‹ Le travail dans l'Europe moderneChapitre 109 sur 151 · Voir Kowalevsky, Fin d'une aristocratie, p. 42-oi · texte numérisé non relu

Voir Kowalevsky, Fin d'une aristocratie, p. 42-oi

L'it'ALI-E 3:3-5

Contre tant de causes de décadence accumulées, que peuvent quelques privilèges promis aux armateurs, aux maîtres mariniers, aux matelots ; quelques encouragemeiits donnés aux compagnies d'assurance ; quelques utiles travaux d'aménagement exécutés à Spalato de Dalmatie,-à Durazzo d'Albanie, ou, sur le bord même des lagunes, h. construction grandiose des murazzi ^ ? Venise a beau conclure sagement des traités de commerce avec la Sardaigne, avec le Portugal, avec le Danemark et la Russie, elle devait renoncer à s'enrichir par le commerce maritime. Mais elle avait amassé dans son sein tant de capitaux qu'elle pouvait trouver dans le commerce spécial de l'argent, ou dans^ certaines entreprises de manufacture, le moyen de soutenir longtemps encore son luxe éblouissant.

Elle resta ^n effet l'un des principaux centres financiers de l'Europe, ^et -surtout nombre de «es citoyens jouèrent un rôle important dans l'administration financière de plusieurs royaumes du continent. Une banque d'Etat y fut même fondée en 1586. Cependant les banquiers vénitiens ne dépassèrent pas en renom les Génois. Où Venise, par contre, excella, entre toutes les cités italiennes, ce fut dans l'application méthodique de l'art à l'industrie : elle conçut et réalisa avec éclat le dessein d'infuser en quelque sorte à tout un peuple la supériorité artistique d'une élite, et d'en tirer une source constante, non plus seulement de gloire, mais de profits. Si, daus «es ateliers, la personne de l'artiste et celle de l'artisan restent distinctes, du moins se trouvent- elle s rapprochées dans une intime collaboratian. « Les maîtres de l'art entrent d'ans la modeste boutique du-«culpteur sur bois, du forgeron, du tailleur de pierre, du menuisier, de l'orfèvre, pour les

1. Murs énormes, formés par des blocs de marbre d'I&trie,-lïauts de

10 mètres, larges de 12 à 16 mètres, à pic du côté des lagunes, s'abaissant du côté de la mer en terrasses successives et offrant au sommet un espace suffisant au passage, de deux personnes.

336 LE TRAVAIL DANS l'eLROPE MODERNE

conseiller et les aider à atteindre la perfection de leur métier. S) Les ouvriers d'art à leur tour fournissent à leurs professeurs de beauté des motifs d'inspiration et des éléments d'exécution : les teinturiers et les tisserands contribuent à l'éducation des peintres, et le spectacle entier de la ville est, pour tous ceux qui ont la chance d'y vivre, une merveilleuse et perpétuelle école de décoration. Le gouvernement lui-même couvre ce fructueux épanouissement d'une libérale sollicitude, et pour le favoriser il ne craint pas, quand s'offre l'occasion, d'ouvrir à quelques artisans du dehors les portes étroites de la cité.

Il y avait longtemps, d'ailleurs, que le luxe y avait fait éclore quelques industries précieuses. Dès le xv® siècle ces bronzes dorés, dont les nobles vénitiens allaient offrir à Soliman le Magnifique de somptueux échantillons, avaient acquis une brillante réputation, et Brescia était célèbre pour ses atehers d'armes, d'arquebuses surtout. On savait fabriquer, sur les rives du Rialto, de déhcates marqueteries en bois de couleur et des meubles charmants, incrustés d'ivoire ou de cornaline. Des artistes de Faënza et d'Urbino y avaient apporté les procédés de la majohque, comme des ouvriers des Flandres y avaient introduit l'art de la tapisserie. La manufacture des soieries surtout avait trouvé là une terre d'élection : les velours, les satins, les taffetas, les draps d'or et d'argent avaient occupé un instant 4.000 ouvriers ; et si, dans les premières années du xvi^ siècle, le déclin commence, Venise gardera sa supériorité pour les broderies sur soie et les dentelles de soie. En même temps qu'elle exporte dans le Levant et la Barbarie ses calottes de laine, vingt mille ouvriers continuent de répandre en Occident ses draps fins. Au service de ces deux grandes industries textiles la teinturerie ne cesse de se perfectionner : c'est au xvi^ siècle que l'on découvre ce fameux rouge vénitien qui restera à l'épreuve

Page 1