ÉVOLUTION ASCENDANTE
verte de dépôts constitués par ses propres éléments, mais charriés d'un point à un aulre de sa surface. Qu'on ajoute à ces éléments, dissociés physiquement, les matériaux rejetés à travers les fissures de la croûte solide et provenant des entrailles du globe, et Ton aura une idée suffisante de la nature et de l'origine des formations géologiques qui se sont déposées pendant la période archaïque de l'histoire de la terre, à la surface de la couche solide primitive.
Ces formations atteignent une épaisseur qu'on évalue à plus de trente mille mètres. On les a divisées en deux séries : formation Laurentienne ou gnéssique primitive et formation Huronienne ou schisteuse primitive.
C'est, sans aucun doute, pendant les formations de la série laurentienne que se sont montrés à la surface du globe les premiers organismes vivants ; mais il est facile de comprendre qu'on ne puisse en trouver les traces. Formés uniquement de matière vivante molle, ces organismes pourrissaient et ne laissaient après leur mort aucune trace de leur passage sur la terre, ainsi que font aujourd'hui les Monériens, les Amœbiens, les Infusoires et un grand nombre de végétaux inférieurs.
Parmi les organismes inférieurs, les Foraminifères et les Radiolaires, qui sont pourvus de squelettes calcaires ou siliceux, étaient seuls capables de laisser dans les couches géologiques des traces de leur existence. Aussi est-ce sur eux que se porte l'attention des géologues qui se livrent à l'étude des formations archaïques.
Dans les couches supérieuresde la série Laurentienne,on croit avoir trouvé l'un de ces organismes YEozoon canadense^ Foraminifère qui aurait atteint une taille gigantesque, si l'on en juge d'après les productions que l'on considère comme représentant sa coquille. Celle-ci se montre
Examinons d'abord les conséquences possibles de !i lutte pour la nourriture. Nous savons déjà que les indlridus les mieux doués des qualités requises pour trooTef leurs aliments ont plus de chances que les autres de >' perpétuer. Si,par exemple, de deux chênes, Tun a desncines très nombreuses et très allongées, plongeant profoDdément dans le sol et s y répandant dans tous les sens^tandj que Tautre, pour un motif quelconque, maladie, inb mité, mauvaises conditions de croissance, etc., n*a qa'':: système radiculaire réduit, il est évident que le premi'' aura beaucoup plus de chances de produire de beaux nombreux et bons glands que le second, et que, par co:« séquent, il aura aussi plus de chances de laisser une pur térité nombreuse, qui, au bout d'un temps donné, pour, rester maîtresse du terrain. Mais est-ce que cela sofb:: pour expliquer la transformation du chêne en hêtre onc châtaignier, qui sont les formes végétales les plus v.r sines ? Pas le moins du monde. Il existe entre ces forID^ extrêmement rapprochées cependant Tune de l'anb. trop de différences pour que cette lutte indéniable pour .. nourriture, et la sélection qui en est la conséquence, sufL^ à expUquer le passage de Tune à l'autre.
Mais, dira-t-on peut-être, s'il est vrai que cet exemp> soit de nature à démontrer que la sélection naturelle rtsultant de la lutte pour la nourriture est IncapaK^ d'expliquer la transformation de la forme chêne en nif forme voisine, il y a peut-être d'autres faits plus probaDtf.
Prenons donc un des faits considérés comme tels. Potr ne pas être accusés de le choisir arbitrairement; e» pruntons-le à Darwin lui-même. Il appartient au méa» ordre d'idées, c'est-à-dire à la sélection résultant de ri::^, galité des moyens possédés par les individus pour se p^^
ROLE DE LA LUTTE POUR l'eXISTENCB 511
curer leurs aliments, mais il est emprunté au règne animal. Je cite textuellement Ch. Darwin : «Afin, dit-il [Orig, des esp,, p. 97), de bien comprendre comment agit, selon moi, la sélection naturelle, je demande la permission de donner un ou deux exemples imaginaires. Supposons un loup qui se nourrisse de différents animaux, s'emparant des uns par la ruse, des autres par la force, d'autres enfin par Tagilité. Supposons encore que la proie la plus rapide, le daim, par exemple, ait augmenté en aombre à la suite de quelques changements survenus dans le pays, ou que les autres animaux dont il se nourrit ordinairement aient diminué pendant la saison de L'année où le loup est le plus pressé par la faim ; dans ces circonstances, les loups les plus agiles et les plus rapides ont plus de chances de survivre que les autres. Ils sont donc conservés ou choisis, pourvu toutefois qu'ils conservent assez de force pour terrasser leur proie et s'en 'endre maîtres à cette époque de l'année ou à toute autre, lorsqu'ils sont forcés de s'emparer d'autres animaux pour se nourrir. Je ne vois pas plus de raison de douter de ce résultat que de la possibilité pour l'homme l'augmenter la vitesse de ses lévriers par une sélection 3ui generis et méthodique, ou par cette espèce de séection inconsciente qui provient de ce que chaque perionne s'efforce de posséder les meilleurs chiens, sans ivoir la moindre pensée de modifier la race. Je puis ajouer que, selon M. Pierce, deux «variétés de loups habitent es montagnes du Gastkill, aux États-Unis, une de ces variétés, qui affecte un peu la forme du lévrier, se nourrit )rîncipalement de daims; l'autre, plus épaisse, aux jambes plus courtes, attaque plus fréquemment les troupeaux. » Analysons ce fait. Il est bien évident que, si le loup
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exceptionnellement rapide à la course dont parle Darvm. s'accouple avec une louve n'offrant pas le même canetère, il y aura beaucoup de chances pour que sa qaali:finisse par être supprimée par un certain noaibre de cro/ sements successifs. C'est ce que Darwin lui-même adm?' quand il dit : a J'ai complètement compris combien il e< rare que des variations isolées, qu'elles soient pea o. fortement accusées, puissent se perpétuer {tbid,^ p. 98;. Pour que du loup exceptionnellement organisé en yzd'une course rapide puisse sortir une variété de loop: offrant tous ce caractère, il faudra donc qu'il y ait isokment, ségrégation des petits et de leur progéniture, sans quoi le caractère se perdrait. Pour que cette condition né fût pas nécessaire,, il faudrait que dans une localité déterminée et pendant un temps fort long il n'y eûtp&; d'autre alimentation pour les loups que la viande d'un animal très rapide comme le daim ; mais, dans ce cas, tous k* loups, se livrant à la môme chasse, tendraient à acqaén: par suite de tusage constant de leurs membres^ la méi!: aptitude à la course, de môme que tous les enfants d'nL. commune qu'on exercerait à des marches forcées acquerraient une aptitude sinon égale, du moins à peu pr:* égale à la marche.
En admettant que les marches forcées constituassent / seul gagne-pain de la commune, il est bien évident que 1: plus forts marcheurs seraient les plus favorisés et qu'about d'un certain nombre de générations tous les bab.tants de la localité seraient plus aptes à la marche (fyleurs ancêtres. Gela tiendrait à deux causes : l"" à la co:* dition spéciale d'existence imposée aux membres de u commune ; 2° à la disparition des individus incapables :marcher, c'est-à-dire à une véritable sélection. Mais il fa^
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remarquer que la plus importante de ces deux causes de transformation des individus est, non pas la sélection, mais l'obligation de faire des marches forcées; c'est cette der^ nière qui modifie les muscles et les nerfs mis en action dans la marche» en vue de leur faire acquérir les qualités nécessaires au rôle exceptionnel qu'ils sont obligés de remplir. Quant à la sélection, elle n'agit que pour faire disparaître les individus qui ne se modifient pas suffisamment ; on peut la comparer au berger qui tuerait toutes ses brebis noires dans le but de former un troupeau entièrement blanc.
Notons que la disparition des mauvais marcheurs agit ici de la même façon que la ségrégation, en supprimant la possibilité des croisements qui atténueraient l'efi'et de rhabitude des marches forcées. Mais il faut que cette habitude persiste ; si elle venait à cesser, les mauvais marcheurs ne périssant pas, et en même temps les bons marcheurs] n'exerçant plus leurs facultés, la qualité exceptionnelle des gens de la commune ne tarderait pas à disparaître.
On le voit nettement, de quelque façon que nous tournions et retournions ce cas et par conséquent l'exemple donné par Darwin, nous voyons qu'il faut que la cause déterminante de la variation, c'est-à-dire Tusage, persiste, pour que la variation elle-même ne disparaisse pas. Quant à la sélection, elle ne peut agir qu'à la condition que la cause première de la variation se fasse sentir ; elle ne fait qu'ajouter son effet à cette dernière, mais ce n'est pas elle qui détermine la variation, ce n'est pas elle par conséquent qui est capable de produire une race nouvelle.
Je ne veux pas insister davantage sur cette question* Elle me parait suffisamment éclairée par les exemples cjue je yieR9 (J'Wftlysw, Je crois que «ovis po^von»
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eonclare, sans crainte, de son étode, qoe la latte pour Texistence entre animaux ou végétaux de même espèce, ea vue de la recherche des aliments, et la sélection qui e: résulte ne peuvent pas être considérées comme susceptibles de déterminer des espèces nouvelles ; elles ne fuo: qu'ajouter leur action aux causes qui ont déterminé h variations individuelles ; quand ces causes viennent à dbparaître la variation disparaît aussi, et la sélection naturelle n'a plus rien à faire.
La lutte sexuelle et la sélection qui en résulte soûtelles davantage capables de produire des espèces nouvelles?
L'opinion de Darwin relativement à la sélection sexuelle peut être résumée de la façon suivante : un individu viei: au monde avec certains organes plus développés que ccui de tous les êtres de son espèce et surtout mieux adaptr-5. soit à la préhension delà femelle, soit à la lutte contre !autres mâles, soit à la séduction de l'autre sexe, etc. C^ individu étant mieux doué que les autres trouvera pi * facilement à s'accoupler et perpétuera ses caractères dmune postérité nombreuse où ils ne feront que s'accentuer, tandis que les individus moins bien doués, se reproduisai. moins facilement, disparaîtront peu à peu.
A un moment donné tous les êtres composant l'espèc^ auront le caractère favorable dont nous venons de voir idéveloppement ; la sélection aidée par l'usage de l'organaura produit la transformation.
Envisageons, par exemple, les gigantesques mandibule* dont le cerf volant mâle fait usage à la fois pour combatlr les autres mâles, et pour saisir sa femelle pendant l'acctuplement. Si nous admettons les explications de Darvi' un individu d'une espèce de coléoptères pourvus de mau-
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dibules très ordinaires, sera né, accidentellement, avec des mandibules beaucoup plus grandes que celles de ses congénères. Il en résultera pour lui un avantage ; il saisira plus facilement sa femelle, il battra plus aisément ses rivaux et transmettra ses qualités à ses enfants. Ceux-ci étant plus favorisés seront toujours assurés de laisser une postérité, tandis que les autres disparaîtront peu à peu, si bien qu'au bout d'un temps donné, l'espèce souche, à mandibules ordinaires, aura disparu, vaincue dans la lutte sexuelle, et sera remplacée par une espèce nouvelle : à mandibules augmentant sans cesse de taille sous l'influence de l'usage et de l'hérédité.
, Cette théorie soulève plus d'une objection. ^ En premier lieu, elle n'explique pas pourquoi, tout à . coup, dans une espèce déterminée, un individu naît avec des mandibules beaucoup plus grandes que celles de tous ses semblables, tellement grandes qu'elles lui donnent un , avantage sur tous les autres. Darwin se borne à nous dire que cela dépend de la « tendance à la variabilité » que possèdent tolis les animaux. Cette tendance est, en effet, incontestable, ou, pour mieux dire, il est certain que tout être vivant, de même que tout corp's inorganique, est apte h subir des modifications. Mais pour que celles-ci apparaissent, il faut une cause déterminante extérieure à l'or- ^anisme ou au corps brut. Pour qu'un insecte acquière des mandibules beaucoup plus grandes que celles de tous ses semblables il faut une cause ; ce sera soit la nature des aliments, soit toute autre condition cosmique et il y aura beaucoup de chances pour que cette cause agisse non pas sur un seul mais sur un nombre plus ou moins considérable d'individus, et non seulement sur une génération mais sur un grand nombre de générations successives.
516 tB TRANSVORIIIBIIE
Supposons qa*U en soit autrement, et qu'un fleul oaecte arrive au monde avec de grandes mandibules; quelque avantage qu'il en retire, s'il ne les doit qu'i anecaoîe occasionnelle et passagère, il pourra bien les transmette à ses descendants ou du moins à une partie d'entre eoi mais le caractère s'affaiblira sous l'action des croiseme&u successifs et finira par disparaître comme <m le consU pour la polydactylie cbez l'homme.
Pour qu'il en fut autrement, pour que ce caracUrt accidentel non seulement se perpétuât indéfiniment Q^encore finit par devenir dominant et par entraîner la sofpression de tous les individus qui ne le présentent pas,c' un mot, pour que la manière de voir de Darwin fat vrair il faudrait supposer que ce caractère fût non seoleme: avantageux mais encore indispensable, chose inadmissiU: puisque les insectes s'en sont jusqu'alors passé*
Il pourrait cependant arriver que les descendante c. premier individu né avec des mandibules extraordinair* s'isolassent, avec leurs femelles, des autres individos l'espèce et allassent former une colonie dans laquelle caractère se perpétuerait parce que les mÀles s'accoop-^ raient constamment avec des femelles issues de mâles, grandes mandibules. Pour rappeler un fait cité ( haut, si la famille Lambert avait été isolée dans ^^ île et mise à l'abri de tout croisement, il est bien ceniqu'elle aurait pu produire une race dans laquelle les nu se seraient distingués des femelles par la présence > appendices cutanés si caractéristiques de leur conunancétre. Dans ce cas, la ségrégation conserve le caractrr le perpétue et crée une race.
En résumé, si l'on admet avec Darwin qu'on seul ce:' volant a seirvi de souche à l'espèce actuelle. U faut a^
ROLE DE LA LUTT6 POUR L'eXISTENCE 517
mettre que lui et ses descendants se sont isolés des autres individus de Tespèce, et c'est la ségrégation qui devient la cause de la formation d*une nouvelle espèce.
S'il n'y a pas ségrégation, le caractère se perd par le croisement.
Nous sommes ainsi amenés non seulement à mettre en doute, mais encore à nier l'action de la sélection dans la production de Tespèce des cerfs volants à mâles pourvus de grandes mandibules. Pour que la sélection puisse agir, il faut que la cause productrice des grandes mandibules continue à agir sur un grand nombre de générations ; mais alors cette cause devient le véritable agent de la formation d'une espèce nouvelle ; la sélection ne faitqu'a-* jouter son action à la sienne en faisant disparaître peu h peu les individus qui ne se transforment pas.
Étudions maintenant les caractères sexuels secondaires simplement agréables, ceux qui servent à l'ornementation des mâles. La manière dont Darwin explique leur forma* tion peut être résumée de la façon suivante : un individu nait avec un caractère qui flatte les sens des femelles, il est recherché par ces dernières; il en est de môme de ceux de ses descendants qui héritent de ce caractère. Par suite de ces préférences, ayant lieu pendant un grand nombre de générations, le caractère se fixe, et les individus qui ne le possèdent pas disparaissent vaincus dans la lutte sexuelle. La sélection sexuelle a fondé une espèce nou* velle.
Pour que cette explication fut admissible, il faudrait i*abord que les individus oflrant le caractère ornemental l'isolassent avec leurs femelles, allassent former une oolo* lie à Tabri des croisements avec les mâles ordinaires, Il audr^jt, ^^ \\n n\qi^ q^'^ y eut ségrégation ; o^ im il
faudrait supposer que les individus dépourvus d'o^n^ ments ne trouvent pas de femelles ou n'en trouvent qu-f très difficilement. C'est en effet ce qu'à l'air de croir- Darw^in ; du moins c'est que suppose la théorie de h sélection sexuelle. Mais il n'y a pas une seule espèce animale qui fournisse la preuve de cette hypothèse. 11 r^' facile, sans doute, de démontrer que les mâles étalent teleurs charmes devant les femelles, et que les femelle? ^livrent à une sorte de choix, mais il est encore plus faci. de démontrer que parmi les animaux, comme dans Tesp^ humaine, ce ne sont pas toujours les plus beaux qui s<*r les plus aimés du sexe ; les qualités génésiques compta: au moins pour autant que les charmes physiques. Darvi: lui-même fournit des exemples d'oiseaux mâles jouant rôle de véritables Don Juan, de femelles se comporta: comme de vulgaires hétaïres, et cela dans des espèr essentiellement monogames, comme celle des pigeons. Lnombre des mâles étant presque toujours moindre q celui des femelles, il est difficile d'admettre que le cb>. : de ces dernières et leurs caprices amoureux aUlent jusqu les entraîner à se soumettre à un cél^at volontaire, alu: que déjà quelques-unes y sont exposées par la supériori' numérique de leur sexe.
Pour ces motifs, il me parait difficile d'admettre q les caractères secondaires sexuels, ornementaux, soir dus, comme le professe Darwin, à cette forme de sélecti qu'il a désignée sous le nom de sélection sexuelle»
Deux hypothèses seulement sont admissibles : ou biles caractères ornementaux que nous observons actuel! ment chez les mâles de certaines espèces ont surgi ^' l'influence de quelque cause accidentelle chez un indivis dont la descendance s'est ségrégée, et est ainsi df> -
COUP d'oeil rétrospectif 571
Nous avons trouvé dans rhérédité la cause des ressemblances tandis, que celle des variations individuelles se montrait dans Faction du milieu cosmique et dans celle du milieu générateur.
Connaissant les causes déterminantes des variations individuellesy nous avons abordé Tétude des procédés àTaide desquels Thomme, d'une part, la nature, deTautre, transforment les individus et leurs produits et déterminent la formation de races, variétés et espèces nouvelles. La sélection, la ségrégation et l'expatriation étant les procédés dont rhomme fait usage, nous avons vu que la production des espèces naturelles est également déterminée surtout par la ségrégation et l'expatriation actives ou passives qui exposent les animaux et les végétaux à des conditions cosmiques différentes de celles dans lesquelles ont vécu leurs ancêtres. Quant à la sélection naturelle nous avons montré qu'elle ne fait qu'ajouter son action à celle des conditions cosmiques.
C'est encore dans l'action de ces dernières que nous avons trouvé l'explication des phénomènes que nous ivons étudiés sous les noms d'évolution ascendante, évolution descendante et conservation d'état.
Enfin, et c'est par là que je termine, au dessus de tous ;es faits, de ces admirables problèmes, nous avons vu îlaner quelques grandes ombres, Diderot, Goethe, Buffon, )arwin, et le plus illustre, le plus perspicace de tous, jamarck.
CONSERVATION d'ÉTAT 567
cosmiques. N'est-ce pas dans les profondeurs de la mer, c'est-à-dire dans un milieu relativement peu variable, que Ton trouve actuellement les formes les plus rudimeniaires de la matière vivante. N'est-ce pas dans Teau, milieu dont les conditions cosmiques sont beaucoup moins variables que celles des continents, que vivent les animaux et les végétaux les plus inférieurs ?
Mais, dira peut-être quelqu'un de mes lecteurs, comment se fait-il que des animaux et des végétaux inférieurs existent encore aujourd'hui, s'il est vrai qu'ils soient les ancêtres des organismes plus élevés? La réponse est aisée à faire ; je ne pose d'ailleurs la question qu'afîn de ne laisser dans l'ombre aucun des points du grave problème qui fait l'objet de ce livre. Tandis qu'une partie des individus d'une espèce déterminée se trouvaient exposés à des conditions nouvelles d'existence, et se transformaient, sous leur influence, pourproduire une espèce nouvelle, les autres restaient soumis aux conditions anciennes, et, par conséquent, gardaient leur état primitif. Supposons, par exemple, que tout le fond d'un marais soit tapissé d'une même plante aquatique, et que ses bords viennent à se dessécher lentement, tandis que l'eau persiste dans le reste de son étendue ; les plantes situées sur le bord se trouvant privées d'eau et exposées à l'air se modifieront, se transformeront, et, au bout d'un certain nombre de générations, offriront des caractères si distincts de celles des plantes restées immergées, qu'on en pourra faire une espèce nouvelle. L'évolution ascendante a porté sur la portion des individus qui se sont trouvés exposés à une évolution ascendante du milieu cosmique, tandis que la conservation d'état est manifestée par tous les individus dont le milieu ne s'est pas modifié.
s'ils sont simplement inutiles, je pense qu'ils peaveti persister indéfiniment.
Ce qui est vrai c'est que tout caractère a sa m^'. d'être, et a été produit par une cause déterminée, préciy^ quoique souvent inconnue; mais de là à admettre, comm le fait Darwin, que tout caractère est utile, il y a anloin que de la vérité démontrée à l'hypothèse puremt: sentimentale ou métaphysique.
Darwin constate que le paon étale devant les yeux i sa femelle les plumes brillantes de sa queue, il voit q. la femelle se complaît à ce spectacle ; il en conclut que >. queue du paon mâle s'est développée parce que les f^ melles ont toujours choisi les mâles pourvus de la p!^ belle queue. Quel logicien oserait soutenir que sa concision découle nécessairement de ses prémisses ?
Il n'est pas douteux que dans toutes les espèces animal^ supérieures, les femelles se montrent sensibles aux q: lités ornementales des mâles, mais il n'est pas nécessa * de regarder en dehors de l'espèce humaine pour se c :vaincre que ces parures sont, à leurs yeux, bien peu ^ chose relativement à la puissance génésique. Châtrez 1 plus beaux des coqs, des angoras, des taureaux ou ciétalons et vous verrez de quelle façon ils seront reçus p» les poules, les chattes, les vaches ou les juments que 1 veille ils entraînaient à leur suite.
Je crois inutile d'insister surces considérations qui,cepr' dant, sont d'une grande importance. Je me borne à enç ger le lecteur à ne jamais les perdre de vue quand il au:, entre les mains un ouvrage de Darwin ou de ses disciplr?