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CHAPITRE VI

CAUSBS DÉTERMINANTES DES YARIATiONS INDIVIDUBILES ET DES TRANSIORMATIONS DES ÊTRES ViVANTS

Nous avons montré dans le chapitre précédent que toutes les divisions établies parmi les êtres vivants, que toutes les classifications de ces êtres adoptées parles naturalistes sont le produit de notre intelligence, de simples procédés employés par les savants pour mettre en ordre leurs connaissances. Nous avons insisté sur cette idée que deux espèces voisines d'un même genre sont reliées les unes aux autres par des variétés intermédiaires qui les unissent d'une manière indissoluble. Chaque espèce étant ainsi rattachée à d'autres, toutes les espèces d'un même genre ne constituent, en réalité, qu'un ensemble de formes ayant un si grand nombre de traits identiques qu'on est naturellement amené à les considérer comme issues de

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parents communs. On pourrait en dire autant des genres qui composent une même ûmûlle, des fiimUles qui constitaent chaque classe, etc. Enfin, il serait facile de montrer qae les êtres placés dans les denx grands règnes animal et végétal se relient les ans aux antres par des formes intermédiaires, desquelles il est absolument impossible de dire si ce sont des animaux ou des végétaux.

Cependant, si nombreux que soient les traits de ressemblance qui existent entre toutes les familles d'une même classe, entre tous les genres d'une même &mille, entre toutes les espèces d'un même genre, chaque groupe se distingue plus ou moins nettement des groupes voisins par quelques caractères qui ont permis de les séparer. La même chose existe pour les individus qui composent chaque espèce animale ou végétale. Tous les individus d'une même espèce diffèrent les uns des autres d'une manière suffisante pour que l'œil d'un observateur exercé puisse parvenir assez facilement à les distinguer. On sait très bien, par exemple, que le berger d'un troupeau recoD> naît, à de certains caractères précis, tous les moutons ou les bœufs qui le composent. Nous distinguons nous-mêmes très facilement tous les hommes au milieu desquels nous vivons, alors même qu'ils portent un costume iden* tique. Chaque individu possède, en effet, des caractères spéciaux qui lui appartiennent en propre et qui ne permettent de le confondre avec aucun autre. D'après M, Darwin, toutes les fourmis d'une fourmilière se reconnaissent. « J'ai souvent porté, dit-il, des fourmis d'une même espèce [Formica rufa) d'une fourmilière dans une autre habitée par des milliers d'individus; mais les intrus étaient à l'instant reconnus et mis à mort. J'ai pris alors

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quelques foarmis dans une grande fourmilière ; je les ai enfermées dans une bouteille sentant l'asa fœtida, et, vingt-quatre heures après, je les ai réintégrées dans leur domicile ; menacées d'abord par leurs camarades, elles furent cependant bientôt reconnues et purent rentrer. Il en résulte que chaque fourmi peut, indépendamment de l'odeur, reconnaître une camarade, et que si tous les membres de la même communauté n'ont pas quelque signe de ralliement ou mot de passe , il faut qu'ils aient quelques caractères appréciables qui leur permettent de se reconnaître. » {Var, des an, et des pi. , II, p. 250.)

Si nous réfléchissons que les espèces, les genres, les familles, etc., ne sont que des produits de notre raison, nous devons en conclure que l'individu seul a une existence réelle, indéniable, que lui seul peut être l'objet d'une étude directe et d'observations précises.

En nous livrant à cette étude, au point de vue que comporte un ouvrage de synthèse biologique de la nature de celui-ci, nous nous trouvons en présence d'une première question : D'où viennent les caractères propres à chaque individu et par quelles causes sont-ils déterminés? Pour nous servir d'une expression qui reviendra souvent sons notre plume : A quoi faut-il attribuer les variations individuelles que présentent tous les êtres vivants sans exception? Telle est la question qui fera l'objet du « présent chapitre.

La cause la plus importante des variations individuelles réside, ainsi que l'avait fort bien indiqué Lamarck, dans l'action des milieux. En généralisant beaucoup plus que ne l'avait fait Lamarck l'idée des milieux, on pourrait même dire que le milieu constitue le seul agent déterminant des variations individuelles. On peut, en effet, ad-

mettre, comme nous Tavons indiqué dans un chapitre précédent, deux Portes de milieux, à Tinfluence desquels tout être vivant est successivement ou simultanément soumis : le milieu cosmique et le milieu générateur.

Par [milieu cosmique nous entendons toutes les conditions extérieures dans lesquelles vit Tanimal ou le végétal : la température, Tétat hygrométrique et électrique de l'atmosphère, la direction et Tintensité des vents, l'altitude, la sécheresse ou l'humidité, la déclivité, et la composition chimique du sol, la nature et Fahondance des aliments, la composition de l'air ou de l'eau qui servent à la respiration, la pression atmosphérique, la quantité de lumière et de chaleur solaire ou artificielle que chaque être reçoit, les autres organismes animaux ou végétaux avec lesquels il se trouve en contact, etc.

Par milieu générateur d'un être vivant nous entendons le ou les organismes qui lui donnent naissance, organismes qui ont leurs caractères individuels propres et qui sont eux-mêmes soumis, d'une manière incessante, à l'action du milieu cosmique.

Gomme tous les êtres vivants restent, pendant un temps plus ou moins long, en communication avec ceux qui leur donnent naissance, il y a dans la vie de chaque animal ou végétal une période pendant laquelle il est soumis, à la • fois, à l'action du milieu générateur, et, d'une manière plus ou moins directe, à celle du milieu cosmique. Pour prendre un exemple dans l'espèce humaine, l'enfant, pendant les neuf mois qu'il passe dans l'utérus maternel, est soumis simultanément à l'action du milieu cosmique dans lequel vit la mère, et à celle du milieu générateur, représenté par cette dernière.

Toutes les actions exercées par le milieu cosmique sur

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