LA RENAISSANCE ET LA RÉFORME
variable du bien et du mal en disant que : « s'il n'y avait pas tant de mal dans le monde, il n'y aurait pas non plus tant de bien '. »
Telesio (1508-4o33) reprend en partie les théories de l'école ionienne et par lui la filiation du processus philosophique est établie jusqu'à Fr. Bacon et G. Bruno qui le connurent et subirent Firifluence de son enseignement.
Ce n'est cependant pas seulement une renaissance, celle-ci n'est que le prodrome de l'œuvre nouvelle, c'est un développement de l'antiquité et du catholicisme ; la terre encore une fois s'est agrandie ; Colomb découvre le Nouveau-Monde ; Vasco de Gama double le cap de Bonne- Espérance en attendant que Magellan fasse le tour du monde. La planète est reconnue être un globe, mais la conception géocentrique domine encore jusqu'à ce que Tycho- Brahé fasse du soleil le centre planétaire. Vient enfin Copernic qui place la terre parmi les planètes et le soleil au centre du système, théorie confirmée et complétée par Kepler et Galilée. Ils sont persécutés, mais les idées sont transformées ; la conception d'un ordre naturel du monde indépendant d'un moteur artificiel préexistant et prévoyant s'impose et va s'imposer de plus en plus à la philosophie. Cette transformation des idées est due aux progrès des mathématiques, de l'astronomie et de la physique depuis la fin du moyen âge jusqu'au xvne siècle ; elle fut aussi importante que celle qui s'effectue de nos jours sous la poussée de la biologie et de la psychologie qui elles aussi ont rénové et renouvelleront de plus en plus nos conceptions sociales.
La Renaissance enleva de fait à l'Eglise l'enseignement
(1) De fato, libero arbiliio, prœdestinatione, providentiel Dei, libri V. Bàle, 1525.
artistique et scientifique ; la philosophie eut ses martyrs et sut se rendre indépendante ; l'Eglise elle-même devint en réalité une fonction subalternisée à l'Etat. Moindre fut la différenciation sociologique opérée en Allemagne, dans les Pays-Bas, en Suisse et en Angleterre par la Réforme. Celle-ci substitua à l'autorité du pape celle de l'Ecriture et au principe catholique du salut par les œuvres celui de la justification par la foi et la grâce. Les doctrines de Luther, de Calvin, de Farel et de Zwingel furent en partie un retour au Christianisme primitif. Chez Zwingel, l'ancien dualisme entre le spirituel et le temporel est aboli ; un Etat religieux se reforme. Luther est l'adversaire véhément de la raison et du libre arbitre ; Calvin fait périr Servet. Cependant la Réforme en disloquant le catholicisme favorisa la liberté de conscience ; en ce sens elle contribua au progrès général. Son triomphe dans les pays latins eut sans doute été favorable à l'aristocratie et même en Allemagne, en Angleterre et surtout en Ecosse et en Suisse elle imprima plus longtemps qu'ailleurs à la philosophie des allures théologiques dont elle n'est pas encore parvenue à se dépouiller entièrement jusqu'ici. N'oublions pas non plus qu'autant que le Catholicisme, les Eglises réformées se montrèrent impitoyables vis-à-vis des revendications sociales de l'époque.