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riels. En effet, dans la description de la deuxième et de la troisième période de civilisation, Condorcet nous montre avec une parfaite netteté Tétat moral et intellectuel des peuples pasteurs et agriculteurs déterminé, par leur condition économique; dans tout le reste de son mémorable Tableau^ et notamment dans la 7® et 8* périodes, nous retrouvons des préoccupations du même genre. C'est exact; nous prions le lecteur de tenir compte de Tobservation. Toutefois, ces mêmes préoccupations se retrouvent, bien qu'à un moindre degré, dans les littératures les plus anciennes; elles n'ont été systématisées ni par Condorcet, ni par Comte; pour eux, au contraire, c'est l'esprit, l'idée qui sont le facteur primordial de l'évolution ; c'est leur point de vue fondamental. Celui de Marx est au contraire matérialiste. Je n'accepte, çn ce qui me concerne ni l'un ni l'autre ; à mon sens, tout fait social est à la fois anorganique, organique et psychique; le fait économique, tout en étant à la base, n'est pas simplement matériel mais revêt ce triple caractère composite dont le résultat combiné est précisément ae quelque chose de nouveau, le fait social ; de même ce qu'on appelle le psychisme social : morale, science, philosophie, droit, politique, est également, un tissu d'éléments anorganiques et organiques et non exclusivement psychiques.
En ce qui concerne Condorcet, le tableau suivant de sa classification de l'histoire en dix périodes, outre qu'il comble une lacune de mon exposé, prouvera que si ce précurseur illustre de la science sociale entrevit l'importance du milieu économique, il n'en fit pas le facteur fondamental de la structure et dé la vie des sociétés. Voici sa classification :
1* Peuples primitifs; invention des premiers instruments, formation des premières connaissances et institutions ; constitution d'une caste sacerdotale ;
XH PRÉFACE
2° Formation des peuples pasteurs;
3® Passage à Tétat agricole;
4* Invention de Técrilure alphabétique ;
5** Division des sciences vers le siècle d'Alexandre;
6*» Décadence des sciences;
7° Croisades ; premiers progrès des sciences et leur restauration en Occident ;
8° Invention de Timprimerie;
9^ Époque de Descartes où les sciences et la philosophie secouent le joug de l'autorité;
10** Formation de la République française. Prévisions sur l'état à venir, basé sur la destruction de l'inégalité entre les nations, les progrès de l'égalité dans un même peuple et, enfin, sur le perfectionnement réel de l'homme.
Ainsi qu'on le voit, seules les trois premières périodes sont caractérisées par les formes de la production économique; les autres le sont soit au point de vue de la technique de la production scientifique (4° et 8°), soit au point (le vue des connaissances mêmes (5°, 6° et 9**), soit enfin au point de vue politique (7<* et 10°) et intégral (10°).
Voyons maintenant les critiques qui ont pour objet le fond même de ma théorie du progrès et du regrès; c'est le point le plus important; en efî'et, en supposant que certaines de mes interprétations de l'évolution des doctrines (it des faits fussent erronées, il n'en résulterait pas nécessairement, par exemple, que le mètre proposé par moi pour mesurer les civilisations soit un instrument défectueux, mais seulement que je l'aurais mal appliqué.
M. Tarde après avoir exprimé, au commencement de sa belle étude, que je ne lui suis guère sympathique, la termine en avouant que l'impression dernière que lui a laissée mon ouvrage est totalement différente: je gagne donc à être connu. J'invoque cet aveu pour signaler qu'on ne peut exiger d'un auteur qu'il mette tout dans chacun de
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ses ouvrages; surtout quand Tœuvre est philosophique, ridée complète ne peut être appréciée que par l'ensemble de ses diverses parties. D'après lui, mon œuvre est plus théorique que pratique; «je suis plus curieux de solutions théoriques que soucieux de conclusions pratiques ». Je réponds simplement que mes travaux successifs sur l'industrie dentellière, sur les finances publiques, sur le rachat des charbonnages, sur le crédit commercial, sur la monnaie et les banques, sur l'organisation du régime représentatif, etc., etc., sont la preuve de mes préoccupations pratiques bien que toujours dominées par la considération de l'ensemble théorique ou sociologique.
M. Tarde me semble encore imbu de ce préjugé, excusable seulement dans la période métaphysique de la philosophie, d'après lequel les philosophes ne seraient que des utopistes et les empiriques les seuls pratiques^ les seuls hommes d'action. La pensée, il est vrai, surtout la pensée attentive, est un phénomène d'arrêt, mais celui-ci est lui-même une forme du mouvement facilitant sa régularisation. Si les penseurs et les esprits réfléchis ne prennent .pas une part suffisante peut-être à la vie sociale active, est-ce leur faute ou celle même de ce préjugé signalé ci-dessus, préjugé naturel qui met surtout en évidence ceux qui s'agitent le plus et qui pensent le moins?
Si M. Tarde m'a sans doute mal jugé, de mon côté je lui ai, paraît-il, fait tort en disant que « la conception de M. Lilienfeld comme celle de M. Tarde, est une conception psychique ». Je n'ignore pas les dissemblances profondes qui séparent les doctrines de Tun et de l'autre; celle de M. Tarde en particulier est essentiellement psychique et idéaliste tandis que celle de M. Lilienfeld repose sur une analogie prétenduement réelle entre la structure sociale et celle du système nerveux; conception réaliste et même