‹ Le transformisme social; essai sur le progrès et le regrès des sociétésChapitre 5 sur 45 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

appelé la banqueroute du christianisme réformateur. MM. Tarde, Revclin et de Brouckère s'accordent pour objecter contre mon appréciation du christianisme et du moyen âge que la transformation de Tesclavage en colonat et en servage ne constitue pas une régression, au contraire. J'ai déjà indiqué que le colonat et le servage ne sont pas des institutions chrétiennes. J'ajoute que c'est se tromper étrangement que de vouloir apprécier les institutions en elles-mêmes et indépendamment des faits économiques corrélatifs. Il est certain que, dès les invasions des barbares et même antérieurement, une crise économique terrible sévit sur toute l'Europe. Les relations commerciales se restreignirent, la population diminua; aux m^ et IV® siècles la misère du prolétariat agricole se manifesta par des soulèvements en Afrique et en Gaule ; les fortunes moyennes avaient disparu; de grandes propriétés s'étaient formées qui furent l'origine delà féodalité. Les petits agriculteurs libres s'étaient transformés en colons avec bail perpétuel mais attachés à la glèbe; tout à fait comme avant Solon, les petits propriétaires obérés étaient redevenus ensuite esclaves ou serfs, une transformation parallèle s'accomplit de l'esclavage en servage avec redevance fixe et invariable; cette transformation s'effectua non point par amour du prochain, mais parce que le travail des esclaves dans ces conditions était plus profitable aux propriétaires. L'esclavage ne fut du reste pas aboli; Barbares et Romains continuèrent à avoir des esclaves. « C'est seulement au XI® siècle qu'en Occident, le servage commença à se présenter sous une forme assez précise ^ » Cette transformation fut très lente. Cela ne confirme-t-il pas Texistence d'une vaste période régressive dont la réalité est corroborée par la décadence corrélative de toutes les

(1) E. Glasson. Histoire du Droit et des Institutions de la France.

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