Même ouvrage, t. I, p
gements, poursuivi par les huissiers, sergents et archers que son maître a déchaînés sur lui, en même temps qu'il tombe sous la juridiction sommaire des inspecteurs des corvées !
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Fig. 17. — Le noble et le paysan, ou l'araignée et la mouche.
D'après une gravure du xvii" siècle.
(Cabinet des Estampes;.
Bientôt même le grand seigneur se fatigue de ces longues procédures : il traite avec un homme d'affaires qui, moyennant une commission, lui garantit le paiement exact des sommes qui lui sont dues. Dès le xvii® siècle des abbés
non-résidents donnent ce funeste exemple : on devine quel est le sort des fermiers livrés sans merci à des intendants sans scrupules. Dans la première moitié du xviii^ siècle, quand l'absentéisme seigneurial devient presque une règle, les possesseurs de grands domaines prennent l'habitude de les confier en bloc à un fermier génçral, voire à une compagnie fermière, qui les sous-louera par lots et les fera exploiter à sa guise : ainsi la terre doit nourrir deux maîtres au lieu d'un, en plus de ceux qui la travaillent, et ces « traitants « d'agriculture, en même temps qu'ils épuisent les terres, font souvent régner dans les campagnes une véritable terreur.
Le gentilhomme besogneux qui végète tristement sur son modeste bien de famille n'est pas toujours plus tendre. Quant aux nouveaux maîtres bourgeois, le plus souvent ce sont des parvenus exigeants, des financiers avides, qui ne compatissent guère non plus aux épreuves des agriculteurs. N'était-ce pas le Tiers-Etat qui, en 1614, avait demandé que les lits, instruments Tustiques et outils, pussent être saisis « par faute de devoirs, rentes foncières et services » dus aux propriétaires i ? Enfin le fermier, succombant sous le faix, n'a même plus, comme l'ancien tenancier à cens, la faculté de se libérer de sa dette en déguerpissant !
Mais vers 1760 le mal est devenu si profond, si menaçant pour l'avenir même de la production, que les abus des fermes générales, l'appauvrissement des véritables fermiers, la misère des métayers provoquent des protestations. Les Physiocrates demandent que l'on facilite la reconstitution de la classe des gros entrepreneurs de culture en leur assurant non seulement .une large aisance, mais la dignité à laquelle ils ont droit. Ces cultivateurs qui sont « continuellement à cheval pour se porter à toutes les parties de leur entreprise », ce sont de vrais bourgeois,
1. Voir d'Avenel, Paysans et ouvriers, p. 355 et Fortune privée, p. 223, 242; dans Mouvement physiocratiq ce, t. I, p. 440-44- el t. II, p. 190.
des notables, les égaux naturels des grands manufacturiers et des grands négociants : l'Angleterre montre à la France avec quel respect il faut les traiter. En effet, aux séances de la Société d'agriculture de Paris, on voit le laboureur s'asseoir côte à côte avec le maréchal de France, le prince, le ministre, le magistrat, dans le rang que le sort lui donne i. Et il n'est pas douteux que dans les vingt-cinq dernières années de l'Ancien Régime fermiers et métayers n'aient pris une part plus ou moins large des profits que l'accroissement et la meilleure vente des produits procurent à l'agriculture. En 1774 Mo beau déclare qu'il trouve dans les campagnes moins de maisons construites en torchis, plus d'hommes qui portent des vêtements de laine et qui boivent du vin : les bénéficiaires de ce progrès ne pouvaient être, nous Talions voir, que les chefs de culture.
Au-dessous d'eux le peuple des journaliers, privé de toute participation à la propriété ou à la location des biens-fonds, ne possède guère que ses bras. En général, ces ouvriers de l'agriculture jouissent, comme ceux de l'industrie, d'une entière liberté personnelle et mobilière. Le. servage, cependant, n'a pas encore entièrement disparu. Si dès le xvi^ siècle il n'était plus qu'un souvenir en Normandie, et s'il n'en subsistait plus que de faibles vestiges en Languedoc, il se maintenait en Nivernais, en Bourbonnais, en Auvergne, en Champagne, et surtout en Bourgogne ; il se perpétuait dans les provinces successivement annexées au royaume, notamment en Franche- Comté ; les serfs enfin formaient des communautés entières sur les terres d'Eghse. Le vœu émis par les Etats de 1614 pour que « tous les' seigneurs laïques ou ecclésiastiques soient obligés d'affranchir leurs mainmortables moyennant indemnité » est resté sans effet ; Necker ne peut prononcer la suppression pure et simple de la main-morte