaient s'approvisionner ailleurs, ce serait les bouchers et les charcutiers qui à leur tour ne pourraient plus vivre.

Le tort de M. HaBckel a été de confondre la centralisation avec la division du travail. Ce sont là deux choses absolument différentes. Les organismes supérieurs sont des sociétés dans lesquelles la division du travail a été poussée tellement loin que la solidarité la plus étroite unittoutesleursparties,maisiln'y a pas plus de centralisation en eux qu'il n'y en a dans les êtres les plus inférieurs. Ces organismes ne peuvent donc pas être comparés à des monarchies et M. Hœckel commet une erreur fort dangereuse quand, faisant usage de cette comparaison, il prétend appuyer sur la science l'opinion que la monarchie centralisée est la forme la plus parfaite d'organisation politique,

comme rhomme est la forme la plus parfaite des organismes pluricellulaires. La vérité est que l'homme est simplement celui de tous les êtres vivants chez lequel la division du travail a été poussée le plus loin. Un gouvernement dans lequel les citoyens seraient entre eux dans les mêmes rapports que les cellules constituantes du corps de l'homme, offrirait une organisation telle que chaque individu jouissant de la plénitude de ses droits, et atteignant sans entraves tout son développement serait indispensable à tous les autres, en même temps qu'il ne pourrait se passer d'aucun d'eux.

Autonomie et solidarité, ces deux mots résument les conditions d'existence des cellules de tout organisme pluricellulaire ; autonomie et solidarité, telle serait la base d'une société qui aurait été construite sur le modèle des êtres vivants.

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