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I. LE TRANSSAHARIEN, OSSATURE DE LA DEFENSE DE NOTRE EMPIRE AFRICAIN

Mais il assurerait définitivement la cohésion et Ia défense de notre empire africain, répondant ainsi à deux autres buts que lui assignait, dès 1923, le Conseil supérieur de la Défense Nationale :

« 1° Obtenir une soudure aussi intime que possible de nos possessions africaines afin de leur donner en temps de paix des relations rapides et faciles;

« 3° Lui permettre enfin, de faire sentir en tout temps son action sur les colonies d'Afrique et coordonner leurs efforts » (7).

En temps de paix, en effet, des troubles peuvent s'élever sur un point quelconque de l’empire africain, nécessitant le transport rapide de troupes, afin que la rébellion soit étouffée dans l'œuf.

(5) 300 millions sont prévus dans le programme des emprunts coloniaux, déjà voté, pour la construction de ce port.

(6) On pourrait doter la voie de la Côte d'Ivoire du même écartement que le Transsaharien. Il faut signaler aussi le port de Sassandra, plus abrité, taillé dans le roc, et d’où pourrait partir une ligne maritime plus directe. Tous les ports, de Dakar à Pointe-Noire, pourraient d’ailleurs être utilisés. Notre préférence va cependant aux deux premiers cités, parce que plus « stratégiques ».

(7) Le Transsaharien, ouvrage déjà cité, pp. 12 et 13.

Sans doute, comme l'écrit M. le Général Calmel (8) « quelques colonnes de police (2) seront suffisantes ». Mais il n’en reste pas moins que « la construction du Transsaharien contribuera aussi à asseoir définitivement et d’une manière complète notre autorité en A. O. F. Il renforcera la sécurité générale dans ce pays et y rendra plus difficile toute agitation ».

« Ce n’est pas seulement en A. O. F. que le Transsaharien sera un facteur de prix; son influence pacificatrice se fera aussi sentir dans le Sahara. » Enfin ne croit-on pas qu’au cas, toujours possible, d’un mouvement suscité par le fanatisme religieux, chez les musulmans de l'Afrique du Nord, l’arrivée des troupes de l’Afrique Noire par le Transsaharien ne serait pas la bienvenue ?

Les noirs, dans l’ensemble, ont échappé à l’islamisation, sauf dans la bouche du Niger et certaines parties du Sénégal. » Le danger, dit M. Duchène (12) n’a pas été perdu de vue par l'Administration de l'A. O. F., mais il ne lui paraît pas menaçant, les groupes musulmans dans notre A. O. F. étant d'ordinaire entremêlés avec des groupes animistes qui neutralisent l’action de propagandistes trop zélés et les centres islamiques les plus renommés... ayant beaucoup perdu de leur éclat » (11).

Ce n’est pas seulement en A. O. F. que le Transsaharien sera un facteur de paix : son influence pacificatrice se fera aussi sentir au Sahara. Ce sera même, au point de vue purement saharien, le principal résultat de la construction du chemin de fer. En effet, le rail contribuera à accroître la sécurité dans le Sahara central français en augmentant la mobilité et le rayon d’action des garnisons de nos postes militaires; il constituera ainsi une rocade le long de laquelle des forces légères pourront se déplacer avec rapidité pour se lancer à la poursuite d’un rezzou signalé.

(8) Note à l’auteur de la thèse du 11 septembre 1933.

(9) Voir, cependant, le cas de la guerre du Rif (1925), où le Transsaharien aurait été si utile et aurait, peut-être, empêché la généralisation de la révolte, grâce à l’envoi rapide de troupes noires.

(10) DucÈxe. Bulletin de l'Afrique Française, renseignements coloniaux de janvier 1930, p. 31.

(11) Le développement rapide des missions catholiques en A. O0. F. peut également parer aux dangers de l’islamisation, en partie du moins.

Ne le serait-elle pas davantage encore dans le cas d’une agression ennemie ?

Le rapport précité du Conseil Supérieur de la Défense Nationale rappelle que « la France dispose au dehors de trop peu de troupes pour défendre ses possessions africaines, le 19° Corps peut être bloqué en Algérie et, avec lui, les troupes d'occupation de Tunisie et du Maroc. »

Sans doute, grâce à la rocade Casablanca-Tunis, les troupes de l’Afrique du Nord pourraient être rapidement transportées sur un des points du rivage particulièrement menacé. Mais seraient-elles suffisantes ? Il est permis d’en douter. Pourraient-elles, à ce moment, mépriser l’appoint, modeste sans doute, mais non négligeable, des troupes noires venues de l’A. O. F. et de l’A. E. F. ?

Car « mettons les choses au pire : Notre flotte est battue en Méditerranée par une flotte équivalente, nous sommes coupés de l’Afrique du Nord. Dans ce cas, le Transsaharien jouera encore un rôle considérable, lui seul pourra la sauver. Elle ne tarderait guère à être envahie, dans l’hypothèse où nous sommes, livrée à elle-même, sans industrie métallurgique, sans houille, elle succomberait bientôt. En possession de ce gage précieux, nos ennemis auraient la partie belle et même si nous repoussions l’envahisseur sur le sol métroplitain, l'Afrique du Nord serait bel et bien perdue pour nous. Avec le Transsaharien, elle pourrait se défendre aisément, car il amènerait non seulement les troupes et le ravitaillement, mais aussi tout ce qu’elle pourrait demander aux deux Amériques par nos ports africains, de Dakar à Pointe-Noire » (12).

En ce qui concerne la défense de l’A. O .F. un spécialiste des questions militaires, adversaire du Transsaharien, M. le général Calmel, a éerit (13). « Les points menacés, je ne les vois pas. Il ne peut y en avoir, en tout cas, que sur la côte : Togo, Cameroun, et le Transsaharien ne peut servir à rien pour les défendre. Ils ne pourraient en tout cas être menacés que par l’Angleterre. Or, de deux choses l’une : ou nous sommes amis avec Albion, et dans ce cas, rien à craindre,

(12) Pierre Roux-BERGEr. Conférence à l'Exposition coloniale déjà cité, p. 21. Voir aussi Pierre DELoNCLE. L’Heure du Transsaharien, Repue de Paris du 1* novembre 1927.

(13) Général Calmel, note à l’auteur de la thèse du 11 septembre 1933.

où nous sommes en difficultés avec les Britanniques et, de longtemps, nous ne pourrons nous mesurer avec eux, en haute mer. »

Sans doute, le Transsaharien ne pourrait empêcher une flote puisante anglaise, par exemple, d'approcher les côtes de nos colonies africaines. Mais il pourrait, semble-t-il, contribuer, par la venue rapide de troupes de renforts de l'Afrique du Nord, à gêner ou même à empêcher la progression vers l’intérieur de colonnes de débarquement (14).

Et puis, l’A. O. F. ne peut-elle pas être envahie, de même que le Sahara d’ailleurs, par des troupes ennemies venant de l’est (Tripolitaine italienne, par exemple ?) (15).

Dans cette hypothèse également, le Transafricain n’amènerait-il pas, au moins jusqu'aux bases de départ, les contingents et le matériel nécessaires à la contre-attaque ? Ne permettrait-il pas l'installation de postes solides et bien ravitaillés par l’aviation militaire ?

C’est, du reste, une des raisons pour lesquelles nous préconiserons plus loin, le tracé du Transsaharien, au nord du lac Tchad.

En résumé « Notre bloc africain (masse formidable quand la liaison sera faite) peut, avec ses trente millions d’habitants, dont un million de blancs, s’il a été préalablement armé et outillé, tirer de lui-même ce qui importe à sa défense : les hommes, les denrées, les munitions. Dans cette conception, l’Afrique du Nord, de l’Ouest et du Centre se complètent et se suffisent. Leur sécurité semble absolue, à condition que leurs communications intérieures soient faciles et suivies.

Le Transsaharien, dûment relié aux lignes intérieures qui partent de lAtlantique ou longent la Méditerranée, peut assurer l’échange rapide et continu des ressources de tout ordre pour faire face à toute menace » (16),

Aïnsi le Transsaharien, dans la défense extérieure de l’Empire africain, aurait une importance considérable et

(14) Sans doute, de telles opérations militaires peuvent-elles paraître un peu invraisemblables à ceux qui connaissent l’étendue des régions africaines, mais n’y a-t-il pas le précédent de la campagne du Cameroun ?

(15) Celle-ci ne serait-elle pas, à notre merci, grâce au Transsaharien ?

(16) L’Aménagement du Sahara, ouvrage cité, p. 254.

rien ne semble justifier l'affirmation osée de M. Bourget, ancien critique militaire du « Journal des Débats », soutenant que, « au point de vue de la défense de l’Empire colonial, par des navettes de troupes d’Afrique du Nord en A. O. F. ou réciproquement, on ne voit pas quelle pourrait être l’utilité d’un tel dispositif » (17).

Qu'il nous suffise pour terminer, de citer après cette déclaration, celle du journal corporatif de l’armée française, la « France militaire », dont un article récent affirmait : « Nous ne pourrions nier l’appoint qu’elle (la voie transsaharienne) peut offrir à la défense nationale et nous ne pourrions que souhaiter, dans ce seul but, sa réalisation rapide » (18).

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