‹ Le transformismeChapitre 56 sur 70 · tE TRAN8F0RM18MB · texte numérisé non relu

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Dans cette catégorie se rangent les troupeaux de W / dechevanx, de rennes, etc., les sociétés de pigeon?, fourmis, d'abeilles, de sardines, de morues, de hareng'^. ' '

Les causes qui déterminent la constitution de ces ?<• tés sont de diverses sortes. Au premier rang Gir / comme pour les sociétés végétales, un phénomène sélection absolument inconscient, consistant en ce quf races dans lesquelles les individus issus les uns des aui: • restent associés pendant une partie ou la totalité d^ \" existence, ne sont pasdétruitesparleurs ennemis natur. par conséquent se perpétuent, forment de véritabl»-? • pèceSy tandis que les races exposées aux mêmes enner • dont les individus s'isolent, succombent dans laL pour l'existence avant d'avoir pu former une espèce V'* table.

Un exemple fera bien comprendre ce fait, qui est à" plus haute importance et qui cependant me paraît a^ i complètement échappé aux observations des naturali-* Voici quatre pigeons. Deux sont blancs, deux sont er rement gris. Il y a un mâle et une femelle blanos, un n et une femelle gris. En accouplant le mâle gris av^femelle grise et la femelle blanche avec le mâle blan< en supposant que toutes les circonstances fussent fii râbles, on pourrait déterminer la production de *l races : l'une à individus tous blancs, l'autre à îndivi tous gris. Mais je suppose que les deux cas suivan\^ présentent : d'une part, tous les petits issus du co blanc restent ensemble, ne donnent que des petits bl < comme leurs parents et ne se séparent pas de ces . niers. Nous aurons bientôt une société importante pigeons blancs qui, en dépit de pertes nombreupersisterez wcléflpiment, D'autre part, ^es pigeons ^

issus du premier couple gris, au lieu de vivre en société, se séparent et s'isolent par couples. La conséquence est une destruction rapide de ces couples et la disparition complète de la race grise. Tandis que la vie en société assurait à la race blanche le triomphe dans la lutte pour Texistence, l'isolement a perdu la race grise.

En généralisant, je puis dire que tous les individus isolés sont fatalement supprimés dans la lutte pour l'existence contre le milieu extérieur, contre les végétaux ou contre les animaux, tandis que ceux qui vivent en société échappent en partie aux mêmes ennemis et perpétuent leurs races. Il en résulte que tous les animaux, du rhoins tous ceux qui comptent des ennemis nombreux, tous les herbivores, par exemple, doivent se présenter à nous à l'état de sociétés plus ou moins étendues. C'est, en effet, ce que nous avons déjà constaté.

La vie en société de la plupart des animaux se trouve donc expliquée, en premir lieu, par un phénomène dans la production duquel l'animal est absolument inconscient. Ces êtres se présentent à nous à l'état de sociétés, parce que ceux qui ne mènent pas ce genre de vie disparaissent en tant que races ou espèces, tandis que les autres fondent des races ou des espèces permanentes. Les sociétés des animaux les plus inférieurs ne peuvent incontestablement être expliquées autrement.

Mais nous devons nous demander si les animaux supérieurs ne sont pas entraînés vers la vie en société par certains sentiments particuliers et s'ils n'adoptent pas ce genre de vie d'une façon consciente. Il est absolument incontestable que les sociétés d'abeilles, de fourmis, de buffles, de rennes, etc., sont des sociétés conscientes et. en grande partie volonte^ires. Nous (Jevons (Jonc recher^

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cher quel est le sentiment qui a pu leur servir de ba«^.

Ici se pose de nouveau la question du rôle joué par. famille dans la formation des sociétés.

Contrairement à ce qui est généralement admis, y r. pense pas que la famille puisse être considérée comm^' base des sociétés animales, même chez les animaux ' plus élevés en organisation. Si la famille était la baj*". la société, le développement de Tune devait être dir»^ment en rapport avec le développement de Tautre. <»r n'en est jamais ainsi.

Le tigre nous en offre un exemple remarquable. Pédant la période des amours et celle de l'élevage des pet le mâle et la femelle se montrent étroitement unis. L petits, qui sont peu nombreux, suivent leurs pam pour ainsi dire, pas à pas ; la vie de famille existe a, dans toute sa plénitude. Mais elle est de courte durdès que les petits sont grands, ils se dispersent, le màl^ la femelle se séparent ; à une vie de famille très étr. succède un isolement absolu.

D'autres faits prouvent que, bien loin d'être un a. : minement vers la société, la famille constitue, au • traire, chez les animaux, dans beaucoup de cas, un* tacle réel à la constitution de sociétés permanentes.

Ce qui se passe dans un troupeau de bœufs sauvage?, moment des amours en est une excellente preuve. Lorsqumâle adulte a fait son choix parmi les femelles, lor?»]a été agréé par celle dont il sollicite les faveurs, le cou s'éloigne, il va vivre et aimer à l'écart. Si quelque a. membre de la société, un mâle surtout, essaye dapf cher, il ne tarde pas à voir s'abaisser devant son front cornes de l'amoureux. Le même fait se reproduisant p tous les mâles adultes, le troupeau diminue rapiden.-

de nombre, ou se dissout, du moins pour quelque temps ; ce n'est que plus tard qu'un troupeau nouveau pourra se constituer par un procédé dont nous parlerons tout à l'heure.

La famille animale n'a elle-même, d'habitude, qu'une durée tout à fait passagère. Tant que les jeunes ne sont pas parvenus à l'âge des amours, il est fréquent de les voir s'attacher à leurs parents et les suivre, alors même qu'ils n'ont plus aucun besoin de leurs soins. Les parents les tolèrent, parfois même leur témoignent encore des marques incontestables d'affection ; mais, dès que les enfants sont devenus aptes à la reproduction, une lutte acharnée éclate, d'une part entre les enfants d'un m^me père, d'autre part entre le père et les enfants, et le groupe familial se dissoiit. Il n'est pas rare non plus de voir la mère chasser ses enfants dès qu'ils ont acquis les forces nécessaires pour subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Gela se produit surtout chez les animaux qui ont des portées fréquentes. La chatte griffe et mord les petits qui cherchent ses mamelles alors qu'elle commence à ressentir les aiguillons de la chair et qu'elle appelle les caresses du mâle. Nous avons déjà dit, dans un chapitre précédent, que ces faits jouent un rôle important dans la ségrégation active ou volontaire des animaux.

Si des animaux dont la vie de famille est plus ou moins développée, du moins pendant un certain laps de temps, par exemple le tigre, ne forment jamais de sociétés, par contre, il existe de nombreuses espèces animales qui offrent un état social très développé avec une vie de famille à peu près ou tout à fait nulle. Chez les chiens sauvages, les liens conjugaux ne sont que passagers ; le mâle prodigue ses caresses au plus grand nombre pos-

sible de femelles et ne prend aucun soin de ses innombrables enfants. Ces animaux présentent cependant ui état social aussi développé qu'il est possible de le mcontrer en dehors de l'humanité. Ils forment, dans c-^:tains pays, de vastes villages à habitations souterrain^? ils ont des chefs de divers ordres, marchent en troup à l'ennemi ou plutôt au-devant des animaux dont ils fo' leur proie, leur livrent des batailles réglées et fontpreu' de talents stratégiques consommés.

Ainsi, chez les chiens sauvages, pas de famille et u: état social très avancé. Chez les tigres, une fami. étroite et pas de société. Quelle meilleure preuve pourrions-nous trouver que chez les animaux la famille l peut pas être considérée comme la base de la société ?

Un exemple bien curieux de la sorte d'antagoni^ir qui existe, chez certains animaux, entre la fanûlle et . société, nous est offert par les fourmis et les abeiPr* Chaque société ne possède qu'un seul mâle et une s<fu femelle qui vivent presque en dehors de la société : .* femelles ou les mâles auxquels ils donnent naissance ^ : tués ou s'éloignent, aussitôt qu'ils ont atteint leur d^* loppement complet. Tous les membres de la société, t les travailleurs, tous ceux qui contribuent au bien étrla communauté, ont perdu toute faculté génératrice, i ne possèdent plus que des organes génitaux tellem rudimentaires qu'ils ne peuvent leur être d'aucun usa* et ne provoquent en eux aucun besoin génésique.

Chez ces êtres, pour que la famille serve de base à société, il faut que l'élément le plus indispensable à constitution de la famille, les organes reproducteurs, ^' paraissent.

Je pourri^is invoquer encore bien d'autres faits '

prouvent que, chez les animaux, la famille ne peut pas être considérée comme la base de la société et qu'il y a même toujours antagonisme entre les intérêts familiaux et les intérêts sociaux ; mais c'est surtout à propos des sociétés humaines que je me propose de mettre ces faits en relief.

Chez les animaux doués d'intelligence, comme les fourmis, les abeilles, les bœufs, etc., la vie en société est en partie due à ce que ces animaux comprennent, dans une certaine mesure, l'intérêt qu'il y a pour eux à suivre ce genre de vie. Il n'est pas douteux que le chien sauvage, par exemple, sache d'une manière très certaine qu'il lui est plus facile de s'emparer d'un cerf lorsqu'il est aidé dans cette chasse par un certain nombre de ses semblables, que quand il est réduit à ses propres forces. La fourmi sait fort bien aller requérir l'assistance de ses concitoyennes pour traîner un brin d'herbe que seule elle serait impuissante à déplacer. Vous avez tous vu dix, quinze, vingt, cent fourmis, s'atteler ainsi à un même objet, sur l'avis bien manifeste de quelques-unes d'entre elles, avis transmis à Taide du frottement des antennes. Dès que quelque danger survient, on voit les moutons épars dans une prairie se rapprocher vivement les uns des autres, se réunir en une masse compacte, puis, tous à la fois, incliner leurs fronts en avant et menacer l'ennemi. Avant d'entreprendre le long et pénible voyage d'émigration qu'elles effectuent tous les ans, les hirondelles et les grues se réunissent par bandes. Celles-ci ne partent pas avant que tous les individus qui habitent une même localité soient présents.

Dans tous ces cas, l'aide pour la lutte et l'association sont manifestement conscientes ; nous pouvons attribuer leur

production à ce que les individus qui se groupent coirprennent, sinon parfaitement, du moins dans une mtaine mesure, la nécessité de la vie sociale.

Un autre sentiment s'ajoute à celui de Fintcrét : je tp:: parler d'une sorte particulière d'affection que ne lard'" pas à éprouver les uns pour les autres les divers merobrd'une même société. Il est important de rechercher :: source de ce sentiment.

Tout animal se trouve,, au moment de sa naissance, *' présence d'animaux semblables à lui. Chez les mamn fères, c'est le père, la mère et les frères de la même p- 'tée qui s'offrent à la vue du jeune animal. Chez les p sons, dont les œufs sont abandonnés par les parent?, sont seulement des frères ou du moins des individus rimôme espèce. Je ne veux pas insister sur l'avantage •: les jeunes animaux retirent de leurs rapports avec . premiers êtres qui les environnent. Chez les mammifr* qui allaitent leurs petits, cet avantage est trop dir pour qu'on puisse le nier ; il est le point de départ de ' mour que les enfants éprouvent pour leur mère, même temps que de l'affection que cette dernière 1rend. Chez les poissons, le cas est différent, puisque jeunes animaux ne connaissent pas leurs ancêtres etn' • de rapports qu'avec des êtres de la même générât qu'eux.

Mais, chez les uns comme chez les autres, les premi ' êtres qui frappent la vue des jeunes sont, je le répète, animaux ayant les mêmes formes, les mêmes habitu. et les mêmes besoins. Ces premières formes aperçues i gravent profondément dans la mémoire; elles ne se»fondront jamais avec celles des organismes dififérents. plus tard se présenteront à l'observation des jeunes l'

maux. Toutes les formes qu'ils n*ont pas encore aperçues, produisent même sur eux un effet désagréable et leur inspirent un sentiment de crainte qui ne se dissipe que lentement et à la condition formelle qu'aucun danger ne vienne jamais des inconnus. Ainsi s'explique la peur manifestée par tous les animaux, y compris l'homme, à la vue des objets, surtout des organismes vivants, qu'ils aperçoivent pour la première fois.

Les jeunes animaux qui n'ont encore vu que des êtres semblables à eux se rapprochent rapidement de ces derniers, dont ils savent n'avoir rien à redouter, dès que d'autres êtres apparaissent. Il se produit ainsi, lentement, un échange de relations qui constitue le premier lien de la vie sociale.

, L'affection sociale trouve encore sa source dans un autre fait que je ne veux que signaler en passant. Tandis que les jeunes animaux grandissent dans la société de leurs semblables, leurs organes génitaux se développent peu à peu et ne tardent pas à déterminer des besoins encore tellement vagues qu'ils trouvent leur satisfaction dans la fréquentation, les jeux et les caresses des animaux du même âge. Plus tard, surviennent des tentatives de rapports sexuels dans lesquelles le jeune animal ne paraît pas faire de distinction entre les différents sexes. Le jeune chien mâle, par exemple, courtise aussi volontiers les mâles de son âge que les jeunes femelles. Enfin, lorsque les organes de la reproduction ont acquis tout leur développement, l'attraction que chaque femelle exerce sur tous les mâles de son entourage et celle que chaque mâle exerce sur toutes les femelles resserrent encore les liens de l'affection sociale et tendent à développer de plus en plus une qualité que l'on peut désigner

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par le nom de soctabtlitè. Celle-ci, 66 transmeUani pi* Thérédité, devient inhérente à la nature de certains am maux.

Les sociétés formées par les espèces animales inirieures, celles dont la sélection est la seule base, r. présentent aucune organisation. Les individus visv ensemble d'une façon presque aussi inconsciente quf chênes dans les forêts ou les graminées dans les prair>* Les sociétés d'animaux supérieurs offrent, au contrat presque toujours une certaine discipline. Tout le m<.' connaît Tordre admirable qui règne dans les fourmili»' ou les ruches, et Timportance dont jouit, dans ces ù nières, la femelle pondeuse, à laquelle les naturaliste^ donné le nom de reine. Quand la reine d'une ruche vi à mourir il se produit bientôt un trouble indicible. L les troupeaux de bœufs> de rennes, de cerfs, de cheTa il existe toujours une sorte de chef qui guide la so^ tout entière dans ses marches et donne le signal **fuite quand surviennent les ennemis. Certains et sauvages ont aussi des chefs reconnus qui semblent r.. la stratégie de la chasse.

Cette organisation découle de deux sentiments qmanifestent très nettement chez tous les animaux s: rieurs : la crainte et l'esprit de domination.

Tous les animaux qui servent à l'alimentation def i nivores, tous les carnivores qui sont mangés par d'à carnivores , sont , dès l'enfance , instruits par leur? i rents ou leurs semblables de la nature des ennemis ' ont à redouter et sont rendus craintifs par l'obsen i directe des ravages que font parmi eux ces ennemi^ crainte devient ainsi une qualité d'autant plus dével ' chez une espèce animale déterminée que cette e?:-

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