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LE POINT DE VUE NORD-AFRICAIN

L'Afrique du Nord bénéficiera également de la mise en service de cette voie ferrée.

A l'heure actuelle, notre « dominion » nord-africain peut être comparé à une grande île, entourée au nord et à l’est par la Méditerranée, à l’ouest par l’Atlantique, au sud par la cloison étanche saharienne « cent fois plus isolante que les océans ».

L'Afrique du Nord ne peut donc que commercer avec l'Europe. Et la fatalité veut qu’elles se trouvent en concurrence agricole !

L'industrie naissante de l’Afrique du Nord est « très médiocrement pourvue de force motrice et de moyens de transport économiques ». Elle n’est pas susceptible « d’entrer en concurrence avec la Mère Patrie, comme le font actuellement les grand dominions anglo-saxons » (16). Elle. serait donc condamnée à vivre péniblement.

Du côté de l’Afrique, au contraire, grâce à l’appoint du Transsaharien, le groupe Algérie-Tunisie-Maroc n'aura à craindre aucune concurrence pour la vente de ses vins, blés, fruits. Il pourra y écouler les produits de sa jeune industrie (pâtes alimentaires, constructions métalliques, matériaux de construction, cigarettes, etc.).

« Sa zone d'influence commerciale s’étendra un jour jusqu'aux rives du Congo et aux frontières du Soudan Egyptien » (17) et à presque toute l’Afrique, lorsque le Transsaharien sera prolongé par le Transafricain.

Dans ce cas, l’Afrique du Nord deviendra également le lieu de transit obligatoire entre l’Europe et le continent africain dont elle sera fatalement la tête, le cerveau.

Notre Colonie algérienne, en particulier, possèdera à son

(5) Voir, notamment : Roux-FREISSINENG, député d'Oran : L'Algérie et le Transsaharien, numéro de décembre 1932 de la revue Oran-Niger. (16) Colonel GonErRoy et GaurrEr. Rapport précité, p. 31. |

(17) H. DELAHAYE, Secrétaire du Sqndicat des négociants en vins d’Alger : Le Transsaharien et l’avenir de la viticulture algérienne, numéro du Transsaharten, édité en Algérie au moins de février 1931,

tour des colonies, car nul ne doute qu'elle ne prenne en mains l’œuvre de régénération du Soudan.

Les colons algériens, implantés depuis plusieurs générations en Afrique, sont beaucoup plus préparés à cette œuvre que n'importe quel Européen.

De plus, les terres disponibles leur font défaut non seulement en Algérie, mais aussi dans le Maroc, qu'ils ont contribué à coloniser.

Les capitaux ne leur manqueront pas, non plus qu’une jeunesse ardente et entreprenante se trouvant déjà trop à l’étroit dans notre domaine nord-africain, non plus encore que les cadres arabo-berbères civilisés.

« Par la force des choses, le Soudan comme le Maroc, doit donc devenir une colonie de l’Algérie et il ne peut le devenir que par l'établissement d’une voie ferrée assurant une liaison rapide, permanente et sûre entre les deux coloaies » (18).

C’est cet avenir que pressentait un autre Algérien lorsqu'il écrivait : « L'Afrique du Nord tout entière doit savoir que le char de sa fortune est attaché au tender de la première locomotive qui, partant d’Alger, franchira les eaux du Niger » (19).

Nous pouvons affirmer, sans crainte d’erreur, que ce char de la fortune distribuera ses bienfaits sur toute sa route et que l’Afrique Française, enfin unie et vivifiée par le Transsaharien, connaîtra une ère de prospérité économique dont la métropole sera appelée, elle aussi, à bénéficier.

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