CHAPITRE m
l4a.prol;>riété des Gompagrnles 'de chemins de fer. La spéculation sur les chemins de fer.
Caractères distinctife des entreprises de chemins de fer. — La propriété entré les mains de corporations d'actionnaires. — Son étendue actuelle. . — Son histoire. — Ses avantages et ses inconvénients. — La spéculation. — Crises commerciales. — Événements qui ont précédé la crise de 1884. — La spéculation sur la construction des lignes de chemins de fer et ses résultats. — Tentatives pour la réglementer. — Les comptes des compagnies de chemins de fer. — Le compte du revenu et la balance générale. — Difficulté de séparer iVntrctien de la construction. — Services que les comptes rendus publiés par les compagnies de chemins de fer peuvent rendre aux actionnaires et obUgataires.
Jusque vers 1850, on avait considéré les chemins de fer comme soumis aux mêmes lois économiques que toutes les autres entreprises industrielles et commerciales, et en particulier à cette loi dite de la concurrence qui, par son libre jeu, devait tendre à abaisser graduellement les tarifs jusqu'au niveau du prix de revient du service rendu. Peu. à peu, on constata que cette assertion n'était pas absolument vraie, et que dans beaucoup de cas, elle était bien loin de la vérité.
Il existe entre les chemins de fer et beaucoup d^autres entreprises industrielles et commerciales, une différence iipportante : toute entreprise de chemins de fer exige l'immobilisa tion pour un long espace de temps, d'un capital considérable, qui peut être employé seulement pour un but étroitement déterminé et pour aucun autre objet. Le capital une fois engagé, n'a qu'une bien faible valeur pour toute entreprise différente de celle en vue de laquelle le placement a été effectué. Une compagnie de chemins de fer ne peut réduire son capital parce qu'elle ne réalise aucun bénéfice; elle ne peut pas non plus l'augmenter rapidement quand sa situation est prospère. A tous ces points de vue, elle diffère complètement d'une banque ou d'une maison de commerce, et à certains égards d'une manufacture. Les différents genres d'industrie, banque, maison de commerce, manufacture, compagnie de chemins de fer, forment une série, à une extrémité de laquelle nous trouvons un capital en quelque sorte élastique, pouvant rapidement être augr mente ou diminué, tandis qu'à l'autre extrémité nous rencontrons un capital fixe considérable qui ne peut s'adapter avec la même facilité aux besoins du commerce. C'est cette différence entre les chemins de fer et les autres industries, qui a fait dire souvent que les lois ordinaires de l'économie politique ne pouvaient plus être invoquées, dès qu'il s'agissait des chemins de fer. Les premiers économistes furent pour la plupart des hommes qui avaient fait une étude spéciale des opérations de banque. David Riçardo, celui quia exercé l'influence la plus profonde sur l'école anglaise actuelle, était un banquier. Les habitudes contractées dans
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l'exercice de sa profession, ramenèrent à considérer le capital comme étant essentiellement mobile, par conséquent circulant librement et pouvant être facilement retiré d*utie entréprise qui cessait d'être ayantageuse. Théorie peu soutenable en ce qui concerne les usines, et absolument fausse dès qu'il s'agit de chemins de fer.
Cette nécessité de l'immobilisation d'un capital considérable , influe sur la nature des rapports qu'entretient un chemin de fer avec ses propriétaires, avec ceux qui louent ses services, avec la loi. Par la force des choses, un chemin de fer est le plus souvent la propriété d'une association. Dans ses rapporta avec ceux qui louent ses services, il jouit fréquemment d'un véritable monopôle. Très peu de villes ont l'avantage d'être desservies par plusieurs lignes de chemins de fer; même lorsque cette situation exceptionnelle existe, il est facile aux compagnies de se concerter et de s'assurer ainsi les avantages du monopole. Dans tous ces cas, l'influence de la concurrence ne se fait pas directement sentir. Quand une compagnie de chemins de fer établit des tarifs arbitraires, on ne peut en appeler à un pouvoir supérieur. Aussi des tentatives réitérées pour soumettre les chemins de fer à une législation spéciale, ont-elles été faites. Il y a d'ailleurs d'excellentes raisons en faveur de cette intervention d'une nature toute particulière. L'existence des compagnies étant consacrée et reconnue par la loi , il devient nécessaire de les soumettre à un contrôle légal. De temps immémorial, les entrepreneurs de transports publics ont été soumis^ à une responsabilité d'une nature particulière. Quand il existe un véritable
monopole, au profit soit d'un seul entrepreneur de transports, soit d'un petit nombre d'en,tre eux, cette responsabilité doit être encore plus strictement sanctionnée. Telle était la doctrine adoptée par la Cour suprême des États- Unis, dans les procès des fermiers de l'Ouest, où le pouvoir de police réservé aux Etats fut si vigoureusement affirmé. Les chemins de fer eux-mêmes reconnaissent qu'ils sont, vis-à-vis de la loi, dans une position d'une nature toute particulière, en demandant l'autorisation d'exercer le droit de domaine éminent, droit qui leur permet de s'emparer d'un terrain sans le consentement du propriétaire. Si les chemins de fer sont reconnus comme ayant un caractère d'utilité publique, ils doivent accepter et les bénéfices et les charges qui sont la conséquence de ce caractère.
Mais c'est surtout un motif tout pratique qui a amené l'établissement d'une législation spéciale destinée aux chemins de fer : entreprises nouvelles, les compagnies de chemins de fer ne pouvaient invoquer en leur faveur le bénéfice de précédents établis. Le public est jaloux de la puissance des chemins de fer. Il ne veut pas leur permettre de gérer leurs afiaires sans contrôle, craignant que leur puissance ne devienne un jour si forte, qu'aucune intervention ne soit plus possible. Le public ne voit pas de limites à la puissance toujours croissante des associations et considère ce développement indéfini avec un sentiment de vague inquiétude. Bien qu'en pareil cas les hommes ne puissent dire exactement ce qu'ils craignent, cette vague méfiance a eu une influence assez grande, influence qui
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s'est manifestée par beaucoup de paroles bruyantes et une législation mal entendue.'
Ces manifestations de Topinion publique ont amené quelques hommes à préconiser un système diamétralement opposé. Parce que les craintes étaient vagues , ils les ont déclarées sans fondement, parce que les rumeurs qui se propageaient étaient fausses ou exagérées, ils ont dit qu'il y avait là beaucoup de bruit pour rien ; parce que des systèmes de législation ont été mal conçus, ils ont pensé qu'il n'y avait nul besoin de légiférer en cette matière.
Les deux solutions extrêmes sont également mauvaises. On a tort de s'effrayer outre mesure de l'accroissement de la propriété des sociétés anonymes ; mais il ne faut pas non plus fermer les yeux pour ne point voiries faits accomplis. Les sociétés commerciales ont entre leurs mains près d'un quart delà richesse des Etats-Unis, et l'on peut soutenir sans exagération que la moitié du capital placé dans les affaires d'une manière permanente leur appartient \ Il est certain que, non seulement aux Etats-Unis, mais encore dans tous les Etats civilisés, la propriété des sociétés anonymes se développe beaucoup plus vite que les autres formes de la
* Employer les mots placement permanent, dans un sens quelque peu restreint, c'est exclure la valeur de la terre qui, bien qu'étant un place-* ment permanent pour la plupart des propriétaires, est généralement con « sidérée comme un capital produisant une rente. Le census des Etats* Unis, 1880, VII, p. 1 1, évalue la richesse du pays à 43 ou 46 milliards de dollars; probablement de 16 à 18 milliards peuvent être considérés comme placement permanent. D'après cette base d'évaluation, il est probable que le chiffre total de la propriété des sociétés anonymes e^t de 10 à 12 milliards de dollars, dont les trois quarts environ peuvent être classés comme placement permanent. Mais ces chiffres sont incertains.
richesse*. Cet accroissement rapide des corporations est la plus considérable de toutes les transformations économiques qiii se sont effectuées dans notre siècle.
Cette extension a été si rapide, que Tintelligence humaine a eu à peine le temps de s'y habituer ; la loi a été moins capabje encore d'envisager pacifiquement la nouvelle transformation. Comme toutes les grandes transformations, celle-ci a apporté avec elle des maux et des dangers inconnus jusqu'alors et aujourd'hui encore imparfaitement compris. Contre ces dangers, les précautions autrefois prises ont été inutiles ; une législation nouvelle, basée sur une connaissance superficielle des faits, s'est montrée encore plus mauvaise qu'inefficace. Pour que des remèdes soient efficaces, il faut qu'ils soient basés sur une connaissance complète des maux contre lesquels ils sont dirigés. Pour arriver à cette compréhension, nous devons connaître le caractère du système et les causeg qui ont présidé à son développement.
Le caractère distinctif des sociétés commerciales modernes, c'est la responsabilité limitée des membres qui les composent.
C'est là ce qui les distinguent des sociétés ordinaires (partnerships)'^ . Un homme place mille dollars dans une
f Ici nous avons un terrain d'évaluation plus sûr. De 1870 à 1880, la richesse totale du monde entier s'est accrue de plus de 10 0/0. Mais remploi des machines , qu'il est facile de mesurer par la consommation du charbon et du fer, a augmenté dans la proportion de 40 à 50 0/0; la longueur du réseau ferré s*est, dans le même temps, accrue dans la proportion de 75 0/0. — V. Mulhall, Balance sheel of the World, 1870-1880; Neumann Spallart, Uehersichien^A^'&k, p. 26(), 289 et 439.
^ Le mot partnerships nVst pas pris ici dans son sens juridique (Corn-
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société ordinaire : si la société contracte des engagements qui excèdent ses ressources, il peut se trouver dans l'obligation de payer plusieurs milliers de dollars pour satisfaire les créanciers. Mais, s'il achèteavec ses mille dollars des actions de chemins de fer , il se trouve dégagé de toute responsabilité ultérieure. Si la compagnie est bien admistre, il touchera des dividendes; si elle est mal administrée, il perdra probablement son argent. Mais, dans aucun cas, il ne sera forcé de payer plus que la valeur nominale des actions souscrites. Si le passif de la compagnie excède son actif, c'est l'affaire des créanciers. Ils peuvent prendre possession de l'affaire et continuer l'exploitation pour leur propre compte, mais ils ne peuvent exercer de poursuites individuelles contre les actionnaires.
Ce que nous venons de dire des compagnies de chemins de fer s'applique généralement aux autres actions industrielles et dans quelques circonstances aux actions des banques et des sociétés commerciales. La responsabilité individuelle des actionnaires, est dans chacun de ces cas soigneusement déterminée p^r la loi.
A cet égard, les associations d'aujourd'hui diffèrent complètement des corporations du moyen âge. Au moyen âge les membres d'une «guild» étaient entièrement responsables de tous les actes de la corporation. Leur personnalité tout entière était absorbée parla corporation , en dehors de laquelle ils cessaient d'avoir une existence individuelle. En l'an de grâce 1300, John Smith n'était pas un citoyen de l'Angle-
parezTaylor sur les Corporations, ch. m, iv), mais il est consirléré comme la dénomination populaire d'un certajp nombre de faits.
terre, mais un membre de la corporation des forgerons de la cité de Londres ^ laquelle cité était un membre du corps politique de TAngleterre. Soit qu'il combattît, soit qu'il travaillât, il n'agissait pas comme un Anglais libre de naissance, mais comme un Smith de Londres. Aussi, toute analogie entre la corporation du moyen âge et l'association moderne est-elle trompeuse'. La première était une association soutenant elle-même ses revendications à cause de la faiblesse de l'État ; la dernière est une association établie dans un but déterminé par un Etat qui est devenu assez fort pour protéger les privilèges de l'association et la limiter au but en vue duquel elle a été organisée.
La première association établie sur le type moderne, fut une banque fondée à Gênes en 1407, pour consolider la dette nationale de cette ville'. Nous citerons ensuite les grandes compagnies de commerce maritime de la Hollande,
de l'Angleterre, de la France et dont la plus fameuse fut la compagnie anglaise des Indes orientales. La plus ancienne de ces compagnies remonte à l'année 1600. Cette nouvelle organisation fut pendant un siècle considérée de plus en plus favorablement par le public , puis les spéculations effrénées auxquelles donnèrent lieu la banque de Law,enFrance(1720), etàlamême époque, en Angleterre, « les chimères de la mer du Sud » amenèrent une réac-
* Il y a ici un jeu de mots intraduisible ; Smith est un nom propre qoi Bi(?Difie aussi forgeron. (Note du traducteur.)
2 Thorolds Rogers, Six centuries of Work and Wages. I^ndres et New* Yor"k, 1884, p. 106 à 123.
^ Kleinwachter in Schonberg'a, Handbuch des poUtischen Oekonomie^ p. 197,198 Tubingen, 1882.
tion et le mouvement fut arrêté jusqu'à la fin des guerres de Napoléon. L'extension vraiment rapide date de 1815.
Aujourd'hui, les associations répondent à des nécessités inconnues au xviii® siècle. Les machines à vapeur, ont amené la substitution des grandes entreprises aux petites. L'ère des grandes manufactures a commencé vers 1815, celle des chemins de fer en 1830. En deux générations, nous avons vu consacrer un capital de plus de 150,000,000,000 de francs à l'application de la puissance de la vapeur ' .
11 y avait donc une œuvre immense qu'il fallait nécessairement entreprendre, mais où trouver les capitaux indispensables? Les plus grandes fortunes qui existaient il y a un demi-siècle, auraient été insuffisantes pour répondre aux demandes des grandes usines et des chemins de fer, même 3i leurs propriétaires avaient consenti à courir tous les risques de ces entreprises qui n'avaient point encore été tentées. D.'un autre côté, les petits capitalistes avaient besoin de cette occasion inattendue, s'offrant à eux pour le placement de leurs épargnes, parce qu'ils pouvaient en profiter sans s'exposer à de trop grands dangers. Le placement avait besoin du petit capitaliste, et le petit capitaliste avait besoin du placement. Le problème fut résolu par l'application à toutes ces entreprises, du système de la responsabilité limitée. Cette forme moderne de l'association a prévalu parce qu'elle fut reconnue comme la meilleure forme de propriété pour les placements considérables à longue durée,, concentrés sous une administration unique, qui sont nécessaires à l'industrie moderne.
* Engel, Zeitschrift des KonigL Pnus Slat. Bureau. BerliD, 1880. p. 121.
TiS LES CHEMINS DE FER.
Ce résultat ne fut pas atteint sans difficulté. Beaucoup de gens firent une opposition violente au nouveau système. Cependant il gagna peu à peu la faveur du public, quand on vit les Etats qui avaient refusé de l'adopter obtenir peu d'avantages et s'exposer à de grands inconvénients à la la suite de ce refus. Il y a soixante ans, les lois du Massachusetts étaient défavorables aux entreprises par actions. Le capital émigra immédiatement pour aller chercher un placement dans les autres Etats. Le développement des affaires fut entravé au Massachusetts. Il fallut finalement modifier les lois.
L'exemple de l'Angleterre est plus remarquable encore. Dans la réaction qui suivit les spéculations de l'année 1720, le principe que le bénéfice de la responsabilité limitée devait être accordé par une charte du Parlement, fut adopté. Ce qui eut pour résultat une dépense considérable et donna naissance à nombre de tripotages (jobery). Une entreprise qui obtenait une charte, la devait bien plus à l'adresse des émissaires qu'elle entretenait dans les couloirs du Parlement, qu'aux garanties qu'elle pouvait présenter. Les petites entreprises ne pouvaient supporter la dépense nécessaire pour s'assurer une charte. Trop souvent elles se trouvaient enlevées des mains de capitalistes de bonne foi (bona fide investors), et jetées dans celles de gens qui, ayant peu de chose à perdre, n'avaient pas grand'chose à craindre. La spéculation se trouvait ainsi encouragée par les lois qui avaient essayé de la restreindre. L'une après l'autre, ces lois furent abrogées*. Quelques-unes de leurs
• Kleinwachter, p.^0I,202.
dispositions nuisibles subsistent encore; «aais la faillite de la «City of Glasgow Bank» en 1878, porta le coup mortel à ce système. Des centaines de petits capitalistes furent irrémédiablement ruinés, et cette circonstance fit plus que toutes les paroles échangées pour montrer la folie d'un système qui envoyait le capitaliste à l'asile des pauvres, dans le but de protéger le créancier contre toute espèce de perte. Le petit capitaliste est une nécessité de l'industrie moderne, et la forme actuelle de l'association donne seule les moyens de l'encourager et de le protéger. Le fait d'avoir vu adopter cette organisation avec répugnance est la preuve la plus forte de sa nécessité.
En insistant fortement sur la nécessité des associations, nous ne prétendons pas que leurs bienfaits aient été sans mélange. Au contraire, leur extension a été^ à chaque phase, accompagnée de calamités et de périls. Il y a. des maux qui proviennent de l'existence d'une quantité coursidérable de capitaux de toute espèce immobilisés. Il y en a d'autres qui proviennent de la propriété anonyme, résultant de tels placements. Des abus naissent de l'ad- •ministration d'un chemin de fer ou d'une manufacture, simplement parce qu'il s'agit d'un chemin de fer ou d'une manufacture ; d'autres sont dus au seul fait que l'entreprise est possédée et administrée par une société par actions. Cette dernière cause est moins importante -que la précédente. Bien des maux attribués au droit dé propriété reconnu aux sociétés par actions, sont dus au caractère de l'entreprise plutôt qu'à la forme de la propriété, et apparaissent avec une intensité égale dans les entreprises de
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même nature, appartenant à des particuliers et administrées par eux. Quelques-uns de ces maux afifectent le public en général. D'autres atteignent plus directement le capitaliste. Nous allons maintenant étudier ces derniers qui peuvent tous être compris sous la dénomination un peu vague de spéculation.
La spéculation, dans le sens étroit du mot, est une tentative pour gagner de l'argent au moyen des fluctuations qui se produisent dans la valeur de la propriété, considérée comme distincte de ses fruits.
Dans un sens plus large, les affaires de spéculation sont celles qui présentent, avec de grands risques , la chance d'un gain considérable.
Dans un sens plus large encore , une administration qui se livre à la spéculation est celle où la propriété commune est administrée par des cliques intérieures, dans des vues distinctes des intérêts permanents des actionnaii^es.
La propriété des sociétés anonymes est exposée à la première de ces formes de la spéculation, risque qu'elle partage d'ailleurs avec toute autre propriété. Elle encourt une responsabilité spéciale en ce qui concerne la seconde forme de la spéculation, parce que des placements considérables, faits pour un long espace de temps, amènent des risques spéciaux. Les maux de la troisième forme peuvent plus spécialement lui être imputés, parce que la masse des propriétaires n'a aucune part à l'administration.
Chacune de ces formes de spéculation ne cesse de faire des progrès, dans une certaine mesure. Mais il y a des époques où ce développement est entièrement arrêté; et,
(l'autre part, il y a des époques où la spéculation se développe avec une activité tout à fait anormale. Une période de spéculation active est presque toujours suivie par une réaction plus ou moins violente. C'est cette réaction qui constitue la crise commerciale * . Ces alternatives d'activité maladive et de stagnation, ces flux et ces reflux de la vie industrielle, constituent un des problèmes les plus sérieux de l'économie politique. Les désordres moraux de la période de spéculation, les dommages matériels causés par la crise, sont pleins de dangers pour la société.
Les lois sont d'un bien faible secours contre des maux de cette nature. Les causes qui engendrent ces calaniités se passent dans une sphère où Tintervention de l'Etat est ineflScace. Les lois contre les crises commerciales seraient à peu près aussi efficaces que des lois contre le frisson ou la fièvre. Un bon système d'égouts (sewage) peut être établi par l'autorité publique, mais il dépend des particuliers de s'y rattacher. Si vous légiférez trop , vous afiaiblissez la • responsabilité individuelle, au point de faire plus de mal que de bien. Si l'idée que l'Etat doit prendre soin de chacun de nous se répand, chacun cessera de se protéger luimême.
• Les tentatives faites pour renfermer, au n;oyen d'une
' La littérature économique n^eat pas très riche en ce qui concerne l'histoire des crises commerciales. Le meilleur ouvrage est celui de Max Wirth : Geschichte des Handels Krisen; Frankfort, 1874. — L'ouvrage de M. Grosvenor : American securitics, de 1872 à 1885, est une importante addition à nos autorités en cette matière , mais il est paru depuis trop peu de temps pour pouvoir y renvoyer d'une manière détaillée. — Voy. aussi les Crises commerciales, par Horace White, dans TEncyclopédie de Lalor, vol. l.
loi, la spéculation dans de sages limites, rencontrent une autre difficulté : l'impossibilité de séparer le bien du mal. La spéculation est une nécessité de la vie moderne. Aujourd'hui les affaires présentent de grandes risques qu'il faut bien que quelqu'un consente à courir. Le point important , c'est que les risques soient assumés par des hommes ayant assez de jugement pour en prévenir les effets probables et assez riches pour en supporter les conséquences possibles; l'homme qui n'a ni jugement ni fortune ne doit point s'exposer à de tels risques.
Il ne reste donc aux particuliers qu'à tirer un enseignement de chaque crise et à se protéger eux-mêmes du mieux qu'ils pourront, contre le retour de semblables maux. La crise de 1857 nous a montré la folie des spéculations sur les affaires de banque, celle de 1873, la folie des spéculations sur la terre et sur les actions, sous quelquesunes de leurs formes les plus grossières. Ces crises enseignent aux hommes d'affaires dé notre pays à prévoir la possibilité d'une panique soudaine et à se mettre en garde contre ces effets.
Mais, au point de vue des conditions dans lesquelles elle s'est produite, la crise actuelle diffère radicalement de celle de 1873 et de 1857. Il n'y eut presque pas de spéculations sur les affaires de banque. Il y avait une absence remarquable de spéculations sur la terre. Bien plus, la crise de 1884 n'a été accompagnée par aucune panique générale, bien qu'au mois de mai nous fussions sur le point d'en voir une se produire. Il n'y eut point de catastrophe (crash) sur un point particulier, mais une dépression constante
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d'un bout à l'autre du pays. Les hommes qui s'étaient préparés à soutenir une tempête imprévue, même violente, se trouvèrent dans Fimpossibilité de résister à cet affaissement continu.
Aucun des événements que nous avons l'habitude de considérer comme les précuseurs nécessaires d'une crise ne se produisit. Les faits existants, qui semblent avoir surtout amené la présente crise, furent en premier lieu un placement des capitaux, sans précédents dans des entreprises de chemins de fer ou dans d'autres placements de longue durée, et en second lieu, un système d'affaires qui permettait à des cliques (inside rings) de conduire le marché comme ils l'entendraient. Il est important d'analyser les résultats de chacune de ces causes et spécialement de la première.
. Après la longue période de dépression qui suivit la crise de 1873, l'année 1879 vit se produire un réveil de la con-r fiance. Le chiffre des affaires s'accrut; il y eut une hausse générale sur les prix et dans quelques branches d'industrie où les anciens moyens de production ne pouvaient plus^ satisfaire la nouvelle demande , l'industrie du fer par exemple, la hausse fut extraordinaire. De bonnes récoltes de froment dans l'ouest et simultanément, une demande active en Europe, entretinrent ce grand mouvement d'affaires pendant les années 1880 et 1881.
Toute hausse dans les prix, ou même toute augmentation du chiffre des affaires, amène dans les bénéfices nets un accroissement proportionnellement beaucoup plus considérable. Si une tonne de fonte vendue 30 dollars, donne
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un bénéfice de cinq dollars, une hausse, amenant soudainement le prix de la tonne à 35 dollars, portera le bénéfice à environ 10 dollars. Une surélévation de 17 0/0 dans le prix, peut ainsi amener une différence de 100 0/0 dans le bénéfice. Lorsque de nouveaux capilaux viennent faire concurrence, ces profits élevés sont de courte durée. Mais il faut du temps pDur construire un haut-fourneau, une manufacture ou un chemin de fer qui puissent prospérer. Les entreprises qui exploitent déjà ce genre d'affaires jouissent ainsi pendant quelque temps d'un monopole particulier qu'elles peuvent maintenir par des arrangements particuliers (pooling arrangement, syndicats).
Les années de prospérité furent pour les propriétaires des capitaux placés depuis longtemps, une ère de gros profits. Une grande partie de ces bénéfices inattendus ne fut pas dépensée en objets de luxe, mais placée de nouveau. Une grande quantité de capitaux attendant une occasion favorable se trouvait donc disponible quand le gouvernement des Etats-Unis appela ses titres de dette au remboursement. Ces deux causes créèrent une active demande de bons placements. Le prix des valeurs sûres monta si haut qu'il était impossible d'obtenir un taux satisfaisant d'intérêts.. Désirant tirer de son argent les mêmes intérêts qu'autrefois, le capitaliste chercha de nouveaux placements.
Un nouveau placement de longue durée est presque nécessairement une spéculation. Mais les capitalistes n'examinent pas ces questions à ce point de vue. Des hommes qui auraient craint de s'exposer à des risques pour s'assurer un revenu de 10 0/0, au lieu de 6 0/0, s'exposèrent à
des risques plus grands pour éviter une réduction de 60/0 à 5 0/0. Un placement ne leur promettait-il que 6 0/0 d'intérêts, ils le considéraient comme solide , prima facie. Si ce placement se présentait sous la forme d'obligations garanties par une première hypothèque , à première vue il leur semblait sûr. Une petite partie seulement des spéculations sur les actions se firent sous la première forme. Au contraire, il y eut une grande quantité de spéculations inconscientes sur des valeurs émises sous la seconde forme ; ainsi fut ouvert le chemin à cette troisième espèce de spéculations dont nous avons parlé plus haut et qui fut alors pratiquée sur une large échelle.
Dans l'espace de trois années, de 1880 à 1882, il fut construit aux Etats-Unis 46,400 kilomètres de chemins de fer , représentant une augmentation de 34 0/0 de la longueur totale du réseau ferré de ce fàys. Parmi ces nouvelles lignes, il y en avait à peine un tiers dont la construction fût justifiée par les affaires existantes. Un autre tiers pouvait devenir avantageux dans l'avenir ou en tout cas rendre des services réels à la communauté, mais non pour le moment. Parmi les autres lignes quelques-unes furent construites afin d'augmenter la puissance des réseaux existants, sur des points où elles n'étaient pas nécessaire. D'autres furent établies pour procurer des bénéfices aux constructeurs, mais non aux actionnaires; d'autres, enfin, furent construites pour être vendues comme moyen d'extorsion à l'égard d'autres lignes.
Afin de gagner de l'argent par la construction d'un chemin de fer , il était seulement nécessaire de souscrire la
petite somme exigée pour obtenir une charte avec le droit d'émettre des obligations bénéficiant d'une première hypothèque. Les souscripteurs primitifs avaient ainsi à leur disposition tous les fonds versés par les porteurs d'obligations (bondholders). Ils prélevaient d'abord une forte commission pour la vente des obligations; puis ils organisaient une sorte de société de construction et prenaient l'engagement envers eux-mêmes, de payer un haut prix pour Rétablissement de la voie ferrée. Tels étaient, parmi beaucoup d'autres, deux moyens qui leur donnaient l'occasion de faire passer l'argent des porteurs d'obligations dans leurs poches, grâce à leur double capacité, comme directeurs et comme entrepreneurs * .
Mais des faits plus graves se produisaient. Quand l'argent sortait des poches des porteurs d'obligations, ces capitalistes se trouvaient, dans un certain sens, responsables de s'être laissé duper. Or, quelquefois, l'argent était extrait de la poche des actionnaires d'un chemin de fer concurrent, qui ne pouvaient cependant, à aucun égard, avoir engagé leur responsabilité. Des lignes furent construites uniquement en vue du préjudice qu'elles menaçaient de causer par leur concurreQce, aux lignes existantes, de manière à placer ces dernières dans l'obligation de les racheter. Le système des receveurs (syndics de faillite), créés primitivement pour la protection des capitalistes, était
* Has8ler,G.W. Railroad Rings and their Relation to the RaUroadQueS" lion in this Country ; New-York , 1876.
Dans d'autres cas, plutôt moins fréquents, les actionnaires bona f^f durent subir une dette et d'autres charges permanentes sur lesquelles la clique des affairistes réalisait des profits.
arrivé à un point où il semblait tendre à favoriser la réussite de semblables projets. Tel était le caractère et le but de beaucoup de projets de chemins de fer récents * . '
Les événements qui suivirent sont connus. Ces nouvelles lignes étant insolvables entraînaient dans la ruine , leurs concurrents solvables. Les causes qui de 1879 à 1881 avaient produit un grand mouvement d'affaires, cessèrent d'agir. La dépression qui en fut la conséquence aurait, dans les circonstances les plus favorables, supprimé les bénéfices des placements à longue durée; or, elle surprenait quelques compagnies avec le poids d'une dette nouvelle, pendant que beaucoup d'autres étaient obligées de lutter contre la concurrence sans scrupule de rivaux insolvables. C'est le spectacle auquel nous assistons aujourd'hui. Ce qui s*est passé pour les chemins de fers'est également produit pour les autres formes de placements à longue durée. D'abord des prix élevég et des bénéfices élevés, puis des placements opérés par la spéculation, ensuite un marché encombré d'actions (overstocked) et des bénéfices nuls, et, finalement , une concurrence à se couper la gorge et l'insolvabilité s'é tendant sur tout le pays^*
Pour la société, la crise présente est une leçon montrant la folie des placements inconsidérés. La sur-production
* Comparez Thistoire détaillée du West Shore Road telle qu'elle est relatée dans BradA-^r^etV, ^5 aviihlSSô.
3 Le (( Railway Age » de (îhigago, publie au commencement de chaque année un tableau très intéressant de la longueur et du capital des lignes ferrées vendues sur n forclusion » dans les années précédentes Dans les années 1876 à 1880, pendand que la crise de 1873 produisai!; son plus grand effet, il y eut à peu près un quart de la longueur totale du réseau ferjré ancien vendu ou réorganisé.
(over-production) dont nous parlons beaucoup, est bien peu de chose auprès de ce qui s'est passé, car c'est un mal auquel on peut, en quelques mois, porter remède. La surabondance des placements (over-investment) amène une over-production durable jusqu'à ce que le capital ait été consommé ou jusqu'à ce que la production d'un pays ait été lentement portée à un point plus élevé. Notre crise présente est directement liée avec des placements exagérés et mal entendus. La folie du capitaliste l'a provoquée; les tendances des administrations l'ont favorisée ; la friponnerie des syndicats (rings) a su en tirer profit.
Sous la pression de cette expérience, bien des gens sont en faveur d'une limitation de la construction des chemins de fer; or, il est plus que douteux que l'on puisse jamais arriver à ce résultat. Certes, dans beaucoup de cas, il serait désirable de pouvoir le faire , mais il n'est pas facile de faire pénétrer un principe si étranger à la tendance générale de nos lois. De plus, on peut se demander si les avantages obtenus sur un point ne seraient point chèrement achetés sur un autre. Il faudrait que cette question fût transportée sur un terrain pratique; il ne sera pas facile à ce moment de prévoir de quel côté penchera la balance. U y a un point sur lequel il ne saurait y avoir de doutes : il serait désirable de restreindre les moyens de construire des chemins de fer avec l'argent d'autrui * , et même sur ce
* J.-B. Hodgstein, in Nation, XII, 398, sur The Borrowing power of Corporations.
C'est le plus sérieux des maux qui résultent du système de stock watering. Le stock watering se présente sous trois formes : l" quand de nouvelles actions koni émises pour représenter de l'argent qui, au lieu d'être
point rétablissement d'une sanction légale pratique est plus difficile qu'il ne semble tout d'abord.
Aux particuliers, la présente crise enseigne notamment : 1® que l'on n'évite pas les maux qui proviennent de la spéculation, en évitant ses manifestations les plus évidentes et les formes qu'elle a tout d'abord revêtues ; 2^ qu'au moment où des capitaux considérables recherchent un placement, il peut être aussi dangereux d'essayer d'éviter une réduction dans le taux de l'intérêt, qu'il peut l'être en d'autres temps de courir des risques pour s'assurer une rémunération supérieure; 3® que les capitalistes ont le devoir envers la société et envers eux-même, de s'assurer que leur propriété n'est pas administrée en vue d'intérêts autres que ceux qui leur sont propres. Les intérêts du capitaliste sont
distribué sous forme de dividendes , est employé en améliorations à la propriété; 2" quand de nouvelles actions sont émises en représentation d'un accroissement actuel dans les bénéfices et dans la valeur de la propriété actuelle; S*" quand des actions sont émises pour donner à certaines personnes le droit de contrôle sur les chemins de fer, sans qu'elles soient obligées de risquer une somme égale à la valeur au pair de leurs actions.
La seconde forme est la plus fréquemment employée. On y a recours pour deux raisons : pour égaliser les parts des actionnaires de différentes lignes , dans le cas d'une fusion , et donner une raison d'être au paiement de dividendes plus élevés que la loi ou T opinion le permettent. Dans beaucoup de cas, cette manière de tourner la loi est une mauvaise chose. Mais reffet immédiat n'est pas aussi mauvais que Ton pourrait le supposer : comme nous le verrons dans un des chapitres suivants, les tentatives pour conserver des tarifs peu élevés, en limitant les dividendes, ne donnent pas le résultat qu'on eh attend ; et le fait qu'une telle limitation est évitée, amène par cela une très faible différence pour le public expéditeur.
La troisième forme , n'ayant d'autre but que de favoriser la spécula-» tien pure, est par cela même la plus dangereuse, et, dans cet ordre d'idées, elle constitue un des maux dont le pays souffre le plus. C'est un grand malheur que le public ne sache point la distinguer de la première
les intérêts permanents de la société; au contraire, ceux d'un administrateur ou d'un directeur sont souvent temporaires, et dans quelques cas absolument personnels. Il peut très bien arriver que les intérêts des capitalistes et ceux des administrateurs se trouvent en contradiction. Si les intérêts permanents sont sacrifiés , il peut en résulter la ruine des capitalistes et une crise commerciale pour le pays tout entier ' .
C'est par cette relation que l'étude des comptes des compagnies de chemins de fer a acquis une grande importance pour le public^. Les comptes publiés par les compagnies de chemins de fer , devraient présenter un tableau véridique de leur situation financière, et cela parce que les pro-
et de la seconde forme. En réalité , le mal provient de ce qae les maux amenés par cette dernière forme demeurent impunis parce que la loi ne les a point distingués de ceux beaucoup moins graves qui proviennent de la première et de la seconde. Les tentatives malheureuses faites pour supprimer tous les dangers ont empêché les tentatives heureuses qui auraient pu être faites pour obvier aux plus graves.
A un point de vue quelque peu différent, voyez Simon Sterne, dans l*Encyclopédie de Lalor, article a Railways », pi 527 et 528.
V. aussi : Report of spécial Corn, on R. R, Transportation of the N. T. Chamber of Commerce, on W^ering the Stocks of Corporations. Nov. 1, 1883. La thèse défendue dans ce rapport semble absolument différente de celle que nous avons préconisée à juste titre, mais en réalité elle est presque la même. Le comité, en effet, voudrait que les trois formes fussent interdites, mais il voudrait transformer en même temps Topinion publique et la loi en ce qui concerne les tarifs et les dividendes élevés, de sorte que la première et la seconde forme n'aient presque plus de raison d'être (tel est est le sens de la proposition 6, p. 5, du rapport). Ce serait rendre la loi plus énergique contre la troisième forme , la plus dangereuse.
* Herbert Spencer : Railways Morals and Railioay Poliey (Edinburg Reviev7), octobre 1854.
3 Massachussets R. R. Commissioners Reports, 1874-1878. Kirkman, Railway Expenditures, their Extent, Objeet and Economy. Chicago, 1880, t. m, p. 1 à 136,
priétaires d'un chemin de fer sont nombreux, et que parmi eux, un petit nombre seulement prend une part directe à l'administration de la compagnie. Malheureusement, au, lieu de présenter l'image de la vérité, ces. comptes sont trop souvent disposés de manière à la dissimuler.
Les comptes publiés par les compagnies de chemins de fer sont établis d'après des principes généraux fort simples, mais dont l'application présente une difficulté extrême. Nous ne pouvons mieux faire que d'exposer ces principes et de montrer où se trouvent les principaux dangers et les difficultés.
Un chemin de fer peut se procurer de l'argent par deux moyens : il peut réaliser des bénéfices ou effectuer des emprunts. Trois moyens sont à sa disposition pour lui permettre de se débarrasser de cet argent : la dépense, le placement et la distribution de dividendes. Généralement ces éléments se balancent presque exactement, toutes les différences seront représentées par les variations dans le montant de l'argent disponible en caisse (cash assets on hand). Tout cela est résumé dans la feuille de balance établie pour l'année entière par le trésorier, et qui renferme toutes les transactions financières de cette période. Cette balance peut être considérée dans la forme suivante :
A. B. Trésorier, en compte avec la M. et N. Railroad.