Voir Babeau, ouvrage cité, p
Mais, à côté de ces gros et riches « laboureurs », combien en est-il qui végètent, « plus gênés, plus mal meublés que leurs manouvriers » ! Dans la deuxième partie du règne de Louis XIV l'avilissement des grains,^ l'aggravation des impôts, la fréquence des passages de troupes, l'excès des réquisitions et des corvées militaires — s'ajoutant aux vexations des gouverneurs, des seigneurs, des commis des fermes et des gabelles — portent atteinte au bien-être des plus aisés. Beaucoup succombent ; quatre ans seulement après la mort de Colbert, un mémoire officiel constate qu' « autrefois les laboureurs du Maine et de l'Orléanais étaient fournis de tout ce qui était nécessaire pour l'exploitation des fermes ; aujourd'hui il ne reste plus que de pauvres métayers qui n'ont rien i ».
La condition de ceux-ci est souvent misérable. A peine moins malheureux que les journaliers, ils ne consomment que du blé noir ; dans beaucoup de provinces, au témoignage de Dupont de Nemours, « ils n'ont, l'un portant l'autre, que 28 livres par tête à dépenser dans toute l'année pour leur nourriture et leur vêtement»; ils ne vivent « littéralement qu'à moitié ». Leur grossière charrue sans roues les obhge à labourer « couchés presque comme des bêtes » ; pour la tirer, ils n'ont que des ânes, et l'on en voit qui y attellent en même temps leur femme presque nue. Enfin les exigences, les défiances des propriétaires, les violences des agents de l'autorité, les réduisent à « une sorte d'esclavage » ^ Le sort des fermiers qui ont survécu à la crise est lui-même fort précaire. Pour se dédommager des charges occasionnées par la guerre, les grands propriétaires, à l'exception peut-être de quelques abbés, cherchent à accroître leur revenu en leur imposant ces augmentations de loyer excessives qu'on appelle des potsde-vin ^ Voilà le cultivateur, incapable de tenir ses enga-