TRANSSAHARIEN ET SAHARA
Mais cette véritable révolution doit se produire également ailleurs qu’en A. O. F. : le Sahara n’y échappera pas.
Actuellement, les ressources ou, plus encore, les possibilités de cet immense « désert >» sont mal connues. Mais on peut fonder des espoirs sur elles. Il n’est, pour s’en rendre compte, que de feuilleter le livre admirable que M. Gautier, professeur de Géographie à la Faculté d'Alger, a consacré à « l'aménagement du Sahara » (11).
Non seulement le Sahara ne sera plus un obstacle, mais encore le Transsaharien doit entraîner dans ce désert ce que le chemin de fer entraîne partout : « Il fera naître tout le long la richesse et la vie dans la mesure où le pays traversé le comporte. »
L'exemple surprenant de l’oued Rhir, celui de toutes les oasis sud-algériennes desservies par des chemins de fer, prouvent qu'avec des moyens de communications rapides, aisés, peu coûteux, et des forages bien pratiqués, on peut obtenir des résultats inattendus, merveilleux même, dans le Sahara,
(1) Voir, notamment, dans cet ouvrage, ie chapitre : Perspectives d'avenir, pp. 199 à 212,
Or, ainsi que nous avons eu déjà l’occasion de l’exposer, ce désert recèle dans son sein d'énormes quantités d’eau souterraines. « Il n’est pas absurde d'imaginer la possibilité de forages profonds amenant la découverte de nappes artésiennes actuellement inconnues, et, par conséquent, la création d’oasis nouvelles dans des régions déshéritées (sur le pourtour du Hoggar, dans la zone du Tanezrouft » (12).
Il n’est pas douteux aussi que la construction du Trans- Saharien suscitera dans le groupe des oasis de l’ouest (Gourara, Touat) un mouvement d’affaires susceptible d’apporter « un appoint considérable ».
MM. le Colonel Godefroy et Gautier y voient même le seul moyen d’enrayer la crise dont souffrent une partie des oasis sahariennes (13) et, avec elles, les pauvres « haratins » qui les peuplent.
Du côté des prospections minières également, il semble que l’on doive obtenir des résultats intéressants, que seule peut faciliter la construction du Transsaharien, base de départ sûre et rapide pour les chercheurs.
Enfin, nous ne saurions négliger l’organisation du Tourisme, capable de « réveiller certaines parties du Sahara, par exemple le Hoggar, si pittoresque ».
On peut, dès maintenant, prévoir des circuits automobiles depuis la ligne de chemin de fer, comme il en existe dans les déserts australiens, ou même dans le sud-algérien.
Mais, à ces progrès économiques, doivent correspondre des améliorations d’ordre social, ayant les mêmes causes et les mêmes résultats que ceux étudiés ou escomptés au Soudan.
La sous-alimentation qui mine les indigènes sahariens (14) disparaîtra en raison d’une activité économique naissante.
£t nous pourrons mieux combattre les maladies « sociales » qui les déciment, tels les Touaregs du Hoggar en proie à la syphilis et à la tuberculose, ou les populations de l’oasis de Gourara soumises à des épidémies fréquentes.
L'intérêt économique et social que peut représenter la construction du Transsaharien.. pour le Sahara, n’est donc pas négligeable.
(12) Colonel Gonerroy et GAUTIER. Rapport déjà cité, p. 117. (13) Colonel GODEFROY et GAUTIER. Rapport déjà cité, pp. 121 à 123. (14) Au nombre de plus de 500,000,