‹ Le Transport des Matières PérissablesChapitre 21 sur 30 · OÉ · texte numérisé non relu

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Bref, dit la Revue Générale dés chemins de fer, « l'appropriation du matériel à ces transports (denrées périssables) est une condition des plus importantes au point de vue de la marchandise. Il est utile, en effet, d’avoir des wagons disposés de manière à procurer pendant la route une circulation d’air rafraîchissant ces denrées transportées en grande partie pendant la période la plus chaude de l’année, sans toutefois que ce courant d’air puisse entraîner et déposer sur ces produits délicats les poussières soulevées par le mouvement des trains. La question est résolue par l'emploi de wagons couverts à doubles parois séparées par un matelas d’air, et où l'air circule au moyen de ventelles isolant à jalousie ménagées sur les faces et protégées contre les poussières par des toiles métalliques (1) ».

M. J.-S. Leeds, directeur de la Santa-Fé Refrigerator Despatch Company, nous donne les indications suivantes sur le transport aux Etats-Unis par wagons ventilés des oranges, citrons, etc., provenant de la Californie. « En pratique, dit-il, toute la récolte du Nord de la Californie est transportée en wagons simplement ventilés, sans glace artificielle ni aucun autre moyen de réfrigération. La récolte du Sud se contente aussi de la ventilation du 15 novembre au 15 mars approximativement… Les wagons sont d’une construction très soignée et pour tout le trafic californien, sont du type connu sous le

(1) Les chemins de fer et Le transport des céréales, avril 1901. Voir l’Orléans Agricole, p. 37.

en ONG

nom de réfrigérants à ventilation. Ils peuvent être employés avec ou sans réfrigération et peuvent toujours être ventilés s’il y a lieu (1) ».

À côté des wagons ventilés, il convient de mentionner, avons-nous dit, les wagons isothermiques et les wagons calorifiques qu’il est assez difficile de séparer et d’opposer. M. Taris, au deuxième Congrès International du froid, a donné les définitions suivantes de ces deux sortes de wagons : « Quand en raison de son isolation, il (le wagon) est employé sans production de froid ou de chaleur pour le transport des denrées exigeant l’action de la température extérieure, c'est un wagon isotherme. Lorsqu'ilest utilisé pour le transport de certaines denrées ne pouvant supporter une basse température, c’est un wagon calorifique » (2). M. de Loverdo, par contre, donne au mot « isotherme » un sens beaucoup plus large én faisant rentrer dans la catégorie des wagons isothermes et les wagons réfrigérants et les wagons calorifiques. Le wagon isotherme, dit-il au Congrès du Froid de Lyon, en 1909, « est un véhicule fortement isolé, lequel, grâce à sa construction ou à son agencement, est en mesure de conserver jusqu’à destination, dans les meilleures conditions possibles, son chargement de denrées périssables, soit que celui-ci ait été préalablement

refroidi ou réchauffé, soit que le wagon possède une

(1) Ier Congrès International du Froid, Rapports et Communications, p- 276.

(2) Comptes rendus, p. 72.

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source de froid ou de chaleur provoquant l’abaissement ou l'élévation de la température en cours de roule ».

La première définition nous paraît mieux convenir, mieux écarter les ambiguïtés et cependant M. de Loverdo n’a proposé la seconde que pour éviter des difficultés dans l'interprétation des tarifs de chemins de fer; il semble qu'elles seraient tout aussi faciles à écarter que les tarifs s'appliquent aux wagons isothermes lafo sensu ou qu'ils concernent à la fois les wagons isothermes stricto sensu, les wagons calorifiques et les wagons réfrigérants.

Où s'arrête d'autre part le caractère isotherme, calorilique (ou même frigorifique) des wagons ? La question a son importance quand il s’agit d'appliquer à un transport tels ou tels tarifs, les tarifs afférents à ces wagons spéciaux ou les tarifs ordinaires. Sociétés de transports spéciaux, Compagnies et administrations de transports par voie ferrée sont intéressées à ne pas accorder à des wagons quelconques les avantages afférents aux wagons isothermes ou calorifiques (ou réfrigérants). Les définitions que donne M. Taris offrent une solution qui ne paraît pas d’une précision suffisante. {l ne faut pas reconnaitre le caractère isotherme à un wagon ordinaire comportant seulement une isolation sommaire obtenue au moyen de planches, de carton, de papier ou de feutre appliqué contre les parois, ni le caractère calorifique à un wagon

ordinaire où se trouve placé un réchaud portatif ou tou

autre appareil de chauffage (1). Bref, il est indispensable, si l’on veut couper court aux abus, de ne tenir pour isothermes ou calorifiques (ou réfrigérants) que les wagons spéciaux, à l’exclusion des wagons ordinaires.

Les wagons isothermes et calorifiques sont susceptibles de rendre de grands services en matière de transport de marchandises périssables, Aussi faut-il regretter que jusqu’à présent on ne leur ait fait qu’un appel bien restreint. Nous pouvons en montrer certaines applications.

Par exemple, les fleurs coupées destinées à être vendues au loin doivent tout d’abord être expédiées immédiatement, en raison deleur grande fragilité, mais si l'on veut que le transport s'effectue encore dans de meilleures conditions, les expéditeurs doivent se servir de wagons isothermes qui, leur donnant une plus grande sécurité, leur permettent de rechercher des débouchés plus éloignés et de prolonger la période des envois printaniers. Le [+ Congrès International du Froid et, la même année, le Congrès des Floriculteurs de Toulon ont agité la question et l'ont envisagée avec faveur ; les producteurs italiens s’en sont également préoccupés (2).

La Société des Magasins et Transports frigorifiques de France se sert des mêmes wagons parfaitement isolants pour préserver l'été du chaud et lhiver du froid les denrées périssables, tels que les légumes d'hiver d'Algérie et du Midi. Ces articles d'alimentation sont chargés par

(1) Cpr. Dubel, p. 82-83.

(2) Poher, p. 472.

le beau temps, traversent des régions froides où à certains jours la température extérieure est à 7° et même à 10° audessous de 0° et arrivent à destination sans que la température intérieure n’ait cessé d’être de 10° et 14° au-dessus de 0. Les pommes de terre qui craignent les gelées sont confiées aux mêmes wagons et ne redoutent plus les froids du début de l’année. Les bananes si sensibles et aux froids et aux changements brusques de température peuvent ainsi venir en hiver des ports d'importation à Paris sans nul dommage. Or, on sait le grand développement que prend en France la consommation de ce fruit délicieux et nutritif à haute dose (1).

L'emploi de wagons isothermes sur le P.-L.-M. a contribué à l'extension de la culture des chasselas en Algérie et en particulier à Guyotville. Ce fruit fait prime à Paris à cause de sa qualité et aussi parce qu’il y arrive au moment où aucun autre raisin ne lui fait une concurrence sérieuse. De là, il peut mème être réexpédié en Suisse, en Allemagne et en Autriche, en parfait état de conservation, toujours grâce à l'emploi de l'isothermie par isolation (2).

Dans un autre ordre d’idées, les laiteries coopératives des Charentes ont fait construire pour le transport de leurs expéditions un matériel perfectionné : wagons, re froidis en été et chauffés en hiver (3). De même, on tend

(1) Ier Congrès International du Froid. Etat actuel et desiderata, p. 294.

(2) Gpr. Revue générale du Froid, 10 juin 1912.

(3) Giraud, p. 389.

de plus en plus à chauffer le lait, non plus au cours du transport, mais avant le départ: le lait destiné aux grands centres de consommation est chauffé dans des appareils dits « pasteurisateurs » à une température qui peut atteindre 85° centigrades; les ferments lactiques sont ainsi annihilés, on peut conserver le lait quelque temps sans crainte de le voir tourner et son transport et sa livraison sont assurés dans de bonnes conditions. On peut même faire plus, stériliser le lait en le portant à 100°, puis boucher hermétiquement les bouteilles qui le contiennent. Mais ce procédé présente le grave inconvénient de faire perdre au lait une partie de ses qualités alimentaires et son goût de frais (1).

En somme, sur ce terrain — wagons spéciaux, ventilés, isothermes ou calorifiques — bien peu d'efforts ont été tentés jusqu'ici, mais les essais auxquels ont procédé s0ciétés privées et Compagnies de transport ont eu d’excellents résultats. Les intérêts bien compris des expéditeurs, des destinataires et des transporteurs concordent ici encore, une fois de plus, et l'on peut espérer que le mouvement « associationniste », qui se manifeste avec une telle vigueur en matière agricole, s'inspirera de l’exemple fourni par les laiteries charentaises et dévelop-

pera en France ce genre de transports.

(1) Poher, p. 204-205.

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