II. ZONE D'INFLUENCE DU TRANSAFRICAIN
Pour évaluer l'importance du trafic du Transsaharien- Transafricain, il suffit de déterminer :
« D'une part, la zone d'influence de ce chemin de fer, c’est-à-dire la zone qui a intérêt à acheminer son trafic par cette voie ferrée; d'autre part l'importance du trafic que fournira cete zone, importance facile à connaître puisqu'il s’agit d’un trafic qui est déjà né » (4).
Dans un article publié dans le Bulletin du Comité de l'Afrique Française (5). M. Méniaud a établi une carte schématique indiquant la durée du trajet, dans huit ans :
(3) Exemple probant du Transsibérien, construit sur une longueur de 8.000 kilomètres, sensiblement égale à celle du Transafricain de la Méditerranée au Sud-Africain.
(4) Discours de M. Fontaneilles à une réunion du Comité d’Organisme d’études du Transsaharien dont il est le président, 17 décembre 1929 (Bulletin du Comité de l'Afrique Française de janvier 1930).
(5) 1930, p. 163 et suivantes. Cité par M. Schaller dans son ouvrage
précité.
a) Par la voie maritime et les connexions fluviales ou ferrées et les routes automobilisables à partir de Paris (T).
b) Dans huit ans également, avec le Transsaharien et les mêmes connexions (Il).
c) Dans quinze ans, avec le Transafricain partant de Niamey et les connexions trouvées à son arrivée au Congo (IT).
(En nombre de jours.)
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Il résulte de cette carte, ajoute M. Jacques Méniaud, que, pour la durée du trajet, toute la côte occidentale de l’Afrique, depuis Saint-Louis et Dakar jusqu’à l'embouchure du Congo, sera plus rapidement desservie, par l’intermédiaire du Transsaharien, que par les lignes maritmes directes (sauf le Libéria).
IT est certain, en effet, que le Transafricain permettra de débloquer des régions entières du Centre-Africain qui, actuellement, sont à des semaines de la mer. C’est ainsi qu’il faut plus de six semaines aux Euronéens se rendant au bassin du Tchad, par mer, pour rejoindre leurs postes, alors
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qu'une semaine ne serait même pas nécesaire avec le Transafricain, pour accomplir ce voyage.
Dans ce même bulletin du Comité de l’Afrique Française (6), M. Jacques Méniaud, spécialiste autorisé de la question (3), indiquait encore : « J’ai établi un rapport détailé déposé au Comité d'Etudes sur les durées comparatives des trajets de Belgique aux principaux centres d’activité du Congo belge et du Randa-Ourandi, sous mandat belge.
1° Par les voies et moyens d’accès maritimes, fluviaux, ferrés ou voitures automobiles, qui auront chance d’exister dans quinze ans;
2° Par le Transafricain qui peut être sur l’'Oubanghi- Ouellé dans quinze ans et les connexions qu’il trouvera à ce moment-là, dès son entrée au Congo belge, suivant le programme des travaux actuellement envisagés pour nos amis. Voici les conclusions de ce rapport :
Anvers au Kilo-Moto, centre de mines d’or, en douze jours au lieu de trente-deux;
Anvers au Kuré et au Ruanda-Ourondi (centre de peuplement européen) en douze jours au lieu de trente-quatre;
Anvers au Tanganika, en quinze jours au lieu de trentequatre;
Anvers au Katanga (centre minier, cuivre, étain, radium), en quinze jours au lieu de vingt-cinq;
Anvers au Kasoï (diamants de la Forminière), en quatorze jours au lieu de vingt et un;
Anvers à l'embouchure même du Congo, en dix jours au lieu de dix-sept. N'est-ce pas curieux que l’équivalence dans la durée des trajets, ne se fait qu’à l'embouchure même du fleuve Congo, où commence, à l’ouest, la colonie Belge ?
Comment s'étonner dès lors, que, d’ores et déjà, les fonctionnaires belges n’envisagent d’autres voies que le Transafricain pour se rendre de Bruxelles au Katanga ? (8).
(6) Article déjà cité du Bulletin de l'Afrique Française de mars 1930
(7) M. Jacques Méniaud, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, est agriculteur-éleveur., intendant militaire du cadre de réserve, ancien ins pecteur général du Haut-Sénégal-Niger, chargé de mission dans la Ni gérie anglaise, président d’une des Commissions d'experts: à l’Organisme d’études du Transsaharien.
(8) FonNTANEILEES. Ouvrage déjà cité.
Mais, bien mieux, si l’on examine les chiffres donnés dans le rapport précité, on s'aperçoit que, pour la durée des voyages, la zone d'influence du Transafricain s’étendra, à partir de Stanleyville jusqu’au delà des chutes du Zambèze, en Rhodésie et jusqu'aux ports de Beira, Dar-es-Salam, Monbasa, sur l'Océan Indien, sans parler d’une partie du Soudan anglo-égyptien, très au nord du Redjaf, (terminus de la navigation sur le Nil et qui va être relié à Stanleyville par un chemin de fer de 1 m. 067). Et encore, dans ces comparaisons, on a simplement compté sur l’utilisation des voies ferrées, fluviales ou automobilisables qui existent maintenant ou existeront au Congo belge, en 1945, d’après le programme colonial de nos voisins Belges. Mais, s’ils veulent transformer en voie ferrée normale de 1 m. 44, raccordée au Transsaharien amené sur l’'Oubanghi-Ouellé, la voie mixte (route, voie ferrée d’un mètre, voie fluviale) qui constitue ce qu'ils appelent la « Voie Nationale » descendant de l’Ouelle vers le Katanga, alors seront économisés encore trois ou quatre jours de durée du trajet dans la direction du Cap, à partir de l’Oubanghi-Ouellé. Si, d'autre part, on relie, plus près du Congo belge, comme c’est possible, le chemin de fer du Mozambique portugais au chemin de fer de Rhodésie, actuellement raccordé à Bulawayo, le voyage de Paris à Beira, sur l’Océan Indien, en face de Madagascar, pourrait être effectué en douze ou treize jours.
L'île de Madagascar à quinze jours de l’Europe, voilà encore l’un des résultats presqu’inattendus du Transafricain !
Et comme il vient couronner l’étude que nous avons consacrée au meilleur choix du tracé du Transafricain et à sa zone d'influence, qui s’étendra ainsi à la presque totalité du continent africain et de ses dépendances !