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CHAPITRE VIII

Les États Scandinaves se rangent parmi ces puissances que la faible étendue ou les médiocres ressources de leur territoire, les dissensions intestines et les guerres extérieures, ou bien enfin le retard de l'évolution économique et sociale ont réduites à ne jouer dans l'histoire du travail qu'un rôle secondaire. En 1448 précisément, l'Union de Calmar, qui avait fait du Danemark, de la Norvège et de la Suède une seule et grande monarchie, est brisée, et ces divers royaumes ne seront plus désormais tous les trois réunis. Il nous faut suivre, chacune à part, leurs destinées divergentes et maintes fois antagonistes.

§ 1. — Le Danemark.

As.servissement de la classe paysanne ; Stagnation de l'induslrie et du commerce maritime. — Réveil tardif vers le milieu du xviii« siècle.

Au xvi^ siècle, affaibli par la séparation définitive du nord de la Suède, mais resté en possession de l'extrémité méridionale du pays ainsi que de la Norvège, le Danemark aurait pu tenir encore en Europe une place honorable, s'il n'était pas tombé dans une longue anarchie. Non contents de s'être assuré la possession héréditaire de leurs fiefs, les nobles danois réussissent à enlever à la royauté nationale cette prérogative essentielle de l'hérédité ; ils auront dans leurs domaines le droit de vie et de

mort, et le roi ne sera plus que l'élu docile de ces seigneurs souverains (1523). L'introduction de la Réforme n'est guère pour cette aristocratie toute-puissante qu'un moyen d'achever son triomphe ; c'est elle seule qui profite de la confiscation des biens de l'Église, et les États généraux ne sont même plus convoqués. Engagé dans des guerres malheureuses contre l'Empereur, contre la Suède, c'est seulement quand il a perdu les dernières provinces qu'il conservait encore sur l'autre rive de la Baltique, que cet État épuisé, et qui avait à deux reprises couru les risques d'un complet démembrement, reconquiert sous les auspices de la monarchie restaurée (1660), grâce aux bienfaits d'une administration plus ferme et plus soucieuse des intérêts généraux du pays, une prospérité relative.

Bien qu'il tînt la clef des Détroits, le Danemark avait toujours été avant tout un pays agricole. Or, à la fm du xv^ siècle, la condition de la masse des paysans avait tristement changé : au traditionnel et hbéral patronat s'était substitué, presque d'un bout à l'autre du royaume, le servage de la glèbe i. Maintenant qu'elle est complètement affranchie de l'autorité royale, la noblesse impose aux travailleurs de la terre un joug de plus en plus pesant ; elle étend officiellement sur eux sa juridiction et, sous prétexte de faire respecter son droit de chasse, leur inflige les traitements les plus cruels. De gré ou de force, un grand nombre de petits propriétaires tombent dans la condition de fermiers ou de journaliers, les uns et les autres corvéables à merci. Les rares cultivateurs hbres qui subsistent plient sous le poids des droits féodaux. Et peu à peu, en dépit de quelques malheureuses tentatives de révolte, ce dur régime s'apphque à toutes les terres ; car les grandes familles, après avoir accaparé les biens d'Éghse, s'entendent à démembrer les domaines de la couronne. Libre de toute inquiétude comme de tout contrôle, Taris-

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