CHAPITRE I
Son Trafic
I. CONDITIONS ECONOMIQUES ACTUELLES FAVORABLES A LA CONSTRUCTION D'UN TRANSAFRICAIN
Chaque Européen a conservé, peu ou prou, l'opinion qu’avaient nos pères du XIX° siècle sur l’Afrique mystérieuse et barbare que découvraient lentement les Livingstone, les Stanley, les de Brazza, les Gentil, et nous n’avons pas remarqué suffisamment les transformations qui s’opéraient sur ce continent, à la suite de notre arrivée.
On s'inquiète toujours des possibilités de production de l'Afrique. On cherche moins à connaître ses capacités d’absorption comme consommateur.
Or, « en 1913, les 897 millions d'hommes répandus dans l’Inde, l’Indochine, la Chine, le Japon, ont acheté pour 700 millions de dollars de marchandises provenant de l’Europe industrielle. La même année, les pays de la zone tropicale absorbaiïent pour 722 millions de dollars de produits de l’Europe industriele. Ainsi, l’Extrême-Orient, avec sa vieille culture et sa population presque triple, pesait moins dans l’équilibre économique de l’Europe. que la population de nègres et de métis répartie de part et d'autre de l’'Equateur ». (Francis Delaisi, les Deux Europes, Paÿot, éditeur) (1).
Depuis vingt ans, ces chiffres n’ont rien perdu de leur réalité, au contraire.
Avant la guerre, l’Europe disposait encore de trois direc-
(1) Cité par M. Antonetti, Gouverneur Général de l’A.E.F.: Le Transafricain et l’avenir de l'Afrique, éditions du Comité du Transsaharien, 21, rue Cassette, Paris, 1932.
tions pour son commerce et ses débouchés. Maintenant il ne lui reste plus que l'Afrique. En effet :
1° A l’ouest, les Etats-Unis disposant d’un énorme outillage, se retranchent chaque jour davantage derrière des barrières douanières prohibitives;
2° A l’est, en Extrême-Orient, ses trois gros clients : Empire Russe, Chine, Inde se sont fermés et se ferment de plus en plus pour des motifs divers : Outillage puissant de la Russie depuis le plan quiquennal, anarchie en Chine qui est du reste destinée à devenir une dépendance économique du Japon et des U. S. A., épuipement industriel de l'Inde, avec ses ingénieurs éduqués dans les écoles anglaises et indiennes.
3° Il ne reste donc plus qu’une direction largement ouverte àl’Europe; c’est au Sud, l’Afrique, et pas seulement la côte, mais l’intérieur qui pourra être accessible seulement par le Transsaharien-Transafricain.
Le marché africain représente donc le seul débouché important pour une production européenne presque pléthorique. Il doit être aussi le principal fournisseur en matières premières de cette même industrie européenne.
Son évolution même l’y conduit d’ailleurs (2).
Politiquement la masse continentale africaine se trouve sous la dépendance absolue de l’Europe, puisque la presque totalité de son étendue territoriale est partagée entre six puissances européennes, les pays indépendants étant euxmêmes largement imprégnés de notre influence.
Economiquement aussi, puisque l’Afrique a un fournisseur, l’Europe, qui lui livre 82,4 % des marchandises dont elle a besoin, et d’autre part, un client, l’Europe encore, qui lui achète 89,7 % de ses produits.
Or, ce commerce africain, dans lequel l’Europe possède une si belle suprématie, a augmenté de 1926 à 1928 de 15 % alors que celui de l’Europe croissait seulement de 13 %, celui de l'Amérique du Nord de 4 % et que ceux de l’Amérique centrale, de l'Asie et de l'Océanie baïissaient respectivment de 8 %, de 5 % et de 1,75 %.
(2) Les statistiques suivantes sont extraites du magristral ouvrage de M. GUERNIER : L’Afrique, champ d’expansion de l’Europe.
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Un examen détaillé du commerce, par Etats ou colonies africains, démontre également que le développement commercial est en relations étroites avec l’équipement économique de ces régions.
C'est ainsi qu’au Maroc, dont la population est sensiblement la même qu’en 1900, le commerce se présente actuellement (avec quatre milliards environ) trente-deux fois plus élevé qu’au début de ce siècle.
Le même phénomène pourrait être constaté dans l’Union Sud-Africaine, dont le commerce est le plus important de celui de toutes les régions africaines, parce qu’elle est la plus équipée (26.000 km. de voies ferrées).
Du reste, partout où le chemin de fer s’établit, le pays
prospère. C’est une vérité économique qui, dans l’ensemble,
a été surabondamment vérifiée par les faits (3).
Les conditions économiques actuelles sont donc particulièrement favorables à la construction d’un Transafricain, dont la réalisation est conforme aux intérêts conjugués de l’Europe et de l’Afrique.