‹ Le travail dans l'Europe moderneChapitre 114 sur 151 · Voir Vidal de la Blache, ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

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céréale inconnue échappe à la dîme, comme nul contrat de fermage ou de métayage n'a stipulé que le propriétaire en recevrait sa part, elle se répand avec une étonnante rapidité ; partout elle remplace l'orge et les autres menus grains, elle prend même aux dépens du froment une extension démesurée. Le riz enfin, autre culture d'origine lointaine, transporté dès le siècle précédent de l'Italie du Sud dans celle du Nord, achève de conquérir les terrains inondables du Bas-Milanais.

Mais voici que les tailles exorbitantes refroidissent l'ardeur des cultivateurs et des propriétaires : quand la somme des impositions dépasse le revenu de la terre, à quoi bon peiner et se mettre en frais ? Ce n'est pas assez que l'impôt direct vienne en quelque sorte dévorer le capital agricole, avant qu'il n'ait pu porter ses fruits ; les taxes de consommation multipliées, et surtout une impitoyable police frumentaire, ravissent au laboureur tout espoir d'obtenir un débit rémunérateur : tous les commerçants en grains sont soumis à une véritable inquisition qui ruine leurs affaires, et l'exportation des blés est en principe interdite. En 1588, sous prétexte de décider les habitants à tisser eux-mêmes le produit de leurs cocons, on prohibe de même l'exportation de la soie grège : on ne réussit qu'à frapper les magnaneries. N'ira-t-on point jusqu'à restreindre l'élevage du bétail, par crainte de faire renchérir à l'excès le fourrage destiné aux écuries de Sa ^Majesté ? Quoi d'étonnant si tant de champs, jadis soignés avec amour, restent en friche, et si, en maint district de cette terre bénie, éclatent des disettes partielles que le mauvais entretien des voies de communication transforme en famines, et si les inondations elles-mêmes reconquièrent les zones qu'elles avaient perdues ?

En même temps que la domination espagnole, cette décadence cesse ; mais pour que le pays se ressente des efforts de régénération accomphs par les nouveaux maîtres autrichiens, il faut attendre la fin des grandes guerres

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qui, jusqu'au milieu du xviii^ siècle, dévasteront encore la

Lombardie. C'est alors que l'œuvre de relèvement inaugurée par le comte Firmiani i se déploie avec ampleur ;

1. A qui revient l'honneur d'avoir créû à Milan en 1768 une chaire d'économie politique pour Beccaria.

toutes les sources de la vie et de la richesse sont ravivées. La fondation d'un Monte de la soie, c'est-à-dire d'une caisse permettant aux propriétaires de magnaneries d^obtenir d'honnêtes avances, leur épargne la nécessité ruineuse de vendre précipitamment leur récolte à vil prix ; la monnaie est assainie, et les thalers de Marie-Thérèse (1777) font prime sur toutes les places de l'Europe, et jusqu'en Orient, à l'égal des ducats d'autrefois. L'industrie se ranime, surtout à Gôme. La confection d'un nouveau cadastre aboutit à la simplification du système financier ; la charge de l'impôt se trouve mieux répartie entre les différentes classes de la société et la suppression de la ferme générale met un terme à des abus séculaires. L'Etat retrouve quelque argent pour reprendre les grands travaux interrompus d'hydraulique agricole, et les paysans, déjà soulagés par la péréquation fiscale, travaillent désormais de bon cœur à augmenter leurs moissons, maintenant que nulle prohibition n'en gêne plus l'écoulement. — Il s'en faut, certes, que l'antique aisance ait reparu ; tout de même, c'est un bon signe que de 1749 à 1770 la population du duché se soit accrue de près d'un quart \

I 7. — Le Piémont.

Le Piémont n'est qu'à moitié un Etat itahen, puisqu'il est uni à la Savoie ; et il a tenu plus de place dans la diplomatie et les guerres de l'Europe que dans son histoire économique. Il doit son importance pohtique à sa situation de « portier des Alpes » ; mais les passages qu'il garde ne sont point ceux qu'empruntent les principaux courants commerciaux, et les montagnes couvrent une grande partie de son territoire.

C'est cependant l'agriculture qui lui fournit la plus grosse part de ses ressources. Bien que, comme dans le

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