XVI PRÉFACE
Prusse, oii l'on obtient une rémunération suffisante du capital, nous signalerons cependant quelques faits bons à connaître.
La bureaucratie prussienne qui administre un réseau de 21,000 kilomètres en 1886, est la première du monde. Les qualités d'ordre, de discipline, d'épargne de l'administration gouvernementale en Prusse sont connues, et elles rendent dansles chemins de fer les mêmes services que dans les autres départements de TEtat. Toutefois certains observateurs sagaces croient découvrir une diminution du sentiment de la responsabilité par suite d'un excès de centralisation, en même temps que la paperasserie augmente. Tout doit se faire par écrit; en dernier ressort, il faut toujours s'adresser au Ministre, qui est l'instance suprême et qui risque sans cesse d'être débordé par les détails.
Un danger qui menace l'équilibre du budget de l'Etat, c'est qu'on y a incorporé le budget des chemins de fer, qui représente 3/5 du total. Dans les mauvaises années, lorsque les recettes diminuent et que les dépenses ne varient guère, le corps entier de l'État est atteint ; il n'en est pas de même avec les Compagnies privées.
Les tarifs n'ont pas beaucoup changé ; le rachat a été fait sur le mot d'ordre : abaissement des tarifs. C'est un mot d'ordre qui n'a pas reçu d'exécution bien complète jusqu'ici. Les tarifs spéciaux sont en croissance.
Comme le disait si justement M. Léon Say, l'État propriétaire et exploitant est en butte à des sollicitations, à des requêtes incessantes de la part de certains gros in-
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térêts qui réclament des abaissements de tarifs, par exemple les grands industriels du Rhin et de Westphalie ne se lassent pas de pétitionner afin qu'on modifie les conditions du tarif pour le transport du fer et de la houille.
Une des difficultés auxquelles se heurte TÉtat, c'est qu'il lui est difficile de faire des expériences, des tentatives partielles dans la voie des abaissements, parce que, s'il se les permet sur une partie du territoire, les autres réclament immédiatement la même chose.
Les critiques qu'on peut adresser au système allemand et les objections de principe qu'il soulève ne doivent pas empêcher de reconnaître que des progrès ont été réalisés dans l'exploitation. Il est encore trop tôt pour porter un jugement. Il est heureux en tout cas pour la Prusse que le rachataitété opéré dans un momentoii les finances de l'État étaient prospères : il est vrai qu'on eût été assez sage pour ne pas Tentreprendre dans d'autres conditions * .
Arthur RAFFALOVICH.
Paris, l" Mai 1887.
* N'oublions pas un avantage de l'industrie privée sur TÉtat : c*est la possibilité de réaliser des économies sérieuses, alors que TEtat a toutes les peines du monde à ne pas accroître ses dépenses. On connaît la lutte entreprise dans la Chambre des députés, et Ton ne sait pas quel en sera le résultat. Sous le coup de la crise générale et de la diminution de leurs recettes, les Compagnies privées, où Tintérêt particulier est le moteur, ont pu faire des économies considérables.
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