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LUTTE POUR L*EXISTENCE CHEZ LES ANIMAUX ÂH

rissent et les animaux carnivores qui vivent de ces derniers,

Devons-'nous admettre que l'action fâcheuse du milieu extérieur s*exerce uniquement sur les faibles et que les forts y échappent toujours? Je ne le pense pas; je ne crois pas que la lutte pour Texistence soutenue par tous les animaux contre les variations brusques et exagérées du milieu extérieur puisse servir, comme on Tadrnet généralement, au progrès des espèces. La part des circonstances imprévues est trop considérable pour que, à mon avis, il puisse en être ainsi.

Mais si la lutte contre les accidents imprévus n*est que peu utile au progrès des espèces, il n'en est pas de même de la lutte que les animaux sont obligés de soutenir contre les variations normales de la température. Je ne parle pas de la fourrure qui recouvre tous ceux qui habitent des régions froides et dont le développement est une conséquence forcée de la température; je me borne à rappeler que si certains individus naissent accidentellement avec des poils moins serrés que leurs ancêtres et par suite les mettant moins bien à Tabri du froid, ils auront beaucoup plus de chances que les autres de succomber pendant l'hiver, et par conséquent de ne pas faire race. Au contraire ceux qui îont les mieux fournis en poils, en duvet ou en plumes et lutres vêtements protecteurs, résistent mieux au froid et ;e perpétuent. En un mot, c'est l'influence du climat qui L fait apparaître le vêtement protecteur, c'est elle aussi jui le maintient, et dans la lutte contre les accidents du limât, les mieux armés sont ceux que la nature a le iiieux adaptés à ces accidents.

Les animaux ont eux-^mêmes imaginé des moyens souent fort ingénieux de protection contre les intempérias

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des laiscos, contre le froid, la chaleur, le vent, la plmc. etc. Je me borne à citer les terriers des lapins et des r^ nardSy les nids souvent si habilement construits dea oiseaux les cocons et les tubes des insectes» etc. Mais presqc' toutes ces habitations ont un double objet : mettre 1^ animaux qui les construisent ou leur progéniture à Tabr des intempéries du climat, et les préserver des autres animaux dont ils ont à redouter les attaques. C'est tonjoor* en vue de ce double but à atteindre que se fait le perfevtionnement des abris auxquels je fais alludon. Ce perf«Htionnemeni est lui-même le résultat d*un travail intell'H^tuel que fait Tanimal, et par conséquent lalntte pour Texitence contre la milieu extérieur peut être considère comme Tun des éléments les plus puissants de réTolnti^T cérébrale des animaux. Mais, en même temps, elle contrib : au perfectionnement des organes qui servent à la c<r> traction des abris ou à remploi de tout autre moyen •protection contre le milieu extérieur. Les indjvidu5 imieux doués comme organes et les plus intelligents ««n toutes les autres conditions étant égales, plus de chancque les autres de résister aux variations de la températuet par conséquent de laisser une postérité chez laqu'*'. s'accroîtra graduellement la perfection des organes <;> assurent leur supériorité dans la lutte contre le miii'* extérieur. C'est encore parmi les armes défensives d^ 1. lutte pour Texistence contre le milieu extérieur et p<vr la nourriture qu'il faut placer les migrations des oiseaii et des autres animaux dont nous avons déjà eu rocca^i.-: de parler dans le chapitre précédent.

Un observateur superficiel serait tenté de croire que. » les plantes ont tout & redouter des animaux, ces de^ni»'^ au contraire, n'ont rien h cri^lndro des plantes, La placî-

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cependant est assez bien armée pour que, dans beaucoup de cas, elle reste victorieuse dans la lutte qu*elle soutient contre les animaux. Ses épines et ses poisons font plus d^une victime.

Mais ce ne sont là que de rares accidents. Les épines et les poisons ne sont que des armes défensives. Les poisons redoutables que contiennent certaines plantes constituent un danger sérieux pour les herbivores; mais les plantes vénéneuses sont presque toujours douées d'une odeur ou d'une saveur désagréables qui servent, en même temps, à protéger Tanimal contre la plante.

Certains végétaux, au contraire, prennent réellement roflensive contre les animaux. Chaque feuille des Népenthes est terminée par un vaste sac dans lequel l'eau de la pluie s'accumule et qui sert de tombeau à de nombreux insectes attirés par l'humidité. L'animal se noie dans l'eau que contient l'urne, et son cadavre sert de nourriture au végétal. L'une des plus-jolies plantes de nos tourbières, le Ih'oseraf nommé vulgairement Rosée du soleil, à cause des glandes brillantes qui couvrent ses feuilles, est un ennemi redoutable des petits insectes. Lorsqu'un de ces malheureux se pose sur la feuille de cette plante, tous les [ongs poils qui la couvrent se replient autour de lui et /engluent d'un liquide visqueux qui jouit de toutes les propriétés du suc gastrique des animaux ; l'insecte est entament digéré, puis absorbé par la plante carnivorc. Une petite plante américaine a reçu le nom de Gobe- Touche, parce qu'elle tend aux insectes de véritables âèges. Ses feuilles sont bordées de dents fines, aiguës et stides. Lorsqu'un insecte se pose sur la face supérieure 'une de ces feuilles, les deux moitiés de celle-ci se ra- £ittent^ comme les mâchoires d'un piège à loup ; les deptç

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qui les bordent se croisent, et les mâchoires de ce pii^r minuscule ne s'ouvrent qu'après que ranimai a été di^r*' et absorbé par la plante.

Je pourrais multiplier beaucoup les exemples de plant-^ qui ont reçu le nom de « carnivores 3 parce quVi. • ajoutent aux aliments inorganiques qu'elles puisent <1 il* le sol et dans l'atmosphère une quantité plus ou muir* considérable de chair fournie par les animaux dont <"!! ^ peuvent s'emparer. Le nombre de ces plantes est n^^'moins peu considérable relativement, et elles ne con«': tuent un danger que pour un bien petit nombre d'aLmaux.

C'est parmi les végétaux les plus inférieurs, parmi ca. que les microscopes les mieux perfectionnés permet!'' seuls d'observer en détail, qu'il faut chercher les enn'*:. véritables des animaux.

Plus la science avance, plus deviennent nombreuse^ '. maladies que Ton peut attribuer à la présence des ch 1' pignons microscopiques dans les tissus ou le sang des a. maux. Les teignes, les pelades, le charbon, la morve, muguet, le croup, peut-être aussi les fièvres paludéem.la fièvre typhoïde, le choléra et un grand nombre d*au\: maladies contagieuses sont déterminées par des végét . infimes, qui font, dans tous les lieux où les animaux f agglomérés, d'innombrables victimes. Ces végétaux * d'autant plus redoutables qu'eux-mêmes et leurs gem peuvent rester à l'état de mort apparente pendant semaines, des mois et même des années, sans perdre 1^ redoutables propriétés.

Dans la lutte contre ces invisibles ennemis, les anima les plus puissants sont absolument désarmés. Qu'une ' demie de charbon survienne dans un troupeau de m

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tons, c'est le hasard de la contagion qui détermine le choix des victimes. Forts et faibles sont également exposés aux coups de Fennemi. Les moutons les plus robustes n'ont pas plus de chances d'échapper à l'envahissement du charbon, que les hommes les plus forts, les plus intelligents ou les plus braves d'un régiment exposé à la mitraille de l'ennemi n'en ont d'échapper aux balles qui sillonnent l'air autour d'eux. Il pourra bien se faire, il est vrai, que quelques individus particulièrement bien doués pour la résistance succombent moins facilement au charbon qui a envahi leur organisme, mais cela ne voudra pas dire que l'ensemble de leurs caractères en fasse des êtres supérieurs aux autres.

Je suis, pour ces motifs, très peu disposé à admettre que la lutte pour l'existence soutenue par les animaux contre les ennemis dont je viens de parler ait pour conséquence nécessaire le progrès de la race et l'évolution ascendante de l'espèce.

J'aborde maintenant la question de la lutte que les animaux ont à soutenir contre les autres animaux. Gomme nous l'avons fait pour les végétaux, il faut ici distinguer deux cas : la lutte des animaux qui ne se ressemblent pas, et la lutte des animaux qni appartiennent à la même espèce. Les bœufs sauvages, par exemple, entretiennent une lutte incessante contre les animaux carnivores, tigres, lions, panthères, etc., contre les animaux venimeux, tels que les serpents, contre les parasites des divers ordres, mouches qui déposent des larves sous leur peau, vers qui se logent dans leurs intestins ou leurs tissus, gaies qui creusent des galeries dans l'éfSaisseur de leur cuir, chiques et tiques qui s'attachent à leurs flancs, taons qui sucent leur sang, etc. Mais en même temps que les bœufs

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ont à se défendre contre tous les animaux que nous venons de citer, ils ont aussi à soutenir, les uns contre )ef autres, une lutte dont les deux motifs principaux sont U recherche de la nourriture et la satisfaction des besoins génésiques.

Ce que nous venons de dire des bœufs, nous pourrions le répéter de toutes les espèces animales^ depuis les plus infimes jusqu'aux plus élevées*

La lutte entre animaux différents a toujours pour objet la nourriture. C'est uniquement pour se nourrir que l*tigre poursuit le mouton et l'égorgé. C'est également pour se nourrir que le taon et le moustique sucent le sang de* chevaux et des chiens; c'est pour que leur larve aiti manger que les œstres la déposent sur le poil du cheval, dans un point où il puisse, en se léchant, la sai^r avec sa langue et l'introduire dans son tube digestif, oi elle vivra jusque vers le moment de sa transformation en ar être semblable à la mère qui a su prendre de si sa|Br«** précautions. C'est encore pour se nourrir que l'araigo'* tend sa toile élégante au moucheron imprudent et qu le fourmilion creuse dans le sable un puits sur les paroi^ mobiles duquel glisseront les insectes qui s'aventureroc au bord du précipice.

Enfin, de tous les animaux, le plus redoutable, san> contredit, pour tous les autres, c'est l'homme, qui tu souvent sans aucune nécessité, dans le seul but de :• distraire et d'exercer les instincts carnassiers qu'il tiet de ses ancêtres.

Dans cette lutte incessante des animaux les uns contr les autres, les armes offensives et défensives sont au5* variées que sont nombreuses les espèces qui se combattent Je n'ai pas besoin d'insister icf sur les ç^rnaes offensives

griffes du tigre, du iion et du chat, dents du loup et du chien, lancette aiguë du moustique, ventouse et scies dentelées des sangsues, venin mortel du serpent, pièges de l'araignée, etc.; ni sur les armes défensives : cornes du bœuf, trompe de Téléphant, course rapide du cerf, vol plus rapide encore des oiseaux et des insectes, etc.

Mais il n'est pas inutile de faire remarquer que la lutte pour Texistence a dû jouer un rôle très important dans le développement et le perfectionnement de ces armes. Il est incontestable, par exemple, que, dans une région déterminée, les tigres les plus robustes, les mieux armés de griffes, les plus hardis, les plus habiles et les plus rusés, auront beaucoup plus de chances que les autres de bien vivre et, par conséquent, de laisser une postérité qui, elle-même, en vertu de l'hérédité, offrira les mêmes caractères. De leur côté, les animaux chassés par le tigre, les cerfs, par exemple, éviteront d'autant mieux leur redoutable ennemi qu'ils seront plus rapides à la course, auront l'oreille et l'odorat plus délicats et seront doués d'une intelligence plus apte à déjouer les ruses. Ces qualités, en assurant la conservation des individus qui en sont doués au plus haut degré, déterminent leur propre évolution ascendante. Je n'insiste pas sur cette question ; j'aurai à y revenir avec plus de détail quand je chercherai à déterminer la part que la lutte pour l'existence et la sélection ont dans la formation des variétés et des espèces nouvelles.

Parmi les armes que les animaux d'espèces différentes emploient dans la lutte pour l'existence, il en est une sur laquelle je dois insister ici, parce qu'elle a été l'objet de controverses très importantes.

Les observateurs qui étudient lea couleurs des ani«

maux ne pouvaient manquer d'être frappés de l'identité de la coloration de certains d'entre eux avec celle du milieu dans lequel ils vivent. Certains crustacés marins, par exemple, sont rouges quand ils reposent sur une algue rouge, et verts quand ils vivent sur une algue verte. Les chenilles qui fréquentent les feuilles vertes ont souvent une couleur verte qui les rend très difficiles à voir. Il y a même des insectes qui présentent une forme analogue à celle des objets au milieu desquels ils vivent. Certains papillons poussent la chose encore plus loin. Ils se sont revêtus de couleurs propres à d'autres papillons que les oiseaux dédaignent à cause de leur odeur repoussante.

Toutes ces ressemblances ont été réunies sous une dénomination commune, celle de mimétisme. Pour les expliquer, deux théories ont été émises.

D'après Russel Wallace et Darwin, les ressemblances mimétiques sont la conséquence de ce simple fait que les individus qui, sous des influences quelconques, se sont trouvés revêtus d'une coloration ou d'une forme semblables à celle des objets avoisinants, ont échappé à leurs ennemis et ont perpétué leur race, tandis que les autres ont disparu. Ce caractère avantageux se trouvant ensuite fixé par l'hérédité, une espèce nouvelle se trouve produite.

Moritz Wagner donne du mimétisme une explication tout à fait différente. Il admet que les individus doués d'une certaine coloration recherchent volontairement les lieux ou les objets dans lesquels domine la même couleur, sachant fort bien qu'ils y échapperont plus facilement à la vue de leurs ennemis. On verra qu'une troisième opinion peut être appliquée à ces curieux phénomènes, ou du moins à une partie d'entre eux.

Cette question est assez importante pour que je juge utile d'entrer dans quelques détails sur les faits et sur les interprétations différentes que je viens de résumer.

Les exemples de mimétisme sont extrêmement nombreux; je me bornerai à citer les plus caractéristiques. Un premier ordre de faits de cet ordre est présenté par les animaux qui prennent volontairement la coloration des objets sur lesquels ils se trouvent. Le plus remarquable à cet égard est le Caméléon, dont les couleurs peuvent varier du vert très pâle et presque blanc jusqu'au vert foncé et à peu près noir, en passant par toutes les teintes intermédiaires. Quand ranimai, dont les mouvements sont très lents, est fixé sur un objet depuis quelque temps, il en offre à peu près exactement la coloration.

> Un certain nombre de poissons et de céphalopodes dont la couleur varie du blanc sale au gris foncé et même au violet noirâtre, paraissent également prendre volontairement la coloration des objets sur lesquels ils reposent. La Crevette- Chamœleon {Mysis Chamœleon) est bien connue par la propriété qu'elle a de prendre une coloration gris pâle quand elle repose sur le sable, tandis qu'elle se montre brune ou verte dans les algues qui ont ces couleurs. Dans ces cas, il semble bien que l'animal prend volontairement la coloration des objets au milieu desquels il se trouve, dans le but de se rendre moins visible aux ennemis qui en font leur nourriture. Mais il resterait à déterminer de quelle façon une semblable propriété s'est développée chez ces animaux, et par quelle suite de circonstances se sont produites les cellules contractiles et le pigment qui servent à produire les diverses colorations. On pourrait

admettre que certains individus ayant acquis accidentellement une première modification des cellules de la peau dirigée dans ce sens, se sont trouvés par là protégés contre leurs ennemis, et ont légué à leur postérité ce caractère, qui n'a fait ensuite que s'accroître peur l'hérédité accumulatrice. Mais, en raisonnant de la sorte, on ne ferait que reculer la difficulté, car il resterait à chercher pourquoi et sous quelle influence se sont produite^ les premières modifications. Nous reviendrons tout à l'heure sur cette question.

Une deuxième catégorie de faits de mimétisme sont offert' par des animaux qui revêtent, d'une manière permanent '. la coloration des objets sur lesquels ils ont rhabitui de vivre ou celle des lieux qu'ils habitent. Les animaai des régions polaires sont presque tous col(5rés en blan-. plus ou moins pur; la plupart de ceux qui vivent dans l-* déserts sans végétation sont grisâtres ; beaucoup de ch^ nilles vivant sur les feuilles des arbres sont vertes, tandique celles qui se tiennent surles troncs ou les branches s^^i' brunes, grises ou noirâtres, etc. L'hermine et le lièvre ci^ Alpes ne sont blancs qu'en hiver, c'est-à-dire à Tépoqu où ils vivent dans les neiges ; tandis que le lièvre polair de l'Amérique septentrionale, qui vit pendant toute l'ann'au milieu des neiges et des glaces, reste blanc pendaL toute la durée de son existence. M. Russel Wallace, da:son excellent livre, L(^ Sélection naturelle (p. 45 et suiv. a recueilli un grand nombre de faits sur lesquels il me paru inutile dïnsister ici. Je me borne à reproduire celui qest relatif à un papillon fort curieux, commun dans l'Ltide. Kallima paralekta. Ce seul exemple donnera une idée . la perfection d'imitation des couleurs et môme des fonRque sont susceptibles de présenter les animaux. Il esL •

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reste) instructif à d'autres points de vue gur lesquels nous aurons à revenir.

« La partie supérieure de ces insectes, dit M. Wallace, est éclatante et très visible ; ils sont de grande taille et ornés d'une bande orange sur un fond bleu foncé* La surface inférieure est de nuances très variables; sur cinquante spécimens on n*en trouve pas deux exactement pareils, mais ils offrent toutes les teintes diverses de gris, de brun, de roux, qu'on trouve dans les feuilles mortes, sèches ou en décomposition. Le sommet des ailes supérieures se termine en pointe aiguë, forme très commune parmi les feuilles des arbres et des arbustes tropicaux, et les ailes inférieures se prolongent en une queue étroite et courte. Entre ces deux points s'allonge une ligne courbe et foncée, reproduisant parfaitement la nervure médiane d'une feuille, et d'6ù partent de chaque côté quelques lignes obliques, imitant des nervures latérales. Ces marques sont plus visibles à l'extérieur de la base des ailes et à l'intérieur vers le milieu et le sommet ; il est très curieux de voir la manière dont les stries marginales et transversales, particulières à ce groupe, se sont modifiées jusqu'à imiter la disposition des nervures des feuilles. Ce n'est pas tout : nous trouvons la copie de feuilles à tous les degrés de décomposition : moisies, percées de trous, souvent irrégulièrement tachées de petits amas d'une poussière noire, si semblables aux divers champignons microscopiques qui poussent sur les feuilles mortes, qu'on croirait que les papillons eux-mêmes en sont attaqués. Cette ressemblance serait inutile si les habitudes de l'insecte ne s'ac-

cordaient avec elle. S'il se posait sur les feuilles ou les fleurs, s'il tenait ses ailes étendues, ou remuait sa tête et ses antennes comme le font ses congénères, son dégui-

sèment lui servirait de peu. Nous pouvons conjecturer, d'après les analogies, que dans ce cas-ci comme dan» d'autres, ses mœurs sont de nature à le mettre à profit; mais cette supposition est superflue, car j*ai pu moimême observer et prendre de nombreux Callima parth ièkta à Sumatra, et je puis garantir Texactitude des \W tails suivants. Ces papillons fréquentent les foréis sèchn. et volent très rapidement. Ils ne s'arrêtaient jamais sur une fleur ou une feuille verte, mais on les perdait souvenl de vue sur un buisson ou un arbre mort, duquel, aprt* avoir cherché longtemps en vain, on les voyait souddii s'élancer, quelquefois de la place même sur laquelle o:. avait les yeux fixés, pour disparaître de nouveau vinC ou trente mètres plus loin. Je trouvai, une ou deux fok l'insecte au repos, et je pus constater alors la perfcctio: de sa ressemblance avec les feuilles sèches. Il se tient iu: un rameau presque vertical, les ailes exactement rappr> chées, cachant entre leurs bases sa tête et ses antennes les petites queues des ailes postérieures touchent i^ branche et forment le pédoncule de la feuille, qui emaintenue en place par lesgriff'es de la paire de pattes m»diane, lesquelles sont très minces et peu apparentes le contour irrégulier des ailes offre l'aspect d'une feuilratatinée. Nous avons donc ici la dimension, la coulear la forme, les taches et les habitudes, combinées pour prduire un déguisement qu'on peut dire parfait : Teffic cité de cette protection est suffisamment attestée par . nombre des individus qui en jouissent. »

J*ai déjà dit plus haut que Russel Wàllace et Dar^iD. et avec eux la majorité des Qaturalistes de notre époque expliquent les phénomènes de mimétisme de la coulef par une sélection naturelle résultant de la lutte po«'

Texistence. Il me paraît utile de préciser davantage celte théorie, qui est de la plus haute importance au point de vue de la doctrine du transformisme. Personne ne Ta aussi nettement exposée que M. Russel Wallace qui en est en grande partie le créateur. Afin d'expliquer la coloration blanche des animaux qui vivent au milieu des neiges et Tabsence de cette couleur chez ceux qui vivent dans des contrées où le sol offre une teinte plus ou moins foncée, il fait le raisonnement suivant : « On sait que les animaux sauvages produisent quelquefois des variétés blanches. On en rencontre parmi les merles, les étourneaux et les corbeaux, aussi bien que parmi les éléphants, les daims, les tigres, les lièvres, les taupes; mais on n'a jamais vu ces races devenir permanentes. Or, nous n'avons pas de statistique pour démontrer que des parents de couleur normale produisent des petits blancs plus souvent à l'état domestique^ qu'à l'état sauvage, et nous n'avons aucun droit de faire cette supposition tant que les faits s'expliquent sans elle ; mais il est évident que si la couleur des animaux sert réellement à les cacher et à les préserver, le blanc étant très apparent doit leur être nuisible, et concourir à rendre leur vie plus courte. Un lapin blanc est particulièrement exposé aux attaques du busard et de l'épervier ; une taupe ou une souris blanche n'échapperont pas longtemps au hibou qui les guette. De même, une déviation de l'état normal, qui rendrait un animal Carnivore plus apparent, le placerait dans une position désavantageuse en l'empêchant de poursuivre sa proie avec la même facilité que les autres, et. dans un cas de disette, cet inconvénient pourrait causer sa mort. En revanche, si l'animal s'étend d'un district tempéré dans une région arctique, les conditions seront changées. Durant une grande

leurs nids ; mais qu'à Fêtai adulte ils trouvent leur s^- ^ rite dans la rapidité du vol, en sorte qu'ils peuvent, ^a'' inconvénient, offrir des couleurs brillantes.

Quant aux insectes à couleurs voyantes, U cite noml'pde faits qui tendent à démontrer que ces coaleurs, t lieu d'être nuisibles aux animaux qui en sont dou^' leur sont, au contraire, utiles, soit en leur permettant i se confondre avec les fleurs dont ils sucent le neclv soit parce qu'elles coïncident avec des moyens de dé^rd'une nature telle que l'insecte a tout intérêt à se reni^* aussi visible que possible à ses ennemis naturels. Ceci n mande explication. L'aiguillon de la guêpe est, sans l doute, un bon instrument de défense, bien connu redouté des oiseaux ; mais si les oiseaux n'avaient jun moyen de reconnaître nettement l'insecte, ils p^j'raient se précipiter sur lui et le tuer avant m»: qu'il ait pu se servir de son dard. L'insecte a d'avantage à être bien visible, d'où la présence habitue chez les guêpes, de colorations vives, tandis que pas r seule, d'après Wallace, ne présente de teintes protectric* c'est-à-dire capables de faire ressembler l'animal aux < th parmi lesquels il vit. Les coccinelles n'offrent pas r plus de couleurs protectrices ; elles sont,, au contraid'habitude, assez brillamment colorées, mais tontes crètent des liquides puants et de saveur désagréable * répugnent aux oiseaux. Si, cependant, l'oiseau ne dtât* guait pas la coccinelle, il pourrait la tuer, sauf à ne : la manger. La coccinelle a donc avantage à se faire \ M. Wallace applique le même raisonnement aux cheo pourvues de couleurs brillantes ; il fait remarquer * les oiseaux ne mangent jamais les chenilles viveonent Iprées, et que toutes sont pourvues soit de poils urtîca

soit de glandes sécrétant des liquides puants et désagréables au goût. Cependant, elles ont avantage, comme les coccinelles et les guêpes, à être aussi facilement que possible reconnues par les oiseaux; ceux-ci s'en éloignent, connaissant leurs mauvaises qualités ou leurs armes défensives. Dans tous ces cas, les couleurs vives sont ou indifférentes ou protectrices; dans le premier cas, leur éclat est dû à la lutte sexuelle, dans le second, il est le résultat de la lutte pour l'existence, au même titre que les couleurs imitatrices. Dans le second cas, M. Wallace leur a donné le nom de couleurs avertissantes.

On n'a pas manqué d'objecter à M. Wallace qu'un grand nombre de papillons ont des couleurs très vives sans cependant posséder ni odeur ni saveur desagréables, ni aucun autre instrument de défense, sans que, par con* séquent, ils aient, ou, du moins, paraissent avoir aucun intérêt à se montrer. A cela il répond que ces insectes ont pris la couleur d'autres papillons af)partenant à des groupes parfois très distincts et doués de moyens de défense bien manifestes, babituellement d'une odeur repous^ santé et d'un goût désagréable. La coloration brillante des premiers ne serait donc qu'une imitation de celle des seconds, et elle se serait développée sous l'influence de la lutte pour l'existence, par un procédé analogue à celui qui sert à expliquer le développement des couleurs imitatrices des objets. On pourrait donner à cet ordre spécial de couleurs le nom de couleurs imitatrices des couleurs avertissantes. Ce n'est pas seulement chez les papillons que M. Wallace signale cette mimique spéciale, il en fournit encore des exemples empruntés à divers autres groupes d'insectes et même aux reptiles, aux oi^seaux et aux mammifères. Je crois inutile de les reproduire ici ;

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