PRÉFACE XV
première fois fait leur apparition ». En résulte-l-il que ma sociologie soit déduite de la biologie ? M. de Brouckère ne s'y est pas trompé. Dans le récent Mémoire communiqué au Congrès de Tlnstitut International de sociologie, j'ai développé mes principes sur ce point, à propos du matérialisme historique.
J'ai soutenu aussi, d'après M. Tarde, que les facteurs anonymes et impersonnels agissent seuls dans l'histoire. Et, voyez la contradiction! d'un autre côté, j'aurais reconnu, parait-il, par exception, l'importance du facteur individuel à propos de la chute de la civilisation romaine ; j'aurais même souhaité à ce moment un César socialiste ! J'ignore absolument quel passage de mon livre a pu induire l'éminent critique en cette erreur colossale contre laquelle protestent tous mes écrits et surtout ma conception théorique fondamentale d'après laquelle l'absolutisme politique et l'impérialisme sont des formes tout à fait inférieures du développement social; je crois inutile d'insister.
Quant au fond de ma doctrine, M. Tarde a découvert que ni la langue ni la religion ne figurent dans mes sept classes de phénomènes sociaux, pas plus que les phénomènes militaires. Le langage est certes un phénomène biosocial; il constitue la technique de nos relations émotionnelles, idéales, artistiques, scientifiques, etc., et, à ce titre, il fait partie de la psychologie collective laquelle forme la quatrième classe de mon échelle hiérarchique des phénomènes sociaux; il en est de même de la religion qui y figure au même titre que la métaphysique et la philosophie positive. Quant à ce que M. Tarde appelle les propriétés militaires des sociétés, elles font évidemment partie de la classe des phénomènes politiques relatifs à la direction sociale, tant interne qu'internationale; les institutions militaires sont des institutions politiques; j'en ai