‹ Le Transport des Matières PérissablesChapitre 16 sur 30 · CON · texte numérisé non relu

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de la présentation et du poids, obtiennent au contraire un vif succès (1).

Pour stimuler l’émulation de leurs emballeurs, les exportateurs italiens de fruits remettent à chacun d’eux des fiches portant un même numéro, qu'ils doivent introduire dans les caisses emballées par leurs propres soins, Le destinataire renvoie à l'expéditeur les numéros trouvés dans les colis qui lui sont parvenus dans le meilleur état, et les ouvriers les plus habiles peuvent ainsi recevoir une prime qui leur est décernée à bon escient (2).

Certaines Compagnies se sont d’ailleurs préoccupées de la question si importante de l’emballage. On sait que depuis la loi du 47 mars 1905, les Compagnies et l'Etat doivent faire la preuve de la faute de l'expéditeur si elles veulent se décharger des indemnités dues pour avaries. Aussi, pour faciliter cette preuve et empêcher les avaries, la Compagnie du P.-0., par un ordre de service d’août 1911, relatif à la campagne des raisins, a-t-elle ordonné à ses agents de refuserles emballages insuffisants (corbeilles ou paniers non munis de couvercle, sauf dans les wagons aménagés et paniers présentant des traces de fouilles), ou tout au moins d'exiger des réserves et de procéder de mème à l’égard des paniers dont les rai-

sins présenteraient des traces de fouilles résultant de

(1) Giraud, p. 300.

(2) Giraud, p. 302.

nm Tee

l'état du temps ou d'une maturité trop avancée (1) (2).

Les conserves, elles aussi, nécessitent un emballage soigneux, du moins celles qui sont destinées aux pays chauds. Celles qui sont mal préparées subissent en effet des fermentations que les boîtes en fer-blanc ne permettent pas d'observer ; aussi les consommateurs désireux de se rendre compte de l’état de la marchandise avant d'en faire l'acquisition, préfèrent-ils qu’elle leur soit présentée dans des récipients en verre (3).

Les produits de la ferme gagnent également beaucoup à un emballage consciencieux et rationnel. Un décret royal suédois, du 11 août 1911, réglemente même à cet égard l’exportation des beurres du pays : ne peuvent être envoyés à l'étranger les beurres contenus dans des récipients qui ont déjà servi pour des exportations ou pour la conservation de marchandises analogues, et portant des traces tellement apparentes d’avoir servi qu'ils ne donnent plus l’impression d’être neufs ; toute infraction à cette règle rend le délinquant passible d'une amende de 100 à 1.000 couronnes; la marchandise peut être

confisquée et l’exportateur peut être tenu de rembour-

(1) Courajod, p. 192.

(2) Sur les fruits, voir également de Rocquigny, Les syndicats agricoles et leur œuvre, Paris, 1906, p. 196-198 (au sujet des fraises du Comtat), Bulletin de Renseignements Agricoles, 1911, p. 634 et 635, et Journal d'Agriculture Pratique, 1913, II, p. 178- 179 (fruits et primeurs sur le P.-L.-M.).

(3) Giraud, p. 300.

ser la valeur si la marchandise n'est pas retrouvée (1).

Les Australiens protègent leurs beurres contre les changements de température en Les plaçant par blocs de 100 kilogrammes dans des boîtes formées de six verres à vitres ordinaires, dont les bords sont collés avec un papier gommé et qui sont recouvertes d’une couche de plâtre de Paris d’une épaisseur de 6 à 7 millimètres, le tout étant enveloppé dans un papier imperméable (2).

C'est pour une raison d’emballage que nos œufs ont tant de difficultés pour lutter contre les œufs italiens, bulgares et serbes sur le marché suisse et que nos beurres de Normandie, de Bretagne et de la Haute-Loire se font battre en Grande-Bretagne par les beurres du Danemark, de l'Italie et de la Hongrie. Il faut mentionner d’une façon toute spéciale les producteurs et exportateurs danois, pour le soin extrême, mais non excessif, qu’ils apportent à la confection de leurs emballages et à la composition de leurs colis, pour le groupement de leurs beurres et fromages suivant la qualité, la saveur et La durée prévue pour la conservation, pour leur classement automatique des œufs au moyen d'appareils de triage et de mirage, selon la grosseur et la date de ponte et enfin pour l’uniformité de dimension, de poids et de contenance des colis de même marque (3) (4). Le Danemark possède

(1) Bulletin de l'Office de Renseignements Agricoles, 1911, p. 1188-1189.

(2) Giraud, p. 297-298.

(3) Giraud, p. 301.

(4) Pour les œufs, voir Journal d'Agriculture Pratique, 1915, 1

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même un bureau d'emballage et d'expédition du beurre d’Esbjerg (1).

En ce qui concerne les fleurs, on se trouve pour l’emballage en face d’assez grandes difficultés. La cueillette est un travail délicat à faire avec la plus grande attention, car la valeur de cette marchandise essentiellement périssable dépend de sa fraîcheur qu'il est si malaisé de conserver.

Les expéditions se font le plus souvent par colis postaux ; latare doit donc être réduite le plus possible mais sans compromettre la solidité de l’enveloppe, Celle-ci doit aussi être très aérée, pour éviter les fermentations rapides au cours de transport. On se sert particulièrement du roseau, du bambou fendu et du petit bois de peuplier. Quant au garnissage intérieur, il doit faire l’objet de soins spéciaux (2).

« Pour l’emballage des roses, lisons-nous dans une note du service des études techniques du Ministère de l'Agriculture, les boîtes sont d’abord tapissées de papier ordinaire (blanc de préférence, car le papier imprimé peut tacher les fleurs et nuire au coup d'œil), puis on place sur le fond un premier lit transversal de fleurs dont on recouvre les têtes d'une bande de papier de soie de

0 m. 10 à 0 m. 45 de largeur; puis on dispose un second

p. 605, pour les beurres de Sibérie, même revue, 1912, I, p. 267.

(1) Giraud, p. 395.

(2) Poher, p. 166-168.

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lit un peu en retrait du premier et ainsi de suite, jusqu’à ce que la boîte soit complètement pleine. On peut mettre 200 à 250 roses dans une boîte de 0 m. 85 sur 0 m. 15: mais souvent on achève le remplissage des caisses de roses avec des fleurs moins fragiles.

« On peut signaler une méthode utilisée pour l'expédition en Allemagne : les roses sont emballées dans des cartons avec du papier parchemin et de la frisure à chaque extrémité ; on place ensuite dans le milieu de la boîte un coussin de frisure qui appuie sur les queues et sert à faire bomber le couvercle de façon à ne pas endommager les têtes. Grâce à cette pratique, on évite tout ballottement.

« Les chrysanthèmes sont des fleurs très délicates et qu’il est difficile d'expédier sans les endommager. Avant de les emballer, il faut lisser soigneusement chaque fleur pour démèler ses longues lignes qui, sans cette précaution, pourraient s’abimer. Les chrysanthèmes sont ensuite enveloppés séparément dans du papier de soie, puis

emballés et expédiés comme les roses.

«Les orchidées sont aussi très difficiles à emballer par suite de leurs formes bizarres, qui s'opposent à une superposition régulière. On arrive à les expédier dans de bonnes conditions en réunissant plusieurs variétés dans une caisse et en comblant les vides inévitables avec du papier de soie.

« Quant aux violettes, elles sont ordinairement expé- Royer 6

diées dans des paniers en roseau, où elles sont fortement serrées (1). »

Les expéditions dans les pays septentrionaux — Scandinavie, Russie et même Allemagne — doivent être spécialement protégées contre la gelée étant donné la durée du transport et ce fait, qu’elles ont lieu le plus souvent durant la période la plus froide de l’année. Les fleurs doivent être séchées avant le départ et il est bon que le capitonnage soit en ouate. Les maisons italiennes emploient même, dans ce cas, de la mousse.

D'une manière générale, les paniers de fleurs sont garnis à l'intérieur de plusieurs feuilles de papier, car le papier protège très bien, non seulement contre la poussière et les souillures mais aussi contre le grand froid et la chaleur excessive. Les fleurs les plus lourdes sont mises au fond et le contenu doit être tassé d’une façon raisonnable, car le tassement exagéré aurait pour résultat l’échauffement des fleurs (2).

Mentionnons en passant que les expéditeurs français montrent une fâcheuse tendance à ne pas surveiller suffisamment l'emballage de cet article et, il y a peu de temps, on pouvait lire dans certaines gares des chemins

de fer allemands :

« L'administration décline toute responsabilité pour le

(1) Bulletin de l'Office de Renseignements Agricoles, 1905. (2) Poher, p. 470.

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transport des fleurs venant de France, à cause de leur mauvais emballage » (4) (2).

L’emballage du poisson doit aussise faire avec beaucoup de soins. Untrès bon procédé est le suivant, que M. Sülling, Commissaire des pêcheries auprès du gouvernement danois, a proposé au Ier Congrès lnternational du Froid. Le poisson, aussitôt pêché, doit être nettoyé, débarrassé de ses intestins et de ses ouïes, lavé à l’eau de mer ou à défaut à l’eau salée, et ce n’est qu'une fois égoutté et rincé de façon que tout le sang en soit sorti qu'on peut l’envelopper dans une feuille de papier spécial, le parchemin végétal, dont le côté doit avoir au moins une fois 1/2 la longueur du poisson. Le poisson est mis en travers sur l’un des coins, puis roulé d’une manière très serrée, les deux coins de chaque côté sont repliés et on continue à rouler jusqu’au 4° coin. Les soles, Les barbues, les turbots, etc., se conservent très bien aussi dans la glace (3).

Chaque pays, avons-nous dit, préfère tel emballage à tel autre pour le même produit. L'expéditeur doit donc être au courant du goût de la clientèle à laquelle il s’adresse. Ainsi pour les fruits et primeurs, les Anglais aiment beaucoup qu'ils soient emballés dans des paniers

(1) Giraud, p. 301.

(2) Sur l'emballage des fleurs itsliennes exportées en Bavière,

voir le Bulletin de l'office de Renseignements Agricoles, 1913, p. 834-

(3) 1 Congrès international du Froid, Rapports et communica-

tions, p. 191-192.

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nommés « seaves », qui conviennent d'ailleurs tout à fait au transport (4).

Or, les expéditeurs français ont une tendance très nette à ne pas assez se plier aux manies du destinataire, et ceci a poureffet la perte du marché étranger pour notre exportation ou tout au moins la stagnation de nos envois.

C'est surtout depuis que l'association a pénétré sous la forme de syndicats et de coopératives dans le monde agricole et horticole français, que des progrès sérieux ont été réalisés au point de vue de l’emballage. C'est de là que vient et que viendra le salut pour notre exportation de fruits, de fleurs et de produits de la ferme. Comme l'observe avec raison M. Giraud, «pour l’opération si délicate et si importante de l'emballage, l'association permet le recrutement d’un personnel expérimenté, assure l'obtention de conditions plus avantageuses pour l'achat du matériel nécessaire au bon fonctionnement et détermine même parfois la création d’un atelier de fabrication d'emballage » (2).

L'association des producteurs de Groslay, la Fruitière, possède par exemple un magasin d'emballage qui, en pleine saison, occupe six ouvrières et un ouvrier à l’emballage et à la manutention des colis (3).

Le syndicat de Guillon (Eure) dispose d’un matériel d'emballage de plus de 30.000 francs dont les adhérents

(1) Monier de Saint-Estève, p. 143.

(2) Giraud, p. 387.

(3) 1bid., p. 387-388

font usage sous leur propre responsabilité ; une amende de 10 à 100 francs et l'exclusion s'appliquent à tout membre coupable d’avoir fraudé La confection des emballages (1).

Par un triage et un classement parfaits des produits, en emballant la marchandise avec soin et en la présentant sous une forme agréable, syndicats et coopératives peuvent faire connaître et apprécier leurs produits des acheteurs. Les articles bien préparés bénéficient d’une prime par rapport à ceux, similaires, qui « manquent d'œil ». Dès ses premiers pas, l'association agricole en France s’est préoccupée de la question et là où les individus ont échoué, faute de goût et de talent commercial, faute aussi, il est vrai, de capitaux suffisants, elle réussira certainement, comme le font prévoir les tentatives déjà faites (2).

Il n’y a d’ailleurs pas que les syndicats et coopératives agricoles qui aient pris à cœur de faire progresser en France les modes d'emballage des marchandises sujettes à détérioration. Les Compagnies de chemin de fer et en particulierle P.-L.-Met le P.-0 ont entrepris une campagne active en vue de l'amélioration de l'emballage. Elles ont organisé des expositions très nombreuses de tous côtés de leur réseau. Leur butest, dit M. Poher : « 1°) de

faire connaître aux expéditeurs les meilleurs types

(1) Giraud, p. 401.

(2) Voir aussi sur l'association et l'emballage Poher, p. 81, Marcillaud de Goursac, p. 68-69 et de Rocquigny, p. 196-198.

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d'emballages existants, c’est-à-dire ceux qui présentent les qualités de solidité, de légèreté, d'élégance, de sécurité et de bon marché les plus grandes, ceux qui sontles plus adaptés aux habitudes des différents marchés et qui répondent bien aux sujétions des transports ; 2°) de faire naître et encourager l'initiative des fabricants, de les inciter à mieux faire » (1) (2).

Une société d’études pour l’amélioration des emballages s’est en outre fondée à Paris en 1907, qui se propose de :

1° Rechercher les types les meilleurs et les moins coûteux, les mieux appropriés à leur contenu, les plus satisfaisants pour les diverses parties en présence : produeteurs, fabricants, expéditeurs, transporteurs et consommateurs ;

2° Organiser des concours, des expositions, des congrès, etc., pour activer l’'émulation des fabricants d’emballages et des ouvriers emballeurs (3).

Grâce à toutes ces bonnes volontés, il faut espérer que la France prendra la place qu’elle peut avoir dans le commerce international des produits agricoles et périssables.

Une dernière question que nous désirons brièvement examiner avant la fin de ce chapitre concerne les emballages de retour.

(1) Poher, p. 151.

(2) Voir Journal d'Agriculture Pratique, 1912, 1, p. 586, sur l’exposition d'emballage de la Compagnie P.-0.

(3) Voir Poher, p. 151, et Giraud, p. 304.

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Le transport des emballages vides joue en effet un rôle très important dans le trafic des matières périssables. Dans certains cas, la valeur de l'emballage est égale et même supérieure à celle du produit qu'il est appelé à renfermer. Les emballages de cette nature, vu leur prix, doivent être retournés à l’expéditeur, mais il en résulte pour celui-ci comme pour le transporteur et le destinataire de graves difficultés. Le destinataire est en effet dans l'obligation de procéder à la réexpédition, il en résulte une comptabilité spéciale et une source constante de conflits avec l'expéditeur (retard apporté à la réexpédition, détérioration de l’emballage, etc.). Pour les transporteurs, le retour des emballages vides occasionne l’immobilisation d’un matériel considérable en raison du volume des emballages, ce qui a pour effet d'accroître l'encombrement et de faire obstacle dans une certaine mesure au transport rapide des denrées périssables ; la suppression des retours permettrait d'augmenter la célérité du trafic. Quant à l’expéditeur, il est obligé d’acquérir et d'entretenir un matériel d'emballage qui reste d’ailleurs inutilisé pendant une grande partie de l’année — etcela d'autant plus que les expéditions sont plus lointaines et plus durables et que le retour s'effectue avec plus de lenteur. Il lui est donc indispensable de disposer de capitaux assez élevés. I1 lui importe de limiter au strict minimum le nombre des emballages à mettre en service simultanément, et ceci n'est possible que si

l’évolution de son matériel se fait sans perdre de temps.

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Or, les Compagnies n’assument aucune responsabilité pour les délais de retour, ce qui est extrêmement préjudiciable à l'expéditeur. Ajoutons que certains réseaux font à titre gratuit le service du retour tandis que d’autres le tarifient, mais sans aucune uniformité. Le retour gratuit dans un délai assez court et réglementaire serait donc très bien vu des expéditeurs. Ajoutons que l’emballage augmentant le prix du produit, il est préférable, chaque fois que la chose est possible, de recourir à l'emballage de peu de valeur, c'est-à-dire à « l'emballage perdu ». C’est en s'inspirant de cette idée que les négociants anglais destinataires s'efforcent depuis quelques années d'obtenir des producteurs de fruits, français ou autres, qu'ils fassent choix d'emballages à très bon marché, destinés à être abandonnés (1) (2).

(1) Sur les emballages de retour, voir Giraud, p. 303, et Dayné, Conditions, etc., p. 8 et 9.

(2) Nous ne parlerons pasici de l’emballage considéré du point de vue purement technique. Sur les divers procédés d'emballages, voir Poher, pages 104-150 et l'Orléans Agricole, pages 49-59 ; ces deux ouvrages donnent de nombreuses gravures représentant divers types d'emballages.

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