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ROLE DE LA LUTTE POUR L*EX1STENCE

nue le point de départ d'une race ou espèce nouvelle dont . le caractère ornemental s'est accentué de plus en plus sous l'influence de l'action accumulatrîce de l'hérédité; mais cette opinion me parait peu probable, étant donné la nature de la plupart des caractères d'ornementation. Ou bien, ces caractères se sont développés sous l'influence de conditions cosmiques difficiles à apprécier, telles que la température, la nourriture, certaines habitudes des animaux, etc., agissant simultanément sur un très grand nombre d'individus, sur tous ceux, par exemple, d'une localité déterminée, et pendant un nombre très considérable de générations. Sans cesse accrus par l'action productrice et augmentés par l'hérédité, les caractères ornementaux ne tarderaient pas, dans cette hypothèse, à offrir l'importance qu'ils présentent dans un grand nombre d'espèces.

Que les individus doués de ces caractères en fassent usage pour séduire les femelles, rien de plus naturel, sans qu'on doive en conclure que c'est le choix de ces dernières qui a provoqué leur développement.

Causes cosmiques permanentes, aidées, peut-être, dans une faible mesure, par la sélection ordinaire et sexuelle, ou bien, causes accidentelles et ségrégation, tels sont lesdeux procédés qui, à mon avis, peuvent expliquer le développement des caractères sexuels, secondaires, ornementaux.

Quand les caractères ornementaux existent chez les deux sexes, les conditions les plus simples de l'hérédité suffisent pour expliquer leur transmission. Le cas est plus difficile quand ils ne se présentent que dans l'un des deux sexes, qui est ordinairement le mâle. Diverses théories ont été émises pour expliquer ces cas.

D'après Russel Wallace, qui s'est particulièrement occuje des caractères ornementaux des oiseaux, les deux

mômes, parce qu'ils ont tous exactement les mêmes be« soins, qu'entre les bœufs et les chevaux.

Quand la lutte est limitée aux individus d'une môme espèce, elle se place sur un terrain en partie nouveau, dont nous n'avons pas encore parlé, et elle a des conséquences particulièrement favorables pour l'évolution ascendanle de l'espèce.

En premier lieu, comme je l'ai prouvé tout à rheorc par l'exemple du lapin, la descendance des individus le< plus prolifiques ne tarde pas à occuper seule la place. Mais la lutte ne se borne pas à cela. Il se produit encore entre les mâles pour les femelles et entre les femelle; pour les mâles, une véritable lutte sexuelle dont la conâ^ quence constitue ce que Darwin a nommé la « sélectiof sexuelle »

Comme la lutte sexuelle joue dans la doctrine de Darwin une importance considérable, je crois utile d'entrer son sujet dans quelques détails.

Nous avons vu dans un chapitre précédent que certaincaractères sont essentiellement corrélatifs du sexe et quplusieurs d'entre eux n'apparaissent môme qu'au momer où l'animal, mâle ou femelle, devient apte à la reprodu tîon, ou môme ne se présentent que pendant chaque priode génésique annuelle.

Ces faits ne pouvaient manquer d'attirer l'attention d-* naturalistes ; aussi en ont* ils, depuis longtemps, fait océtude soignée; mais Darwin parait être le premier qui t cherché à déterminer la cause qui préside au développa ment de ces caractères, et il a cru la trouver dans t* qu'il appelle la lutte et la sélection sexuelle».

Sans entrer dans des détails qui seraient ici déplacé?. me paraît utile de signaler en passant les plus inaportar

des caractères sexuels dans les différents groupes. Le lecteur qui désirerait en faire une étude plus complète trouvera de quot se satisfaire dans Texcellent travail de Darwin (Descendance de rhomme^ p, 226).

Chez les animaux les plus inférieurs, on ne trouve pas de caractères qui puissent être considérés comme véritablement corrélatifs du sexe, en dehors de ceux qui tiennent à l'organisation sexuelle. On ne commence à percevoir les caractères sexuels, que Darwin appelle «secondaires», c'est-à-dire indépendants des organes génitaux, que chez les mollusques et les vers ; mais ils n'y sont que fort rudimentaires et très difficiles à expliquer. Quelques coquilles de gastéropodes dioïques ne sont pas tout à fait semblables dans les deux sexes; mais on ne connaît aucun organe qui serve aux mâles soit à retenir les femelles, soit à combattre les uns contre les autres. Ces animaux ne sont d'ailleurs que fort peu intelligents, et il est douteux que leur affectibilité soit supérieure ou môme égale à leur in^ telligence. Cependant, il n'est pas permis de douter que les sexes se reconnaissent quand ils sont séparés, et Ton peut s'assurer que même les mollusques hermaphrodites se font quelques caresses avant de s'accoupler. Il suffit, pour s'en convaincre, d'observer le rapprochement des escargots ou des limaces. On peut considérer le dard -alcaire et barbelé que portent les escargots comme un ^irgane permettant aux deux individus accouplés, à la •ois, de se fixer l'un à l'autre et de s'exciter réciproque- :xient. Darwin cite un fait très curieux que je crois utile lo reproduire en passant, parce qu'il semble indiquer 'oxistence d'une certaine affectibilité sociale chez les .^oargots. « M. Lonsdale, dit-il (loc, cit, p. 289), m'ap- ^x*end qu'il avait placé un couple de colimaçons terrestres

[Hélix pomatia)^ dont rùn semblait maladif, dans nn polit jardin mal approvisionné. L'individu fort et robuste «iiparut au bout de quelques jours ; la trace glntineu'^ qu'il avait laissée sur le mur permit de suivre ses trace> jusque dans un jardin voisin, bien approvisionné. M. Lnndale crut qu'il avait abandonné son camarade maladie : mais il revint après une absence de vingt-quatre heur^r et communiqua probablement à son compagnon les résultats de son heureuse exploration, car tous deux i^irtirent ensemble et, suivant le même chemin, disparurer/ de l'autre côté du mur. »

Ce n'est que chez les crustacés que les caractères sexu^^se montrent bien nettement et que la théorie de la lut!sexuelle peut trouver son application ; c'est chez eux auv que commence à se montrer avec quelque netteté l'affectibilité sexuelle. Spence Batê en cite un exemple empruu' à un crustacé d'un groupe inférieur, le Gammams marin' qui est très abondant sur nos côtes. Il sépara un mâle : la femelle à laquelle il était fixé et les plaça dans des va--^ différents où se trouvaient un grand nombre d'indîvi<i * delà même espèce. Au bout de quelque temps, ayant mile mâle dans le vase où se trouvait la femelle, il le vit na::de côté et d'autre, au milieu de la foule, puis se précipiî vers sa femelle et l'emporter. Ce fait témoigne, à la foid'une mémoire assez grande et d'une affectibililé ma: feste.

Chez les crustacés, les caractères sexuels consisl': habituellement en organes destinés à saisir la femelle : est fréquent par exemple de voir les pinces des mâles rf plus développées que celles des femelles. Darwin .. met pour expliquer cette inégalité que les mâles \ mieux doués à cet égard, étant ceux qui ont le plus

chances de se 'perpétuer, le caractère qui leur accorde la supériorité est conservé et même développé par l'hérédité, tandis que les mâles moins bien doués succombent. Si l'on demande sous quelle influence les pinces d'un ou plusieurs individus se montrent plus fortes que celles des autres, la réponse, sans doute, doit être cherchée dans l'usage qu'en font les individus et la sélection sexuelle ne se trouve plus qu'au second rang des causes qui déterminent le développement du caractère sexuel. Je ne veux pas insister ici sur ces considérations, qui seront mieux à leur place dans une autre partie de ce livre.

Quelques crustacés ont les deux sexes différemment colorés, et, comme il est incontestable qu'ils voient les différentes couleurs du spectre, il est permis de supposer que la coloration ordinairement plus brillante des mâles attire l'attention des femelles ; mais Darwin luimême n'ose pas trop s'aventurer sur ce terrain (Jans la voie des afflrmations.

Les insectes présentent fréquemment une différence très marquée de coloration chez les mâles et les femelles d'une même espèce. Chez eux aussi les mâles sont fréquemment pourvus d'armes à l'aide desquelles ils se combattent entre eux ; et l'un ou l'autre sexe, parfois tous les deux, présentent des organes à l'aide desquels ils peuvent s'appeler ou se charmer ou bien se tenir fixés. Sans entrer à ce sujet dans des détails superflus, je me borne à rappeler les brillantes couleurs de certains papillons, les pinces redoutables des capricornes, le bruit plus ou moins musical des cigales et des grillons, les immenses mâchoires à l'aide desquelles certains insectes saisissent leurs femelles, etc., les cornes qui s'élèvent sur la tête des mâles d'un certain nombre de coléoptères, etc.

Les poissons, les amphibiens et les reptiles offrent tous des caractères sexuels secondaires qui permettent de distinguer avec facilité les mâles des femelles, et ce sont presque toujours les mâles qui sont les mieux doués à cet égard ; mais aucune classe n'est plus intéressante à étudier à ce point de vue que celle des oiseaux, et c'est sur elle qu'ont porté surtout les travaux de Darwin, de Wallace et des autres fondateurs et adeptes de la théorie de la sélection sexuelle.

Chez les oiseaux, l'intelligence et l'affectibilité atteignent un haut degré de développement. De nombreuses observations établissent d'une manière certaine que lesrelation^ sexuelles n'y sont pas livrées au simple hasard et que lef femelles se décident souvent en faveur de tel ou tel mal*' à la suite d'un véritable choix. Les batailles entre mâle^ y sont fréquentes et terribles ; mais la force ne parait pa< être le seul moyen qu'ils possèdent de conquérir la femell-r convoitée, et le consentement de cette dernière n'est pâ> toujours aussi facile à obtenir qu'on serait tenté de ! croire. C'est pourquoi Darwin et ses partisans (regardée les caractères ornementaux comme occupant dans la lai' sexuelle, chez les oiseaux, un rang supérieur à celui d*^ armes de combat. Sans entrer dans des détails inutiles. ^ dois rappeler, parmi ces caractères d'ornementation, 1 superbe et immense queue du paon mâle, les ailes brilamment colorées de l'argus, la crête rutilante du coq, et Il est important de remarquer que les caractères d'ornementation sont souvent la propriété exclusive des mâi'^ Dans un certain nombre d'espèces cependant on les rr trouve chez la femelle à peu près avec le même dév loppement. Dans beaucoup de cas, ils apparaissent j répo(|ue des «amours pour dispar«^Ur« ensuite, et pres-^

jamais ils ne se montrent chez les jeunes. A ces caractères se joignent souvent d'autres qualités remarquables, comme le chant, la danse, etc., qui paraissent n'avoir d'autre objet que deconcourirà la séduction des femelles. Quant aux armes de combat, elles sont représentées par le bec, les ailes, les éperons, etc., dont certaines espèces se servent pour se livrer de longues et rudes batailles.

Un grand nombre d'espèces de mammifères, de quadrumanes et les hommes eux-mêmes présentent des caractères que l'on peut comparer à ceux dont nous venons de parler, en ce qu'ils ont des relations plus ou moins étroites avec les seies, et n'existent souvent que chez le mâle, pour lequel ils constituent soit des ornements, soit des armes, ou les deux à la fois. Darvsrin range dans cette catégorie de caractères les taches voyantes d'un grand nombre d'antilopes, la coloration de la face ou des fesses de certains singes, les touffes de poil, la barbe, les cornes, les défenses, etc., qu'on ne trouve que chez les mâles de beaucoup d'espèces; mais il reconnaît que, chez les mam-« mifères, les femelles paraissent moins touchées des carac-« tères d'ornementation que de la force et de la vigueur génésique des mâles.

Nous avons dit plus haut que Darwin attribue le développement de tous les caractères sexuels secondaires à une forme particulière de la sélection naturelle qu'il désigne sous le nom]de sélection sexuelle. D'après lui, les femelles choisissant toujours de préférence les mâles les plus beaux, les caractères ornementaux seraient perpétués par l'hérédité et deviendraient graduellement de plus en plus intenses. C'est également à la sélection sexuelle gu'il attribue le développement des armes employées par les mâles dans leurs combats pour la conquête des femelles,

Bien que cette manière de voir soit aujourd'hui admi?^ par presque tous les naturalistes, il me paraît indispensable de l'examiner avec quelque soin. Peut-être arriveronnous ainsi à nous assurer que les bases sur lesquelles elle repose ne sont pas aussi solides qu'on le croit géné^al^ ment.

Tous les caractères sexuels secondaires peuvent ét^ divisés, d'après leur nature et leur rôle, en deux catégorie^ ceux qui sont utiles et ceux qui sont simplement agréahh.

Les caractères utiles, tels que les armes de combat, 1-* organes d'appel et de préhension, sont toujours des parties entrant dans le plan d'organisation typique des ani maux, mais ayant pris, dans certaines espèces délermi nées, un accroissement considérable et proportionné à l'énergie du rôle qu'ils sont appelés à jouer. Il ne ir paraît pas douteux que le développement de ces caractèresoit dû, en grande partie, à Yusage constant qu'en font ianimaux qui en sont doués et à l'influence accumulatride l'hérédité. Darwin lui-même ne se refuse pas à admeltr cette manière de voir, mais il attribue la plus grande pi' d'influence à la sélection sexuelle.

Les caractères agréables, c'est-à-dire ceux qui senr uniquement à l'ornementation et qui permettent aux mal de séduire les femelles ou réciproquement, sont ducomme les précédents, au développement exagéré de e»":tains organes entrant dans l'organisation typique «1 animaux; mais ilsne peuvent guère être attribués à Tu^qui en est fait et Darwin explique leur développenif par la seule sélection sexuelle.

Nous reviendrons plus bas sur la manière dont Dan» explique le développement des caractères sexuels sec:daireset nous la discuterons avec tout le soin qu'elle roéri

Chez les animaux comme chez les plantes, Tassociation en vue de la lutte pour l'existence est une nécessité à laquelle les différentes espèces peuvent d'autant moins se soustraire qu'elles comptent d'avantage d'ennemis et que ces derniers sont plus redoutables.

En ce qui concerne les animaux terrestres, ce sont les herbivores et les granivores, c'est-à-dire ceux qui ont une alimentatioi) végétale et servent eux-mêmes à. la nourriture des carnivores, qui forment les sociétés les plus étendues. Il me suffira de rappeler les vastes troupeaux de bœufs, de chevaux, de buffles, de cerfs, qui peuplent les plaines verdoyantes des deux mondes ; les sociétés de pigeons sauvages et de perroquets qui animent les solitudes des forêts vierges; les associations d'abeilles, de fourmis, de pucerons, etc.

Les animaux aquatiques, quoique généralement carnivores, forment aussi, presque tous, des sociétés d'autant plus considérables qu'ils sont exposés à plus de dangers. Ai-je besoin de citer les immenses bancs de sardines et de harengs quifréquctitentnosJ côtes? Seuls, quelques grands poissons carnivores, comme les requins, vivent dans un isolement relatif, qui s'explique facilement par le fait de la concurrence que se font ces animaux dans la recherche de la nourriture.

C'est aussi cette concurrence qui détermine l'isolement de la plupart des grands carnassiers terrestres, comme les tigres et les lions, dont les sociétés ne dépassent pas les limites étroites de la famille.

Les associations formées par les animaux sont, comme celles des plantes, de deux sortes : les unes méritent véritablement le nom de « sociétés » ; elles sont constituées par des individus appartenant tous à la même espèce.

Dans cette catégorie se rangent les troupeaux de bceots de chevaux, de rennes, etc., les sociétés de pigeons, d^ fourmis, d'abeilles, de sardines, de morues, de harengs, etc.

Les causes qui déterminent la constitution de ces socic tés sont de diverses sortes. Au premier rang figurt. comme pour les sociétés végétales, un phénomène d-sélection absolument inconscient, consistant en ce quel"* races dans lesquelles les individus issus les uns des aulre» restent associés pendant une partie ou la totalité de leur existence, ne sont pas détruites par leurs ennemis naturels par conséquent se perpétuent, forment de véritables e^ pèces, tandis que les races exposées aux mômes ennemK dont les individus s'isolent, succombent dans la lutte pour Texistence avant d'avoir pu former une espèce véritable.

Un exemple fera bien comprendre ce fait, qui est del* plus haute importance et qui cependant me parait avic' complètement échappé aux observations des naturallMr. Voici quatre pigeons. Deux sont blancs, deux sont entirrement gris. Il y a un mâle et une femelle blanos, un niâr et une femelle gris. En accouplant le mâle gris avec l. femelle grise et la femelle blanche avec le mâle blanc, ► en supposant que toutes les circonstances fussent faw râbles, on pourrait déterminer la production de drù' races : Tune à individus tous blancs, l'autre à individutous gris. Mais je suppose que les deux cas suivants v présentent : d'une part, tous les petits issus du coufi^ blanc restent ensemble, ne donnent que des petits blanocomme leurs parents et ne se séparent pas de ces dt:niers. Nous aurons bientôt une société importante «^ pigeons blancs qui, en dépit de pertes nombreuse?, persisterez indéfiiiin^ent. D'autre part, les pigeons st.?

; issus du premier couple gris, au lieu de vivre en société, se séparent et s'isolent par couples. La consé-

I quence est une destruction rapide de ces couples et la disparition complète de la race grise. Tandis que la

; vie en société assurait à la race blanche le triomphe dans

la lutte pour l'existence, l'isolement a perdu la race grise.

En généralisant, je puis dire que tous les individus

isolés sont fatalement supprimés dans la lutte pour l'exis-^

; tence contre le milieu extérieur, contre les végétaux ou contre les animaux, tandis que ceux qui vivent en so-

, ciété échappent en partie aux mêmes ennemis et perpétuent leurs races. Il en résulte que tous les animaux, du rhoins tous ceux qui comptent des ennemis nombreux, tous les herbivores, par exemple, doivent se présenter à nous à l'état de sociétés plus ou moins étendues. C'est, en effet, ce que nous avons déjà constaté.

La vie en société de la plupart des animaux se trouve donc expliquée, en premir lieu, par un phénomène dans la production duquel l'animal est absolument inconscient. Ces êtres se présentent à nous à l'état de sociétés, parce que ceux qui ne mènent pas ce genre de vie disparaissent en tant que races ou espèces, tandis que les autres fondent des races ou des espèces permanentes. Les sociétés des animaux les plus inférieurs ne peuvent incontestablement être expliquées autrement.

Mais nous devons nous demander si les animaux supé* rieurs ne sont pas entraînés vers la vie en société par certains sentiments particuliers et s'ils n'adoptent pas ce genre de vie d'une façon consciente. Il est absolument incontestable que les sociétés d'abeilles, de fourmis, de buffles, de rennes, etc., sont des sociétés conscientes et. en grande partie yçlo^twes, Nous devons donc recber-^

cher quel est le sentiment qui a pu leur servir de base.

Ici se pose de nouveau la question du rôle joué parla famille dans la formation des sociétés.

Contrairement à ce qui est généralement admis, je n<' pense pas que la famille puisse être considérée comme h base des sociétés animales, même chez les animaux V^ plus élevés en organisation. Si la famille était la base (]• la société, le développement de Tune devait être direcl*»ment en rapport avec le développement de l'autre. Or i! n'en est jamais ainsi.

Le tigre nous en offre un exemple remarquable. Pendant la période des amours et celle de l'élevage des petit?, le mâle et la femelle se montrent étroitement unis. Le» petits, qui sont peu nombreux, suivent leurs parentpour ainsi dire, pas à pas ; la vie de famille existe alurdans toute sa plénitude. Mais elle est de courte durer dès que les petits sont grands, ils se dispersent, le mâle r' la femelle se séparent; aune vie de famille très élroi* succède un isolement absolu.

D'autres faits prouvent que, bien loin d'être un ach»" minement vers la société, la famille constitue, au extraire, chez les animaux, dans beaucoup de cas, un obtacle réel à la constitution de sociétés permanentes.

Ce qui se passe dans un troupeau de bœufs sauvages, ai: moment des amours en est une excellente preuve. Lorsqu'ui. mâle adulte a fait son choix parmi les femelles, lorsqu ii a été agréé par celle dont il sollicite les faveurs, le coup^ s'éloigne, il va vivre et aimer à l'écart. Si quelque aiitr* membre de la société, un mâle surtout, essaye d'apprucher, il ne tarde pas à voir s'abaisser devant son front l^ cornes de l'amoureux. Le même fait se reproduisant pou: tous les mâles adultes, le troupeau diminue rapidement

de nombre, ou se dissout, du moins pour quelque temps ; ce n*est que plus tard qu'un troupeau nouveau pourra se constituer par un procédé dont nous parlerons tout à rheure.

La famille animale n'a elle-même, d'habitude, qu'une durée tout à fait passagère. Tant que les jeunes ne sont pas parvenus à l'âge des amours, il est fréquent de les voir s'attacher à leurs parents et les suivre, alors même qu'ils n'ont plus aucun besoin de leurs soins. Les parents les tolèrent, parfois même leur témoignent encore des marques incontestables d'affeetion ; mais, dès que les enfants sont devenus aptes à la reproduction, une lutte acharnée éclate, d'une part entre les enfants d'un même père, d'autre part entre le père et les enfants, et le groupe familial se dissoiit. Il n'est pas rare non plus de voir la mère chasser ses enfants dès qu'ils ont acquis les forces nécessaires pour subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Gela se produit surtout chez les animaux qui ont des portées fréquentes. La chatte griffe et mord les petits qui cherchent ses mamelles alors qu'elle commence à ressentir les aiguillons de la chair et qu'elle appelle les caresses du mâle. Nous avons déjà dit, dans un chapitre précédent, que ces faits jouent un rôle important dans la ségrégation active ou volontaire des animaux.

Si des animaux dont la vie de famille est plus ou moins développée, du moins pendant un certain laps de temps, par exemple le tigre, ne forment jamais de sociétés, par contre, il existe de nombreuses espèces animales qui offrent un état social très développé avec une vie de famille à peu près ou tout à fait nulle. Chez les chiens sauvages, les liens conjugaux ne sont que passagers ; le mâle prodigue ses caresses au plus grand nombre pos-

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bible de femelles et ne prend aucun soin de ses inii brables enfants. Ces animaux présentent cependant .: état social aussi développé qu'il est possible de le r^i contrer en dehors de Thumanité. Ils forment, dans certains pays, de vastes villages à habitations souterraiD" ils ont des chefs de divers ordres, marchent en trou; à Tennemi ou plutôt au-devant des animaux dont ils f' leur proie, leur livrent des batailles réglées etfonlpr€\i de talents stratégiques consommés.

Ainsi, chez les chiens sauvages, pas de famille el u: état social très avancé. Chez les tigres, une fami. étroite et pas de société. Quelle meilleure preuve pou: rions-nous trouver que chez les animaux la famille t peut pas être considérée comme la base de la société ?

Un exemple bien curieux de la sorte d'antagoni^n: qui existe, chez certains animaux, entre la famille et société, nous est offert par les fourmis et les abeille Chaque société ne possède qu'un seul mâle et une st^^ femelle qui vivent presque en dehors de la société ; r. femelles ou les mâles auxquels ils donnent naissance ? -> tués ou s'éloignent, aussitôt qu'ils ont atteint leurdéloppement complet. Tous les membres de la société, t< les travailleurs, tous ceux qui contribuent au bien être la communauté, ont perdu toute faculté génératrice. ^ ne possèdent plus que des organes génitaux tellem-^î rudimentaires qu'ils ne peuvent leur être d'aucun u?&» et ne provoquent en eux aucun besoin génésique.

Chez ces êtres, pour que la famille serve de base à' société, il faut que l'élément le plus indispensable à i constitution de la famille, les organes reproducteurs,»-' paraissent.

Je pourras invoquer encore bien d'autres fait? '

prouvent que, chez les animaux, la famille ne peut pas être considérée comme la base de la société et qu'il y a même toujours antagonisme entre les intérêts familiaux et les intérêts sociaux; mais c'est surtout à propos des sociétés humaines que je me propose de mettre oes faits en relief.

Chez les animaux doués d'intelligence, comme les fourmis, les abeilles, les bœufs, etc., la vie en société est en partie due à ce que ces animaux comprennent, dans une certaine mesure, l'intérêt qu'il y a pour eux à suivre ce genre de vie. Il n'est pas douteux que le chien sauvage, par exemple, sache d'une manière très certaine qu'il lui est plus facile de s'emparer d'un cerf lorsqu'il est aidé dans cette chasse par un certain nombre de ses sem* blables, que quand il est réduit à ses propres forces. La fourmi sait fort bien aller requérir l'assistance de ses concitoyennes pour traîner un brin d'herbe que seule elle serait impuissante à déplacer. Vous avez tous vu dix, quinze, vingt, cent fourmis, s'atteler ainsi à un même objet, sur l'avis bien manifeste de quelques-unes d'entre elles, avis transmis à l'aide du frottement des antennes. Dès que quelque danger survient, on voit les moulons ipars dans une prairie se rapprocher vivement les uns des autres, se réunir en une masse compacte, puis, tous à la ^ois, incliner leurs fronts en avant et menacer l'ennemi.

Avant d'entreprendre le long et pénible voyage d'émigration qu'elles effectuent tous les ans, les hirondelles et es grues se réunissent par bandes. Celles-ci ne partent >as avant que tous les individus qui habitent une même ocalité soient présents.

Dans tous ces cas, l'aide pour la lutte et l'association sont nanifestement conscientes ; nous pouvons attribuer leur

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production à ce que les individus qui se groupent cûidprennent, sinon parfaitement, du moins dans une certaine mesure, la nécessité de la vie sociale.

Un autre sentiment s'ajoute à celui de l'intérêt : je veoi parler d'une sorte particulière d'affection que ne tardent pas à éprouver les uns pour les autres les divers membn-» d'une même société. Il est important de rechercher h source de ce sentiment.

Tout animal se trouve,, au moment de sa naissance, n présence d'animaux semblables à lui. Chez les mamm:* fères, c'est le père, la mère et les frères de la même portée qui s'offrent à la vue du jeune animal. Chez les poi?sons, dont les œufs sont abandonnés par les parents. ^' sont seulement des frères ou du moins des individus de '.j môme espèce. Je ne veux pas insister sur l'avantage q; les jeunes animaux retirent de leurs rapports avec in premiers êtres qui les environnent. Chez les mammifèrqui allaitent leurs petits, cet avantage est trop dir^ pour qu'on puisse le nier ; il est le point de départ de I^ mour que les enfants éprouvent pour leur mère, ej môme temps que de l'affection que cette dernière \t' rend. Chez les poissons, le cas est différent, puisque \r\ jeunes animaux ne connaissent pas leurs ancêtres etnVirl de rapports qu'avec des êtres de la même génératio qu'eux.

Mais, chez les uns comme chez les autres, les premi'^r êtres qui frappent la vue des jeunes sont, je le répète, <^ animaux ayant les mêmes formes, les mêmes habitud-i et les mêmes besoins. Ces premières formes aperçues ^ gravent profondément dans la mémoire; elles ne see^' fondront jamais avec celles des organismes dififérents. : J plus tard se présenteront à l'observation des jeunes a::.

maux. Toutes les formes qu'ils n'ont pas encore aperçues, produisent même sur eux un effet désagréable et Jeur inspirent un sentiment de crainte qui ne se dissipe que lentement et à la condition formelle qu'aucun danger ne vienne jamais des inconnus. Ainsi s'explique la peur manifestée par tous les animaux, y compris l'homme, à la vue des objets, surtout des organismes vivants, qu'ils aperçoivent pour la première fois.

Les jeunes animaux qui n'ont encore vu que des êtres semblables à eux se rapprochent rapidement de ces derniers, dont ils savent n'avoir rien à redouter, dès que d'autres êtres apparaissent. Il se produit ainsi, lentement, un échange de relations qui constitue le premier lien de la vie sociale.

. L'affection sociale trouve encore sa source dans un autre fait que je ne veux que signaler en passant. Tandis que les jeunes animaux grandissent dans la société de leurs semblables, leurs organes génitaux se développent peu à peu et ne tardent pas à déterminer des besoins eniîore tellement vagues qu'ils trouvent leur satisfaction ians la fréquentation, les jeux et les caresses des anixiaux du même âge. Plus tard, surviennent des tentatives le rapports sexuels dans lesquelles le jeune animal ne paraît pas faire de distinction entre les différents sexes. Le eune chien mâle, par exemple, courtise aussi volontiers es mâles de son âge que les jeunes femelles. Enfin, orsque les organes de la reproduction ont acquis tout our développement, l'attraction que chaque femelle :5cerce sur tous les mâles de son entourage et celle que Jaaque mâle exerce sur toutes les femelles resserrent xacore les liens de l'affection sociale et tendent à déve- -y pper de plus en plus une qualité que l'on peut désigner

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par le nom de sociabilité. Gelle-ci, Be transmeitant fm' Thérédité, devient inhérente à la nature de certains mmaux.

Les sociétés formées par les espèces animales iof^* rieures, celles dont la séleclion est la seule base, n présentent aucune organisation. Les individus vive: ensemble d*une façon presque aussi inconsciente que \ chênes dans les forêts ou les graminées dans les prairi»-. Les sociétés d'animaux supérieurs offrent, au contrai: presque toujours une certaine discipline. Tout le mer connaît Tordre admirable qui règne dans les fourmilùr ou les ruches, et l'importance dont jouit, dans cesd' nières, la femelle pondeuse, à laquelle les naturalistes • donné le nom de reine. Quand la reine d'une ruche vi ' à mourir il se produit bientôt un trouble indicible. D. les troupeaux de bœufs, de rennes, de cerfs» de cheva. il existe toujours une sorte de chef qui guide la soc:tout entière dans ses marches et donne le signal d^ fuite quand surviennent les ennemis. Certains chi sauvages ont aussi des chefs reconnus qui semblent r-f la stratégie de la chasse.

Cette organisation découle de deux sentiments qci manifestent très nettement chez tous les animaux so' rieurs : la crainte et Tesprit de domination.

Tous les animaux qui servent à Talimentation de5 ^ nivores, tous les carnivores qui sont mangés par d*au' carnivores , sont , dès l'enfance , instruits par leurs r rents ou leurs semblables de la nature des ennemis «jl ont à redouter et sont rendus craintifs par robservû directe des ravages que font parmi eux ces ennemis. . crainte devient ainsi une qualité d'autant plus dévelor: chez une espèce animale déterminée que cette e^pt •

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