‹ Le transformisme social;Paris, essai sur le progrès et le regrès des sociétésChapitre 10 sur 31 · LA RENAISSANCE ET LA RÉFORME · texte numérisé non relu

LA RENAISSANCE ET LA RÉFORME

d'une sensation et d'une perception communes et conformes au point de vue de l'appréciation du même fait. La Renaissance est une renaissance. Ceci est de la plus haute importance au point de vue de l'exposé the'orique auquel nous aurons à nous livrer au sujet des phénomènes de régression et de reviviscence sociales. Le moyen âge est une re'gression tout au moins partielle ; la renaissance est une reviviscence également tout au moins partielle de l'antiquité païenne. Maintenant un type social plus vaste et plus élevé va se former de la fusion des types antérieurs au moyen de la sélection de leurs facteurs utilisables et de l'addition de facteurs nouveaux. L'Etat moderne va se constituer après des luttes religieuses sanglantes ; il s'incarnera d'abord dans l'absolutisme des rois, puis dans celles des lois avec le même caractère absolutiste jusqu'à ce qu'enfin un régime représentatif de plus en plus parfait et complet en arrive à substituer une évolution contractuelle régulièrement progressive à l'ancien principe de souveraineté. L'âge de l'absolutisme politique aura pour correspondant dans le domaine des idées la suprématie de la métaphysique ; le régime contractuel celui de la philosophie purement scientifique qui n'a besoin ni d'église ni d'école exclusive pour coordonner l'ensemble des intelligences et des aspirations humaines.

Dès te, commencement du xve siècle, le lien est renoué avec l'antiquité, l'Eglise n'est plus la seule directrice intellectuelle et morale des sociétés. D'un côté, chez les lettrés principalement, plus d'humanisme se substitue à l'intolérance ancienne ; mais de l'autre, surtout chez les dirigeants, la morale catholique étant ébranlée, les actes revêtent une violence et une ruse inouïes. La fin justifie les moyens ; sous ce rapport la politique laïque du temps

est absolument conforme à celle des Jésuites ; il n'y a que cette différence que ceux-ci poursuivent des fins religieuses tandis que la première travaille à la fondation de l'Etat moderne, n'ayant de foi que la loi, mais à ses origines, comme nous le montre Machiavel, n'ayant ni foi ni loi.

En 1453, les derniers débris de l'empire d'Orient étaient tombés entre les mains des Turcs ; dès lors les savants grecs affluent en Italie ; les papes mêmes, comme Léon X, reviennent au paganisme ; toutes les anciennes écoles philosophiques de la Grèce renaissent. Dans cette récapitulation du passé nous ne voyons guère apparaître de notions relatives au progrès. Pomponat (1462-1525) qui avait osé soutenir que le principe de l'immortalité de l'âme n'était pas un corollaire de la philosophie d'Aristote pensait que tous les hommes n'étaient pas appelés à la même perfection intellectuelle et, quant à la perfection morale, elle ne consistait pas dans un idéal irréalisable ici-bas mais dans l'accomplissement par chacun des devoirs attachés à sa fonction dans la société. Pour Machiavel, les hommes étaient naturellement méchants ; leurs passions ne pouvaient être comprimées que par la force et l'habileté, par un gouvernement extérieur et supérieur à la société. Quel autre lien que celui de la force pouvait maintenir les peuples et surtout les souverainetés à un moment où Pomponat sapait les bases du catholicisme, niant les miracles, montrant les objections et les contradictions que soulèvent les doctrines de la prescience et de la providence divines, montrant que tout ce qui arrive est déterminé par des faits naturels? Mais si l'homme n'est pas libre, le mal vient-il donc de Dieu ? Pomponat laisse ingénieusement entrevoir la relativité constante bien que

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