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III LE TRANSPORT DES TROUPES NOIRES EN FRANCE

C’est qu’en effet le Transsaharien ne présenterait pas seulement, en cas de guerre, les avantages déjà énoncés. Il servirait également au transport des troupes noires vers l’Europe. Sans doute, il convient de ne pas trop s’illusionner sur l’importance de ces contingents, M. le général Calmel, par exemple (19), soutient « que l’appoint en forces militaires que l’on peut espérer retirer de l’A. O. F. se réduit, sur les suppositions, dans de très fortes proportions: le contingent des troupes noires recrutées ne dépasse guère de dix à onze mille hommes qui, servant trois ans seulement, ne donne qu’une disponibilité (et encore à long terme) d’une trentaine de mille hommes ».

Mais à ces disponibilités immédiates, il faudrait, semblet-il, ajouter les anciens tirailleurs dont certains, tout au moins, pourraient être rapidement utilisés, sans compter les nouveaux contingents que l’on aurait la ressource de lever et d’instruire dans l’hypothèse d’un conflit d’une certaine durée. Nous ne faisons pas état ici des importantes troupes noires du Maroc.)

(17) Voir article de M. Vallaux dans Éxportateur Français du 93 octobre 1930.

(18) France Militaire du 4 août 1933, article du Colonel Petitjean sur le Transsaharien. :

(19) Général Calmel, note à l’auteur de Î1a thèse du 22 août 1933,

Les effectifs noirs, sans être considérables, seraient cependant appréciables. L'Etat-Major français n’a-t-il pas d’ailleurs demandé à l’Organisme d'Etudes du Transsaharien « de prévoir le transport d’une division tous les cinq ou six jours; problème facile à résoudre et restant dans la limite des dépenses prévues pour le matériel roulant » (20).

Il ne serait certainement pas indispensable de faire appel aux 125 locomotives et aux 14.000 wagons dont on a parlé à ce sujet !

A trente wagons par bataillon de mille hommes, 300 à 400 wagons seraient largement suffisants.

Mais, objectent les adversaires du Transsaharien, avec les sous-marins, la majeure partie de la route Dakar-Bordeaux sera sûre.

Au contraire, toute la route Alger-Marseille sera menacée, car « la Méditerranée est une admirable toile pour araignées sous-marines » (21).

D'abord rien n’empêcherait les troupes noires, transportées par le Transsaharien, d’être dirigées « vers la fenêtre largement ouverte sur l'Océan au moyen de la rocade Casablanca-Tunis » (22).

Ensuite « la faiblesse relative de notre marine peut limiter notre liberté d’action et nous condamne à n'’envisager, pour le problème qui est posé ici, que des solutions comportant le minimum de risques maritimes. Pense-t-on alors qu'il sera indifférent d’avoir à faire effectuer à notre armée noire le long trajet maritime Dakar-Bordeaux ou Dakar- Marseille qui demande plusieurs jours ou de n’avoir qu’à lui faire franchir la Méditerranée occidentale, traversée qui, pour des paquebots rapides, pourra être effectuée en une

(20) Le Transsaharien à la Chambre des députés, conférence de M. Maître-Devallon, éditions du Comité du Transsaharien, 1930, p. 209,

(21) VALLAUX. La question Transsaharienne, article de l’Exportateur Français, du 20 octobre 1930. Dans cette hypothèse, d’ailleurs, le tunnel de Gibraltar, prolongement « naturel » du Transsaharien Transa. fricain, pourrait jouer un grand rôle. Voir Transafrique du Commandant de Bayser, chapitre V : Tunnel de Gibraltar.

(22) VaLLAUXx. Article précité de l'Exportateur Français du 3 mars 1932. Il faut aussi prévoir la possibilité de remplacer les troupes indigènes nord-africains envoyées en France par des détachements de troupes noires chargées de la garde et de la police de l’Afrique du Nord (Colonel Mornet, note à l’auteur de la thèse, 5 janvier 1934),

nuit ». Il existe un projet de paquebots de 7 à 8.000 tonnes, filant 28 à 30 nœuds et pouvant relier Marseille à Alger en 12 heures.

Du reste, à cause de nos relations maritimes indispensables avec l'Afrique du Nord, sous peine de défaite irrémédiable, notre flotte de guerre est et sera loujours massée dans la Méditerranée.

Un critique militaire, adversaire du Transsaharien, M. Bourget, n’a-t-il pas reconnu lui-même que « les paquebots appelés à faire passer les troupes noires en France avaient cinq et six fois plus de chances d’être anéantis dans l’Atlantique que s'ils passent en Méditerranée ? » (23).

La même remarque pourrait s'appliquer aux convois de ravitaillement venant d'Amérique du Sud.

L'hypothèse d’une guerre est donc, en tous points, favorable à l’utilisation du Transsaharien.

(23) Paul Terau. Etude déjà citée, numéro du Transafricain de mars 1933,

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