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LA SITUATION ECONOMIQUE PRESENTE DE NOTRE EMPIRE AFRICAIN

Nous venons de voir qu’une immense région (vallée moyenne du Niger ainsi que la plus grande partie du Soudan) était pratiquement isolée entre les régions côtières de VA. O. F., avec lesquelles elle est mal reliée par le chemin de fer et par la route, et la cloison étanche saharienne qui la sépare de l’Afrique du Nord et de l’Europe.

« La teinte pâle, généralement rose qui, dans les atlas et les cartes de propagande, recouvre et délimite l’Afrique française, associe dans l’esprit, à l’idée d’immensité, celle plus séduisante encore de l’unité. Cette vue d’ensemble agréable, mais illusoire, se désagrége sans tarder dès que nous songeons au Sahara qui coupe nos possessions en deux parties inégales… D'un côté notre Afrique du Nord où donze millions d’indigènes de même origine vivent dans notre communauté d'intérêts et de civilisation, de l’autre, l’Afrique tropicale et équatoriale, quatre fois plus grande, deux fois plus peuplée par des races ethniquement diverses et, sur le littoral, économiquement étrangères » (2).

On ne saurait mieux résumer la situation.

(1) Pour ce rapide aperçu, nous nous sommes inspiré notamment du récent ouvrage de M. BÉLIME : L’Heure de la France, pp. 120 à 130; du remarquable rapport économique (pp. 1 à 18) de MM. le Colonel GEoDEFROY et GAUTIER, professeur à la Faculté d’Alger, annexé au Rapport de l’Organisme d’études du Transsaharien, et de l'étude déjà citée de M. pe WARREN : La France de la Mer du Nord au Congo.

(2) E. BÉLIME,. L'Heure de la France, 1933, pp. 121-122,

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Dans cette unité théorique nous trouvons, en effet, de la côte méditerranéenne au Golfe de Guinée, quatre zones bien distinctes et sans communications aisées et régulières.

1° L'Afrique du Nord, si évoluée qu'elle est devenue une seconde France;

2° Le Sahara, immense désert;

3° La zone soudanaise où des millions d'hommes vivent dans la médiocrité, sinon dans la misère, au milieu de richesses inexploitées, faute de moyens de communication;

4° La zone côtière de l’A. O. F. dotée de ports et de voies ferrées, maintenant « lancée » au point de vue économique : Sénégal, vendeur d’arachides, Guinée, exportatrice de bananes, Côte d’Ivoire et Dahomey, producteurs d'huile de palme et de cacao (3).

En vue de l’unité politique et économique de notre Empire africain et dans le but de « débloquer » la région soudanaise, il importe donc que soit construit le chemin de fer transsaharien « indispensable base de tout programme animateur de notre bloc africain qui, grand corps inachevé, privé de cette verlèbre fondamentale, ira toujours claudiquant sur ses moignons de réseaux ferroviaires ».

Quand on pense que Sénégal, Dahomey et Côte d'Ivoire, groupant seulement 4.000.000 d'habitants, ont fourni, en 1928, les deux tiers des exportations de l’A. O. F., parce que ces trois « îlots de prospérité » étaient voisins de la mer, que ne peut-on attendre du reste du territoire de la colonie, c’est-à-dire de la presque totalité ?

« En leur état présent de dispersion, près de 20 millions

(3) Le tableau suivant nous résume la question sous un aspect ferroviaire particulièrement conforme à l’esprit de cet ouvrage (Extrait du rapport de MM. Godefroy et Gautier, p. 6) :

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