OL MER
Lu.
LÉ TRANSAFRICAIN 219
dressés et cela malgré l’optimisme manifesté par les uns, optimisme que créent et qu'entretiennent les statistiques apportées par les autres. Nous avons dit alors : une telle entreprise ne nous semble pas devoir payer et ce n’est point à une heure où la France a besoin d'appliquer toutes ses capacités financières à des œuvres rentables qu’il est sage, qu'il est logique de consacrer des milliards à l’établissement d’une simplé voie de transit pour les produits qui, à l'heure actuelle, ont par ailleurs et depuis fort longtemps toutes facilités pour s’exporter des pays où ils ont été recueillis.
« Aujourd'hui, la question change de face: la ligne transsaharienne n’est que le premier et nécessaire tronçon du transafricain qui, dans sa seconde partie Niger-Centre- Afrique, doit permettre l’exploitation de régions peuplées extrêmement riches en matières dont la métropole a besoin et qui, dans l’état présent des communications intérieures, sont dans l’incapacité d’avoir une production active, faute de moyens pratiques d'évacuation. »
- Encore que ce dernier argument ait autant de valeur pour
la région soudanaise, ainsi que nous l’avons précédemment démontré, nous ne pouvons qu’approuver pleinement ces paroles de M. Georges Boussenot, qui continue dans ces termes, après avoir indiqué l'itinéraire de son choix (Terminus Sud Transsaharien : Gao ou Mopti; Réseau Sud- Africain par Nigéria anglaise, A. E. F. et Congo belge)
« Ainsi conçu et construit, le Transafricain formera un tout dont la partie la plus importante en longueur et aussi, il faut bien le dire, la plus onéreuse à établir, constituera un instrument précieux, de mise en valeur des régions traversées, alors que le premier tronçon septentrional, purement transsaharien, sera, surtout lui, utilisé comme voie de transit.
« Pour ma part, j'affirme que si l’affectation de plusieurs milliards à la construction d’une ligne de chemin de fer, devant se substituer purement et simplement au paquebot, était une œuvre inopportune dans les temps difficiles que nous vivons, l'investissement d’une somme très supérieure, pour la création d’une artère à rendement productif dans les deux tiers de son parcours, est une mesure parfaitement défendable.….
« Aujourd’hui, on semble voir plus grand et, j'ajouterai plus pratique, done plus juste. C’est heureux.
« Qu’à côté de ceux qui, dans celte création, n’ont vu et ne voient que l'intérêt général, il y ait eu, il y ait encore des appétits qui rôdent, c’est fort possible, je dirai même que c’est certain. Mais ces considérations ne sauraient faire échec à la réalisation du projet d'ensemble dont le pays tirera honneur et profit. »
Ces lignes qu'il faut citer, car on y retrouvera une partie des théories professées par les adversaires du Transsaharien, reflètent en même temps exactement les pensées de ceux que nous serions tentés d’appeler les supertranssaharistes. Miracle de l'Afrique qui permet de transformer en laudateurs des détracteurs de certains grands travaux destinés à la mettre en valeur ! Miracle de l’Afrique, oui |
Car M. Georges Roussenot s’est rendu compte que ce continent recèle des ressources insoupçonnées, dont, seul, le Transafricain permettra l’exploitation.
« L'Afrique a un potentiel de richesses capables de rémunérer tous les capitaux de l’Europe pendant plus d’un siècle; les capitaux européens employés à équiper l’Afrique feront la fortune de l’Europe infiniment mieux qu’en les employant à des travaux d'urbanisation superfétatoires, à des embellissements inutiles et improductifs qui n’augmenteront pas d’un centime la capacité d’achat de la masse et qui, en fin de compte, ne sont que des manifestations représentant un gaspillage de marchandises et de main-d'œuvre, donc de capitaux » (4).
(4) E.-L. IUERNIER, Professeur d'Economie politique à l’Institut des hautes études marocaines : L'Afrique, champ d’expansion de l'Europe, librairie A. Colin, 103, boulevard Saint-Michel, Paris, 1933, pp. 90-91.