CHAPITRE VI
Développement de l'élevage et de l'industrie. — Bourgeoisie citadine et démocratie rurale. — Les heimatlosen.
Pour la Suisse, à l'aurore des temps modernes, l'âge héroïque de la formation politique était achevé. Les batailles do Grandson et de ]\Iorat (1476) avaient définitivement assuré à cette fédération de petites démocraties et de villes libres dites impériales une indépendance que les traités de Westphalie devaient consacrer. Mais Tàge du développement économique commence ; la neutralité de fait dont il bénéficie va permettre à ce peuple énergique de tourner son activité vers les œuvres de la paix. S'il cultive un sol en grande partie ingrat, il occupe i^n des carrefours de l'Europe : cette situation centrale lui permet d'entrer êp rapports étroits avec un grand nombre d'Etats divers et de servir entre eux- d'intermédiaire. Les vallées de ces âpres montagnes constituent d'ailleurs des réservoirs d'hommes dont le trop-plein,. débordant des frontières, va répandre au delà l'influence de la petite patrie.
Et la vaillante république s'ouvrira aussi comme un refuge aux persécutés, aux mécontents des pays voisins. Il faut faire une place d'honneur à ces réfugiés, qui, de France, d'Angleterre, d'Itahe, d'Allemagne, les uns chassés par l'intolérance religieuse, les autres victimes de persécutions politiques, viennent chercher en Suisse le droit de vivre et la hberté, mais y apportent en revanche leur talent, leur fermeté de caractère, leurs capitaux et
souvent quelque industrie nouvelle, telle la tannerie à Lausanne, l'horlogerie à Genève, la rubanerie à Bâle.
C'est, nous l'allons voir, le progrès même des relations extérieures qui, peu à peu, va transformer l'économie helvétique.
La nation suisse, à mesure qu'elle grandissait, ne pouvait plus espérer suffire à sa subsistance avec les seules productions de son territoire. L'humidité et la rudesse du climat lui commandaient, du reste, d'accorder dans l'exploitation de son sol une part plus large à l'élevage qu'à, la culture proprement dite. Il était donc naturel qu'elle devint un centre d'exportation de gros bétail. Ils sont, en effet, d'année en année plus nombreux, les troupeaux qui, dès le début de l'automne, franchissent les cols des Alpes, les passades du Jura, ou simplement descendent le Rhin, pour se rassembler aux foires de Piémont, de Lombardie, de Franche-Comté et d'Alsace : l'insuffisance même des fourrages d'hiver rend ce commerce nécessaire. Le plateau suisse est également une terre abondante en chevaux; c'est dans ces pâturages paisibles que, au début de chaque guerre, les armées des puissances voisines trouvent de quoi compléter leur remonte ; et en tout temps, le service des voitures sur les grandes voies internationales qui traversent le pays, comme celle du Gothard, réclame un grand nombre de bêtes de trait. Une industrie pastorale enfin s'est créée dont les produits déjà se répandent dans le monde : au xviii^ siècle les fromages d'Emmenthal et de Gruyère s'expédient non seulement en France et en ItaHe, mais jusque dans le Levant et en Egypte.
Mais, pour compenser le déficit des cultures alimentaires, il fallait faire appel encore au travail des artisans et aux ressources de l'exportation industrielle. Après que Berne aura fabriqué des draps, Saint-Gall produira des toiles de lin et de chanvre, puis des mousselines et des broderies, dont les prohibitions françaises n'empêchent pas
l'immense succès: par le Rhin elles gagnent la Hollande et de là pénètrent en tous pays. Les loisirs même que laisse l'économie pastorale ou forestière, l'inaction qu'impose un long hiver, contribuent à faire naître en pleine montagne des industries dont les articles serviront à solder les achats de céréales effectués dans l'Allemagne du Sud et en Autriche. Et plus la population ouvrière grossira, plus ce mouvement d'échanges prendra d'ampleur.
Bâle, Zurich et Genève deviennent ainsi les entrepôts naturels entre la France, l'Allemagne et l'Itahe ; et de lui-même le commerce de l'argent s'y développe. Dès le xvi^ siècle la cité de Calvin s'ouvre aux Juifs de Francfort comme aux gens d'affaires italiens. Deux cents ans plus tard, les Genevois s'intitulent « les rois du crédit », et les capitaux qu'ils ont placés dans les fonds publics de France s'élèvent à une dizaine de millions : le dernier ministre des fmances.de Tancienne monarchie française ne devait-il pas être Necker, un banquier genevois ? Fribourg elle-même profite de cette expansion financière. Bien que le trafic intérieur, en dépit des multiples péages et pontonnages, commence à prendre une certaine intensité, et que de nouvelles routes soient tracées (dont la chaussée du Hauenstein, entre Soleure et Bâle, avait, dès l'époque de la Renaissance, fourni le type), c'est avant tout au développement des relations internationales que la Suisse doit cette fortune nouvelle, dont l'influence va s'étendre à toute l'économie nationale.
Au début de l'ère moderne on avait inauguré l'exploitation des mines de fer du Valais et des sahnes de Bex, et l'évêché de Bàle comptait déjà quelques forges. Mais les industries textiles étaient peu prospères : la draperie, à Berne, périclitait, et les efforts accomphs par quelques réfugiés anglais pour la rétabhr à Aaraii et à Zurich devaient rester sans succès. Voici cependant qu'au xvi® siècle des artisans itahens introduisent sur les bords de la Limmat le tissage et la teinture de la soie ; puis ce sont les fila-
tures qui s'installent à Schw^tz, à Glaris, ^ Engelberg, tandis que la fabrique des velours enrichit Berne et Baie. A deux siècles de distance, à peu près dans les mêmes lieux, apparaît à son tour la manufacture de coton, qui allait très vite atteindre à Zurich un haut degré de perfection. Enfin la Renaissance a fait éclore sur cette terre de liberté une industrie toute nouvelle. Bâle, où Erasme vient mourir, devient une véritable capitale typographique, et ses presses, comme celles de Genève (la « Rome du Calvinisme «), de Lausanne, d'Yverdon, disputent à celles de la Hollande Thonneur et l'avantage de lancer les ouvrages interdits en France, tandis qu'une importante papeterie s'est établie à Serrières, près de Neuchâtel. Audessus, à près de mille mètres d'altitude, sur les hauts plateaux du Jura, une autre fabrication a grandi, fille à la fois du désœuvrement hivernal et de l'ingéniosité montagnarde, celle des montres. Dès le xvi*^ sièle, à vrai dire, l'horlogerie avait été apportée à Genève par des émigrés de France ou d'Italie ; mais la première montre fabriquée dans la vallée du Locle et de la Chaux-de-Fonds date de 1679 : un siècle plus tard, dans ce canton perdu, la production annuelle des modèles en or et en argent s'élevait à 40.000 articles.
Sans doute, malgré Timportance du chiffre d'affaires, il ne s'agit là que d'une industrie presque toute manuelle et d'une fabrique dispersée ; de même les 40.000 personnes que la broderie" occupe à la fin du xviii^ siècle dans les deux cantons de Saint-Gall et d'Appenzell travaillent rien qu'avec leurs doigts et sans sortir dû logis familial. Tout de même le progrès des industries textiles a déterminé la formation dans les principales villes de vastes ateliers, sinon de grandes manufactures, impliquant une certaine concentration de capitaux. Les anciennes corporations jouent encore un rôle considérable à l'époque de la Réforme, et elles restent maîtresses du gouvernement des cités ; elles forment les cadres de ces oligarchies bour-
geoises de plus en plus étroites, de plus en plus fermées, qui tiennent dans la soumission, non seulement le gros de la population urbaine, mais tout le peuple des campagnes annexées. Au début du xviii<^ siècle, le bourg de Winterthur s'était mis à fabriquer, outre les aciers, des toiles et même des soieries : aussitôt Zurich d'interdire à toutes les localités du canton de travailler la soie et le lin autrement qu'en écru et de vendre les produits à d'autres qu'aux bourgeois du chef-lieu. Peu à peu cependant des brèches s'ouvrent dans le monopole des aristocraties municipales. Bàle en 1749 permet à un nombre limité de tanneurs de s'établir hors des murs à condition de payer un droit aux maîtres citadins i. Pour parer aux dangers du chômage, elle répand la passementerie dans les campagnes, en même temps qu'elle crée une caisse ahmentée par les patrons et les ouvriers et destinée à soulager les sans-travail. Bientôt le tissage rural se répand dans l'Emmenthal et TArgovie; il est vrai que parmi ces artisans campagnards une bonne partie sans doute travaillent pour le compte de l'antique patriciat corporatif.
Quant à l'agriculture helvétique, ce qui la caractérise tout d'abord, nous l'avons déjà indiqué, c'est la prédominance de l'élevage. Les conditions naturelles imposaient cette spécialisation ; le développement du commerce extérieur n'a fait que l'accentuer, si bien qu'en 1800, suivant le mot d'un contemporain, « une épizootie générale aurait été un plus grand malheur national qu'une épidémie humaine " >-■. Au xvi^ siècle, les labours couvraient encore une grande étendue du pays ; c'était à eux, au moins autant qu'aux pacages, qu'avaient profité les dessèchements, les partages de communaux pratiqués à cette époque. Mais depuis lors, beaucoup de champs avaient
4. Voir Vuillemin, Histoire delà Confédération Suisse, t. II, p. 244-262.
2. Cité par Rappart, L'Agriculture suisse à la fin de l'Ancien Régime, p. 39.
été convertis en prés, ou bien, quelquefois en vignobles; autour de Schaffhouse, sur les bords du Léman et du lac de Neuchâtel, s'était répandue cette culture précieuse, qui devait aller sans cesse se perfectionnant dans les districts privilégiés où le climat la permettait.
Pour l'ensemble de l'économie rurale, c'est seulement vers le milieu du xviii^ siècle que les progrès décisifs s'accomplissent.
Le grand retour à la nature, qui marqua cette époque^ a eu son point de départ en Suisse comme en Angleterre. Si Rousseau ne fut pas le créateur du mouvement qui ébranla les âmes, il en fut du moins l'agent le plus puissant. Ses descriptions éloquentes firent connaître et aimer les lacs, les bois et les prairies de nos climats, les Ermitages et les Elysées perdus dans la verdure, et cette région moyenne des Alpes où elles s'abaissent en collines gazonnées et en molles ondulations. Or cet amour retrouvé pour les beautés champêtres allait avoir un double effet économique.
D'abord il attirait vers les sites alpestres nombre de voyageurs, brillants oiseaux de passage qui ne pouvaient manquer de laisser quelques plumes précieuses aux mains des hôteliers. La montagne avait longtemps inspiré la crainte, une sorte d'horreur sacrée ; elle commence à paraître affreusement belle, tragiquement grandiose ; elle a ses explorateurs, ses écrivains, ses peintres ; elle détermine un courant de curiosités, de sympathies et de visiteurs qui ne s'arrêtera plus et sera pour la Suisse un fleuve d'or.
Ensuite la vie simple, les mœurs patriarcales obtiennent un subit regain de faveur. Qu'on relise dans La Nouvelle Héloïse les tableaux où l'auteur se plaît à retracer les plaisirs rustiques de la vendange ou le teillage du chanvre dans une ferme vaudoise ! La Fête des vignerons, qui n'avait été longtemps à Vevey qu'une petite fête de corporation comme il y en avait par centaines, prend dès ce
380 LE TRAVAIL DAÎîS l'eUROPE MODERNE
moment une ampleur, une solennité toutes nouvelles K Cet intérêt qui s'attache à la vie des -champs a sa répercussion dans l'agriculture.
A peine jusque-là aurait-on pu noter l'heureuse adoption des méthodes de labourage usitées en Flandre ; mais lorsque se sont constituées à Zurich, en 1747, la Société des sciences naturelles et à Berne, en 1759, la Société économique, c'est toute une agronomie . nouvelle qui se développe. On apprend à mieux aménager les forêts, à mieux irriguer les prairies, à mieux utiliser les fumiers. L'usage se répand des engrais minéraux, tels que la marne ou la tourbe carbonisée ; on n'hésite pas à répandre sur les terres les ordures des villes. Cet enrichissement artificiel •du terrain permet de substituer un peu partout à l'assolement biennal l'assolement triennal. L'introduction du trèfle et de la luzerne achève de faire disparaître la jachère en assurant par une rotation de cultures appropriées la régénération perpétuelle du sol ; et de nouvelles ressources sont du même coup offertes à l'élevage intensif. La pomme de terre enfin fournit sur place un remède à l'insuffisance des moissons : importée d'Irlande en 1697, elle se répand surtout dans la deuxième moitié du xviii® siècle, quand les disettes, devenues plus fréquentes par l'accroissement même de la population, décident les gouvernements à en favoriser la culture autour des villes par des exemptions dé dîmes, qu'arrachent parfois des révoltes de paysans. C'est qu'en effet les charges pubhques s'opposaient encore aux progrès de l'exploitation agricole : tandis que la richesse mobilière jouissait d'une immunité fiscale presque complète, la terre était accablée ; et toujours menacé par la concurrence étrangère, le producteur rural ne pouvait rejeter sur le consommateur la moindre part des fardeaux qu'on lui imposait.
1. Voir Georges Renard, L'influence de la Suisse romande sur la France (Recueil inaugural de l'Université de Lausanne, 1802) et le livret officiel de la fête des vignerons (J889 et 1903, Notice historique).
Mais il nous reste à examiner d'un peu plus près la condition du peuple des campagnes. Le servage avait achevé de disparaître. Au xvi^ siècle, on avait pu voir encore, dans les bailliages de Thurgovie, d'Argovie et sur les terres de l'abbé de Saint-Gall, des familles de paysans vendues comme du bétail ; mais l'influence de la Réforme, puis la diffusion des idées humanitaires, sans parler de l'hostilité que les villes souveraines témoignaient contre cette tyrannie féodale et de l'intérêt que les seigneurs appauvris trouvaient à monnayer des droits odieux, devaient mettre un terme à cette iniquité. Les corvées elles-mêmes s'étaient allégées.
Non seulement les cultivateurs étaient devenus Hbres de leur personne, mais la plupart d'entre eux avaient acquis la propriété incontestée de la terre qu'ils travaillaient. La portion du territoire comprise entre 500 et 1.000 mètres d'altitude est la seule où la grande propriété individuelle domine : c'est le domaine de l'élevage intensif ; c'est là que l'industrie fromagère s'est concentrée, soit que de gros exportateurs achètent d'avance à forfait tout le produit des troupeaux, soit que les communautés, constituées en fruitières^ entretiennent pour leur compte des fromageries coopératives. Plus haut, dans la région où règne l'élevage extensif, il est rare que les alpages appartiennent à de riches bourgeois de la plaine ; les démocraties montagnardes en ont presque toujours pieusement conservé la possession indivise. Pacages recouverts par la neige pendant sept à huit mois, forêts qui sont le rempart des villages contre les avalanches ne peuvent guère être exploités que collectivement, et c'est ainsi que dans la montagne s'est maintenu jusqu'à nos jours ce débris de la propriété commune qu'on appelle Vallmend. Au-dessous, dans la partie la plus basse de la zone agricole, rares sont les très grands et même les moyens p'ropriétaires, qui cependant tirent le meilleur profit des prés communaux ; il y a longtemps que l'ancienne aristocratie foncière a été
dépossédée par les villes, qui ont distribué les terres à leurs propres sujets. La coutume du partage égal des successions a ensuite poussé le morcellement jusqu'à l'extrême limite ; dans les districts industriels notamment, nombre de parcelles ne dépassent pas trois arpents.
Mais ce peuple de petits propriétaires supportait de très lourdes charges. Pendant la guerre de Trente Ans, les habitants des contrées dévastées s'étaient réfugiés en grand nombre dans cet asile de paix : la forte hausse du prix des denrées et des terres qui était résultée de cette afîluence avait développé chez les paysans certains goûts de luxe ; lorsque les réfugiés s'en étaient allés, il leur avait fallu, pour soutenir leur nouveau genre de vie, hypothéquer leurs biens. Plus tard, la nécessité d'améhorer leur outillage, et les facilités croissantes que leur offrait la baisse de l'intérêt, les avaient amenés à grever davantage encore leurs domaines. D'un autre côté, les oligarchies urbaines, héritières des anciens seigneurs, levaient sur eux de multiples taxes. Sans parler des lods, qui constituaient une sorte de droit de mutation, elles leur faisaient payer un cens fixe, qui représentait soit une reconnaissance de la concession primitive, soit l'amortissement de certains travaux d'utilité pubhque, et une dîme proportionnelle, équivalente au tiers ou au quart du produit net, qui tendait à s'étendre indistinctement sur toutes les productions.
Enfin, au-dessous de la bourgeoisie citadine et de cette petite démocratie rurale, s'était formé une sorte de prolétariat, mi-urbain et mi-agricole, mi-national et mi-étranger. L'égoïsme local, surexcité soit par les défiances religieuses, soit par l'orgueil des grands bourgeois, avait divisé les citoyens, tous fibres et égaux, de l'ancienne Suisse en un certain nombre de classes, dont les plus humbles s'étaient vues réduites à une extrême pauvreté. Dès le xvi^ siècle, on avait cru devoir interdire le mariage à ces victimes d'un jaloux exclusivisme municipal, obfiger cha-
que commune à nourrir ses indigents, enchaîner ceux-ci à leur domicile légal, instituer des systèmes de charité officielle. Quand on ne pouvait autrement se débarrasser des mendiants qui assiégeaient les demeures, ou qui erraient par troupes sur les chemins et par les forêts, on allait jusqu'à organiser des chasses contre ces tristes heimatlosen. Au milieu du xvii^ siècle, le licenciement des armées de la guerre de Trente Ans provoqua une recrudescence de ces deux fléaux : le vagabondage et le paupérisme ; à la fin du xviii^ siècle, ni l'un ni l'autre n'avaient complètement disparu du territoire helvétique. On y conduisait encore parfois des battues contre les rôdeurs, et en 1768 l'on y avait recruté sans peine un contingent de malheureux disposés à abandonner pour les lointaines solitudes de la Sierra Morena leur ingrate patrie. La coutume s'y était maintenue de prêter aux rois, en quahté de soldats mercenaires, les plus robustes des enfants du pays. La Suisse était mûre pour les transformations profondes qu'allait y provoquer la Révolution française.
INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES
Daguet. Histoire de la confédération suisse. 2 vol. in-8°. Genève, 7e éd., 1879-1880, t. II.
VuiLLEMiN. //isioiVe de la confédération suisse. 2 vol. in-16. Lausanne, 2^ éd., 1881, t. II.
Rappard. Le facteur économique dans V avènement de la démocratie moderne en Suisse. Tome I. V agriculture à la fin de VAncien Régime. Genève, 1912.