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III. Les autres exportations soudanaises

Les arachides. — Nous ne devons pas oublier que la grande richesse de l’A. O. F., ce sont les arachides.

Le colonel Abadie n'hésite pas à en évaluer la production possible à plusieurs millions de tonnes. De fait, en 1926 par exemple, l’A. O. F. en a exporté plus de 600.000 tonnes (21). Et il ne faut pas perdre de vue que la presque totalité de cette production provenait des régions côtières, Sénégal principalement. Dans cette dernière colonie, 700.000

(28) Colonel ABante. Ouvrage déjà cité, pp. 21 et 22. ; (29) Colonel ABapiEe. Ouvrage déjà cité, p, 18, + Li send À

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noirs exportent annuellement une récolte d’arachides valant en moyenne plus d’un demi-milliard (%).

Lorsque M. Auguste Brunel, Sous-Secrétaire d'Etat aux Colonies, particulièrement qualifié pour connaître le Soudan, en ayant été le Gouverneur, évalue sa production possible à plusieurs centaines de milliers de tonnes d’arachides (3!) nous ne devons pas nous en étonner.

Dans une récente conférence, M. Maitre-Devallon, Inspecteur général des Travaux publics aux Colonies, a déclaré, de son côté, que « l’on a estimé à 300.000 tonnes la quantité d'arachides décortiquées que la Colonie du Niger pourrait presque instantanément produire pour remplacer celles des Indes. La culture de l’arachide est connue de toutes ces populations (de la Colonie du Niger). Le jour où elles sauront qu’elles peuvent vendre l’arachide, elles en planteront en quantité. Actuellement, avec les frais de transport du Soudan à la Mer, aucune culture (sauf peut-être le coton dans des cas spéciaux) ne peut donner lieu à une exporlalion » (32).

En dehors même des arachides de la Nigéria anglaise (région de Kano) qui s’écouleront fatalement en Europe par le Transsaharien rappelons qu’on a calculé que par le Transsaharien leur transport reviendrait à 500 francs par tonne contre 990 par mer) nous devons donc nous attendre à ce que la Colonie du Niger fournisse une très importante contribution au ravitaillement des industries oléagineuses de la métropole lorsque Île rail aura atteint Niamey (embranchement du Transsaharien en direction de la Nigéria et du Tchad).

Deux ou trois ans avant l’achèvement de la ligne, il sera d’ailleurs, facile de préparer les cultures nécessaires.

En évaluant, avec Fock et M. Jacques Meniaud (83), à 100.000 tonnes les exportations oléagineuses (colonies du Soudan et Niger réunies) vers la France par le Transsaha-

(30) E. BÉLIME. Le rôle du Transsaharien dans l'Economie nationale, Revue politique et parlementaire du 10 janvier 1933.

(31) A. BRUNET. Etude déjà citée de la /rcpue politique et parlemenlaire du 10 juin 1933.

(32) MaITRE-DEVALLON. Conférence parue dans : La Construction du Transsaharien, ouvrage déjà cité, p. 27.

(33) A. Fock. Ouvrage précité, p. 80. — J. MeNrAUD. Transsaharien et Transafricain, étude précitée du Bulletin Afrique Française, mars 1930,

rien, Certainement nous ne risquons pas de nous livrer à des prévisions exagérées. (Les techniciens du Ministère des Colonies, pourtant prudents, l’évaluent à 200.000 tonnes au bout de 3 ans !)

Car la métropole absorbera avec facilité cette’ production. Le port de Marseille recevra les arachides soudanaises et nigériennes, préalablement décortiquées, comme celles venant du Coromandel, afin: de réduire les frais de transport par wagons transsahariens.

Et sur les 800.009 tonnes que la France reçoit en moyenne annuellement (452.000 tonnes exceptionnellement en 1932 par suite de la crise) pour les besoins de ses huileries, elle pourra, en sus des 4 à 500.000 tonnes sénégalaises (réduites à 298.000 en 1931), en importer dans peu d’années 300.000 de la zone nigérienne française (%4). Nous n’aurons plus ainsi à payer un lourd tribut aux colonies anglaises (246.000 tonnes aux Indes anglaises, 70.009 à la Nigéria en 1931) et le déficit de notre balance commerciale sera moins important (3 ou 400 millions de francs de réduction).

Le décortiqué a, au surplus, un vaste marché en Europe et le Soudan. pourra toucher tous les consommateurs européens d’arachides. Ce trafic ne peut donc que se développer considérablement, en raison de la proximité, grâce au ‘franssaharien, de ces zones de production (3%).

Mais, nous objecte-t-on « on a compté sur l’arachide et la possibilité d’un frêt de 300.600 tonnes s'étale tout au long dans le rapport déposé à la Chambre, sur le Franssaharien ».

« Quand on songe que l’arachide vaut, en ce moment, rendue en France, dans les 60 centimes le kilo, soit 600 francs la tonne, tandis que la tonne kilométrique coûte au moins 50 centimes, on voit que même si à l’origine le produit ne coûtait rien, celui-ci ne pourra faire plus de 1.200 kilomètres » (46).

(34) Pour ces renseignements, voir discours de M. Le Mire, Président de la Commission des Douanes à la Chambre des députés, le 6 juillet 1933, dans le débat sur la protection des oléagineux coloniaux, Bulletin du Comité de l'Afrique Française de juillet 1933.

(35) Note du Ministère des Colonies à la Commission des Colonies de la Chambre (avril 1933).

(36) Note du Général Calmel à l’auteur de la thèse (22 août 1933),

Or, il y a lieu d'espérer, d’abord, qu’à la suite du vote de la loi du 6 juillet 1933, une amélioration du prix de l’arachide se produira progressivement.

La graine française doit, en effet, profiter d’une préférence par rapport à la graine étrangère et le droit devant établir cette préférence pourra atteindre 10 % du prix actuel (37), soit, pour le prix cité de M. le général Calmel, un droit de 60 francs par tonne au profit des arachides coloniales. Ce qui met le prix de la tonne à 660 francs.

Mais ces prix peuvent être soumis à de telles fluctuations que nous préférons plutôt, examiner la question capitale du prix de la tonne kilométrique d’arachide transportée par le Transsaharien.

Nous nous permettons d’opposer au tarif indiqué par M. le Général Calmel, celui établi par les techniciens du Ministère des Colonies (38) qui tiennent compte des trains lourds du type américain.

Produites, pour ainsi dire « instantanément », les arachides ne donneront pas de grands frais de culture et de cueillette ni de décortication. C’est dire que ces dépenses seront faibles.

Or, le prix de revient de la tonne « offerte » de Niamey ou de Segou à la Méditerranée, transportée par train de 3.000 tonnes, n’est que de 90 francs (nous en examinerons plus loin le décompte). En Îe portant même à 150 francs et en laissant à la Compagnie du Transsaharien un bénéfice très large, d’au moins 200 francs par tonne, pour payer les dépenses fixes de l’exploitation, en y joignant même la dépense du transbordement dans les ports algériens et du court trajet maritime dans la Méditerranée, nous resterons encore au-dessous du prix de 600 francs (ou plutôt 660 francs) que cite M. le Général Calmel.

Du reste, les Anglais se sont livrés à un calcul dont le résultat est voisin du nôtre en ce qu concerne les arachides de la région de Kano (Nigéria anglaise, 500 francs par tonne).

(37) Discours de M. Le Mire, paru dans l’article déjà cité du Bulletin de l'Afrique Française de juillet 1933.

(38) Note du Ministère des Colonies à la Commission des Colonies de la Chambre des députés (avril 1933). $

Mais, à ces quatre gros éléments du commerce d’exportation du Soudan (coton, riz, produits de l'élevage, arachides) vienndront s'ajouter une foule d’autres produits pouvant être envoyés en Europe parfois en quantités importantes (3),

Céréales diverses : Le mil peut être obtenu aisément en quantités infinies, mais le débouché, en France, en est très restreint : mettons dix mille tonnes. (Fock n'hésite pas à citer le chiffre de 200.000 tonnes.)

Par contre, le maïs soudanais aura un énorme marché en Europe, où il fait défaut et où il pourra être employé pour l'alimentation du bétail, à des prix peu élevés. La France, à elle seule, a importé en 1932 1.170.000 tonnes de maïs. Comme il peut être produit facilement sur certaines terres soudanaises (il ne convient pas à toutes), nous pouvons dès maintenant admettre le chiffre dérisoire de 20.000 tonnes. Avec les autres petites céréales (sorgho, etc.), on peut compter, sans exagération, 50.000 tonnes d’exportation (40). l

Fibres et textiles divers : Les grandes sisaleraies, actuellement prospères sur les bords du Niger, démontrent le succès que l’on peut escompter avec la culture du sisal (exemple de la plantation de Diakandapé atteignant 2.000 hectares et produisant plus de 1.000 tonnes de sisal) (41). C

Or, nous importons annuellement de 20 à 25.000 tonnes de cette fibre, nécessaire à la confection des cordes et des ficelles et que nous pourrons trouver aisément dans les nouvelles plantations qu’on crée actuellement en A. O. F., notamment au Soudan (4).

Nous ne devons pas oublier également le kapok et le dà, chanvre surtout cultivé dans la vallée du Niger et susceptible de remplacer le jute dans la confection des sacs. Enfin,

(39) Renseignements tirés principalement de la note précitée du Ministère des Colonies (avril 1933).

(40) Rappelons, pour mémoire, que M. Fock a admis, pour le riz et les céréales ensemble, un trafic d'exportation de 85.000 tonnes.

(41) Eresse. Nos grands produits africains, ouvrage déjà cité, p. 150.

(42) Par la distillation du jus du sisal on a obtenu également, en À. O. F,, une essence excellente (Voir, à ce sujet, l'étude déjà citée de M. Charles Roux).

il faut signaler également la récolte de coton obtenu en culture sèche dans les régions sud du Soudan, grâce surtout aux efforts de l'Association cotonnière coloniale (4). Elle est supérieure à 6.000 tonnes de coton égrainé dont une partie au moins devra s’écouler par le Transsaharien (4).

Ces fibres et textiles divers doivent fournir, dès le début, un trafic de 20.000 tonnes (pour Fock 80.000).

Produits divers : Enfin, nous ne saurions oublier, dans cette longue énumération, de nombreux produits divers dont la somme procurera également un trafic appréciable, par exemple l'extrait du Karité, utilisé pour la fabrication des substituts du beurre et d’autres produits comestibles.

Le Karité pousse surtout sur les bords du Bani, affluent du Niger. « Sa production peut augmenter énormément et son produit peut être intéressant pour le Transsaharien »(45).

M. Jacques Méniaud estime qu’on peut, dès le début, compter sur une exportation de 5 à 6.000 tonnes (46). Certains l’ont même évaluée à 100.000 tonnes par an (47).

Nous citerons également : la gomme qui a fait la fortune du Kordofan et qui croît entre la vallée du Niger et le Sahara (production de 1.000 tonnes pouvant être aisément doublée d’après le colonel Abadie). La France en importe de l'Etranger 7 à 8.000 tonnes par an (#);

La banane (#), qui vient facilement au Soudan, et ne se trouverait, par le Transsaharien, qu’à cinq jours de Paris (M. Jacques Méniaud estime qu’avec une préparation préa-

(43) Voir, à ce sujet, Apam. La politique des matières premières en A. O. F., article publié par la Banque coloniale d’études et d’entreprises mutuelles, 94, rue de la Victoire, Paris, 1925.

(44) Voir Eresse. Nos grands produits africains, étude déjà citée.

(45) Eressc. Les grands produits africains, p. 107. .

(46) J. MÉNrAUD. Transsaharien et Transafricain, étude déjà citée du Bulletin de l'Afrique Française.

(47) J. Ana, Ingénieur en chef des cultures coloniales. L’Heure de l'Afrique, édition de la Banque coloniale et d’entreprises mutuelles, 94, rue de la Victoire, Paris, p. 87.

(48) ScuALLER. Ouvrage déjà cité, p. 83. —— Voir aussi : Corso, m'embre de la Chambre de Commerce d'Oran. Une mission commerciale au Soudan, éditions Heintz frères, Oran, 1923, pp. 61 à 63.

(49) Malgré les efforts couronnés de succès de nos producteurs des Antilles et de Guinée, nous en importons encore de grosses quantités de l'étranger.

lable on pourrait obtenir plusieurs dizaines de milliers de tonnes) ;

L’amande, dont l'exportation présenterait les mêmes avantages, le manioc, les patates, les ignames, les épices, etc.

En estimant à 10.000 tonnes l’exportation possible de ces produits, dès la mise en marche du Transsaharien, nous ne dépasserons pas sûrement la réalité.

Ainsi, rien que par ses ressources présentes ou certaines dans cinq ou six ans, la zone Soudan-Niger doit fournir un trafic d’au moins 300.000 tonnes au Transsaharien, dès son achèvement.

Mais nous croyons que ces évaluations pourraient être, en fait, largement dépassées. Nous avons tenu cependant à faire preuve d’une grande prudence afin de ne pas être taxé d’audace inconsidérée et juvénile.

Et une simple coïncidence, tout à fait fortuite (car dans notre souci d’impartialité nous n’avons nullement songé à établir une liaison rigoureuse entre le trafic et les recettes nécessaires) veut que nous ayons déjà trouvé les 300.000 tonnes estimées nécessaires, dans chaque sens, au paiement des frais d'exploitation et d'amortissement du capital engagé dans l’entreprise ferroviaire transsaharienne.

Or, ce trafic de début doit s’accroître rapidement rien que par les progrès de la mise en valeur accélérée du delta central nigérien irrigué (50).

Par un calcul prudent et fort judicieux, en admettant que, sur 1.600.000 hectares, la moitié seulement soit mise en culture chaque année, il ne serait pas exagéré d’escompter un produit moyen d’une tonne par hectare (pour le riz par exemple, cette production serait trois ou quatre fois plus élevée) soit 600.000 tonnes (5!) sur lesquelles il est permis de prévoir la moitié exportable. Au trafic initial de 100 à 120.000 tonnes provenant de terres nouvellement irriguées du Moyen-Niger, il faudrait, en très peu d’années, en ajouter

(50) M. Fock l’évalue, dès la mise en marche du Transsaharien (et en supposant que 150.000 hectares seulement soient mis en valeur dans le delta nigérien), à 537.000 à l’exportation et 270.000 à l’importation (Examen critique du Rapport de l’Organisme d’études, p. 48).

(51) Voir, notamment, Schaller, ouvrage déjà cité, p. 89, ou Brunet, étude de la Revue politique et parlementaire du 10 juin 1933, à laquelle nous avons fait aussi de nombreux emprunts.

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donc au moins 200.000 autres, ce qui porterait déjà le trafic soudanais d'exportation par le Transsaharien à 500.000 tonnes ! (52).

Vraiment, à ceux qui estiment le Soudan capable d’exporter, dès la mise en marche du Transsaharien, 500, 1.000 voire 3.000 milliers (53) de tonnes, on ne peut qu’adresser un indulgent reproche, celui de précéder la réalité seulement de quelques années.

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