ESPÈCES SAUVAGES
§ 1 .— -Za ségrégation et la mtgratïon chez les animauœ et tes végétauçD et leur rôle dans la formation des espèces.
Nous avons vu que deux moyens sont mis en usage par Thomme pour produire des races, des variétés et des espèces nouvelles : la ségrégation Javec expatriation, et la sélection avec ségrégation. Nous devons rechercher si les mêmes moyens sont mis en pratique par la nature pour obtenir les mêmes résultats.
On pourrait, à priori et par simple déduction de tout ce que nous connaissons relativement aux procédés à Taide desquels s'effectue la dispersion des animaux et des plantes, admettre que la formation de variétés et d'espèces nouvelles par ségrégation et expatriation doit se produire très fréquemment dans la nature.
Les fruits et les graines d'un grand nombre de plantes présentent des çl^tails d'organisation admirablement
â8â LE ïttANSFORHlSMË
adaptés à leur dispersion loin des pieds qui les ont produits. Les uns sont pourvus d'ailes ou d'aigrettes légères qui permettent au vent de les emporter à de très grandes distances ; d'autres sont armés de crochets qui se prennent dans les poils des mammifères ou dans le duvet des oiseaux et qui facilitent leur transport en des localités plus ou moins éloignées de celles où ils se sont développés; certains fruits ont une pulpe gluante qui les colle aux ailes des oiseaux ; d'autres ont leurs graines protégées par des noyaux très durs que les oiseaux ne peuvent ni broyer ni digérer, et qu'ils rendent avec leurs excréments. Grâce à ces traits spéciaux de leur organisation, les fruits et les graines d'un grand nombre de plantes sont disséminés sur une surface géographique d'autant plus considérable que les vents ont plus de force ou que les animaux qui servent à leur transport ont euX'^mémes une aire de dispersion plus étendue.
En général, cette dernière n'est pas assez grande pour que les graines ainsi disséminées se trouvent exposées, au moment de la germination, à des conditions de climat ou de nourriture très différentes de celles dans lesquelles ont vécu leurs parents, et les plantes qui en sortent conservent l'ensemble des traits des individus qui les ont produites. Cependant, il n'est pas rare de trouver dans Taire géographique d'une espèce déterminée de végétaux, un nombre plus ou moins considérable de variétés, et, presque toujours, celles-ci présentent des caractères d'autant plus marqués et d'autant plus distincts de ceux qui appartiennent aux formes typiques de l'espèce, qu'elles se trouvent plus éloignées du centre géographique de cette dernière.
Eh d'autres termes, et pour mieux me faire comprendre,
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chaque espèce de végétaux possède un territoire qui est sa propriété, territoire tantôt très restreint, tantôt très étendu. Dans le premier cas, tous les individus ae ressemblent assez pour que, d'ordinaire, on ne puisse pas établir dans l'espèce de variétés. Dans le second cas, au contraire, c'e8t*à-dire quand le territoire ou aire géogra«phique de l'espèce est très vaste, on peut presque toujours subdiviser l'espèce en un certain nombre de variétés qui occupent chacune une localité particulière. On peut alors, fréquemment, à l'aide d'une étude attentive, recoU'naitre qu'il existe dans ce vaste territoire un point central, dans lequel les individus appartenant à l'espèce envisagée sont plus uniformément semblables les uns aux autres et qui peut être considéré comme le berceau de Tespèce. C'est là qu'elle a pris naissance par un nombre d'abord peu considérable d'individus qui, trouvant des conditions favorables, se sont multipliés et ont rayonné dans toutes les directions; mais, à mesure qu'ils se répandaient, ils ae sont fatalement trouvés exposés à des conditions d'alimentation, de climati d'abri, etc., en un mot, à des conditions cosmiques de plus en plus distinctes de celles du berceau de l'espèce, et sous l'in- Quence desquelles ils subissent des modifications, des transformations plus ou moins considérables et transmis* ûbles de générations en générations. D'où, production l'un nombre plus ou moins considérable de variétés qui, lécessairement, diffèrent d'autant plus de la forme type, le celle qui continue à habiter le berceau de l'espèce, [u'elles sont plus éloignées de ce berceau.
Supposons maintenant que les graines des variétés éjà très distinctes de la forme type qui habitent les onfins de l'aire géographique soient transportées assez
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loin de leur lieu de naissance pour qu'elles se trouvent exposées à des conditions cosmiques entièrement nouvelles, les individus qui en sortiront et leurs descen* dants subiront des transformations assez profondes pour que si, au bout d'un certain nombre de générations, on compare leurs caractères avec ceux qui habitent toujours le berceau primitif de l'espèce, on trouve entre eux plus de dissemblance que de ressemblance, et qu'on soit obligé de les considérer comme appartenant à deux espèces distinctes; cela sera d^autant plus aisé à faire, que Ton n'aura pas suivi la marche de l'espèce mère dans les localités où elle s'est successivement établie.
Nous avons supposé que l'espèce végétale dont nous venons de suivre la dispersion et les transformations graduelles jusqu'à la production d'une espèce nouvelle s'était étalée lentement autour de son lieu de naissance. Ce cas est celui que l'on peut considérer comme le plus simple et le plus conforme à l'organisation des plantes ; c'est aussi le plus habituel; mais ce n'est pas le seul qui puisse se présenter.
Grâce aux caractères adaptés à la dispersion des graines et des fruits, que nous avons signalés plus haut, il peut fort bien se faire que certaines graines soient transportées d'emblée à une très grande distance du point où elles se sont formées. Gela peut être l'œuvre, par exemple, des oiseaux migrateurs ou du vent. On sait, par des obser. vations très précises, que le vent peut transporter des corps relativement lourds, tels que des grains de sable ou même de petites pierres, à des distances très considérables; à plus forte raison peut-il *8ervir de véhicule à certaines graines qui sont d'une extrême légèreté. Les oiseaux migrateurs qui parcourent en peu de jours plu-