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grâce à la fécondité de ces polders, grâce à un heureux aménagement du sol, l'élevage est devenu plus intensif : tel village possède quatre mille vaches, et les bœufs pesant deux mille livres ne sont plus l'exception. Dans la banlieue des cités, favorisée du reste par l'humidité du terrain et la douceur du climat, prospère la culture maraîchère; enrichis d'espèces exotiques, soignés avec amour, les jardins fleuristes passent pour des merveilles. On sait quelle fut la passion des amateurs de tulipes, les rivalités, les spéculations, les folies auxquelles donna Heu l'envie d'avoir les plus belles, les plus rares. Ce fut à qui créerait des variétés nouvelles. On a pu rire des enthousiasmes el des colères que suscitèrent ces guerres horticoles. Mais il est certain que de nombreux procédés de culture savante sont sortis de cette manipulation acharnée de la terre et des plantes.
Dans quelle mesure les simples travailleurs bénéficientils de l'accroissement de la richesse générale ? Il nous est difficile de le préciser. Nous voyons bien, en 1533, à la voix du boulanger et prophète Mathiys, les ouvriers, surtout les ouvriers des métiers sédentaires, tailleurs et cordonniers, de la région de Haarlem, prendre part à l'insurrection mystique des anabaptistes; leurs revendications sont alors empreintes d'un esprit non seulement communiste, mais anarchiste : plus de maîtres, plus de propriété, plus d'armée, et môme plus de tribunaux. Mais la Hollande était alors un pays assez pauvre ; les ressources qu'elle offrait au travail se sont ensuite immensément accrues : les hôpitaux, les orphelinats, les asiles, les écoles ont jailli de terre en même temps que les magasins et les manufactures. En dépit de la concurrence que pouvaient lui faire les « enfants perdus » recueillis dans de véritables écoles professionnelles, il semble difficile que la classe ouvrière n'ait point connu un certain bienêtre. Et dans les campagnes, si le gros des paysans n'approchait pas de la fortune de ces grands fermiers qui
pouvaient donner à leur fille une dot de cent mille florins et l'offrir en mariage à un prince, du moins étaient-ils universellement affranchis des sujétions du servage, et l'instruction qu'ils possédaient semble témoigner de leur aisance. Dans telle province, comme celle de Groningue, les cultivateurs étaient les véritables possesseurs du sol ; investis d'une a locatairerie perpétuelle », ils ne devaient au propriétaire en titre que le paiement d'une rente fixe, non susceptible d'augmentation, et ils pouvaient transmettre en héritage, vendre, sous-louer même leur domaine.
Mais vers le miheu du xvii^ siècle, la Hollande a le malheur d'être en butte à la rivahté de deux redoutables voisines. C'est d'abord l'Angleterre, qui ferme ses ports aux vaisseaux hollandais et leur dispute l'empire de la mer : les exploits de Tromp et de Ruyter, le « coup de balai » que le premier se flatte de donner dans la Tamise, n'empêchent pas leur patrie de souffrir de cette rivalité. Puis ce sont les armées fançaises qui, au temps de Louis XIV, envahissent le territoire : la petite répubhque se défend glorieusement ; mais elle ]sort épuisée de cette lutte victorieuse. En outre, à l'intérieur, elle s'amollit et se corrompt. Les grandes fortunes en haut ont pour pendant de grandes misères en bas, et pour conséquence une décadence morale. Dès 1660, un témoin oculaire, Parival, note parmi les Hollandais la soif du gain et la peur des coups : « Ils haïssent les duels, batteries et querelles et disent communément que les gens riches ne se battent pas^. » Les héros sont devenus des bourgeois cossus, amoureux de tranquillité. Le luxe a détendu les énergies nationales. Bientôt la vertu civique, nécessaire au maintien de tout gouvernement républicain, fait défaut. La Hollande remet ses destinées aux mains d'un stathouder, d'un prince ; et quand celui-ci, Guillaume d'Orange,