IV. Influence de l’ouverture du Transsaharien
sur le sort des populations en A. O.F.
Mais plus encore, peut-être, que dans le domaine économique, le Transsaharien est susceptible d’avoir d'énormes répercussions d’ordre social parmi les indigènes de notre A. O. F., spécialement chez ceux des colonies du Niger et du Soudan.
Pendant la durée des travaux de construction du tronçon
(5) Au moins tant que n’aura pas été construit une ligne purement transafricaine, passant plus à l’est de l’A. O. F.
(6) Voir chapitre IT de la première partie.
(7) A. DucxÈNe. L’A,. O. F. et le Transsaharien, étude précitée,
soudanais du Transsaharien, la population autochtone y sera associée comme elle participe à ceux d’aménagement de la vallée moyenne du Niger.
Durant plusieurs années, des milliers de travailleurs soudanais seront employés à l’établissement de la voie.
Le produit de leur salaire ne pourra qu’aider à la vie économique du Soudan, actuellement si médiocre.
Mais une fois construite, la ligne de chemin de fer, étendue jusqu’à Ségou et Niamey, exercera une influence considérable sur les indigènes soudanais.
Les entreprises européennes anciennes connaîtront un certain développement, et de nouvelles se créeront fatalement. Le salaire de l’ouvrier noir ne pourra qu’en être augmenté.
Nous avons vu cependant que l’on songeait surtout à organiser une nouvelle paysannerie de petits propriétaires évolués.
Il est sûr que le sort de ces derniers sera influencé par les facilités d'échanges assurées avec l'Afrique du Nord et, dans une certaine mesure, par le développement du tourisme.
Bénéficiant de moyens de vente insoupçonnés, poussés dés lors à accroître leurs terrains de cultures, à augmenter leurs périodes de travail (8), les indigènes soudanais (de nombreux exemples le prouvent) non seulement épargneront une partie de leurs salaires « dans le récépient où l’on conserve les billets de Banque d’émission », provoquant ainsi « un accroissement discret, lent et continu de la richesse publique », mais aussi, « en face de manifestations diverses de la civilisation européenne pourront être tentés d'emprunter à l’industrie du dehors des moyens d'action et des facultés de confort... dont ils ignorent aujourd’hui, soit l’utilisation, soit même l'existence ».
D'autre part, le Tourisme, développé grâce au Transsaharien, en sus des sommes d’argent qu'il laissera dans le pays, sera lui aussi « révélateur de formes inédites de civilisation, d’habitudes insoupçonnées, de besoins nouveaux ».
(8) Voir, à ce sujet, l'ouvrage de M. Charles Roux sur : Les combustibles et carburants africains d’origine agricole, le chapitre consacré à l'Etude politique et sociale et rôle des carburants africains, pp. 48 à 47.
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Il ne paraît pas douteux, en effet, comme nous avons eu l’occasion de le remarquer, que le nombre de cellules blanches étant considérablement accru par la mise en service du chemin de fer, les cellules noires, à leur contact, ne soient assez rapidement entraînées dans le mouvement « civilisateur ». Cette évolution pourra d’ailleurs être facilitée par l’émigration saisonnière d'ouvriers noirs en Afrique du Nord.
A d’autres points de vue également, nous devons nous attendre à des résultats bienfaisants.
Nul n'ignore, en effet, l'importance de la mortalité infan- tile et les dangers épidémiques parmi nos populations nigériennes et soudanaises.
Le jour où, grâce au Transsaharien, les médecins et leurs aides pourront être rendus dans ces régions, rapidement et en grand nombre, ne croit-on pas que la lutte contre ces fléaux sociaux sera grandement facilitée ? (9). Nous n’aurons plus (il faut l’espérer), à redouter d’épidémies comme celle qui, à la veille de la dernière guerre, tua plus d’un million, de noirs soudanais.
Enfin, il est un point qui doit, à l'heure actuelle, retenir plus spécialement notre attention; c’est le moyen eflicace, que représente la construction du ‘Transsaharien, de lutte contre la crise économique africaine.
En ce moment (il est inutile de se leurrer) un grand nombre d’exploitations coloniales ont dû arrêter leurs travaux et parfois liquider complètement leurs affaires. L’A. O. k. languit. Par endroits même « c’est la marche à reculons, après avoir goûté à la vie civilisée; c’est le retour à la vie primitive de la Grande Confédération Africaine » parce que « pendant ce temps, les indigènes, bien obligés de se passer de nous retombent petit à petit à leurs champs vivriers, dans un morcellement de villages primitifs. n'ayant plus de produits à vendre ni à acheter à leurs voisins » (10).
(9) A noter que, par suite, il faut s’attendre à un accroissement plus rapide de la population, done de la main-d'œuvre.
(10) Commandant DE Bayser. La grande misère de notre colonisation africaine, étude parue dans le numéro du 6 août 1932 de Patrie, journal aujourd'hui disparu.
Il y a donc là un grand danger économique et politique auquel nous devons parer, nous avons déjà à demi-paré, par divers moyens, dont le plus important est « l’amélioration des moyens de transport ».
Et au premier rang de ceux-ci, ne devons-nous pas placer le ‘Transsaharien qui « débloquera » une partie de FAROMET l
Ainsi, sous quelque angle que l’on examine les répercussions du Transsaharien dans la vie économique et sociale de notre grande colonie de l'Ouest africain, on s'aperçoit qu’elles sont difficilement calculables parce que destinées à améliorer d’une manière considérable le sort de millions ae noirs, nos frères d'Empire.
SECTION Il.