On observe le même fait en Angleterre. Voir ci-dessus
et c'est seulement en 1720 que le monopole privé cède la place au service public. La première route construite dans le pays ne remontait d'ailleurs pas au delà de 1630 : elle menait simplement des rives du Drammen aux mines de Kowsberg.
La population de ce vaste, mais pauvre royaume, n'en avait pas moins doublé en cent cinquante ans, et il y a juste un siècle elle atteignait déjà le chiffre relativement, élevé de 900.000 âmes — plus du tiers du chiffre actuel.
La Suède.
L'indépendance nationale : Gustave Wasa. — Brillante éclosion industrielle : Jonas Alstrômer. — Reconstitution de la démocratio rurale, remembrement des exploitations et perfectionnement agronomicfue.
En Suède, chacun des trois siècles que nous avons à considérer présente une physionomie distincte. Le xvi'' est marqué par l'affranchissement même de la nation et l'étabhssement d'une sohde monarchie. La triomphante révolte de Gustave Wasa consacre l'indépendance du nouvel Etat (1521), auquel il ne manque plus que d'atteindre ses limites naturelles en annexant le httoral méridional de la péninsule ; mais elle prépare aussi l'avènement d'une puissante dynastie. Au nouveau roi, fort de l'enthousiasme que lui témoigne la masse de ses sujets, les moyens d'action matériels font seuls défaut : pour renverser la domination danoise, il a dû emprunter aux Hanséates de Lubeck. Mais un moyen s'offre à lui de s'acquitter, et d'emplir par surcroît la caisse de l'Etat ; la Réforme luthérrenrie, facilement adoptée par l'ensemble du peuple, va lui permettre de séculariser les vastes domaines de l'Eglise. Possesseur de treize mille fermes réparties dans tout le pays, héritier des trésors cachés dans les monastères, il est le maître désormais; en 1544, la royauté qu'il a fondée est proclamée héréditaire dans sa famille.
Le siècle suivant voit le royaume se transformer en empire et la Baltique en « lac suédois «. Ce n'est pas assez, pour les souverains' de Stockholm d'occuper le sud de la presqu'île Scandinave et la rive orientale des Détroits. Depuis des siècles la Finlande appartenait à la Suède ; successivement les Provinces baltiques, la Poméranie, les embouchures de l'Oder et de la Weser tombent sous sa domination ; la Russie, la Pologne, le Danemark, l'Empire même ont fait les frais de cette rapide expansion, que consacrent les grands traités de 1 660, et dont Gustave- Adolphe et Charles X-Gustave avaient été les héros. A Charles XI revient la tâche d'achever la centrahsation intérieure. Tandis que les rois s'élançaient à corps perdu dans des guerres européennes, la noblesse en avait profité pour étendre ses domaines et usurper des privilèges fiscaux ; elle dominait à la Diète, elle imposait ses volontés au monarque et faisait peser sur les ordres inférieurs de l'Etat une lourde tyrannie. En enlevant à l'assemblée le pouvoir législatif (1682), Charles XI institue un régime d'absolutisme qu'une sage administration économique et quelques améhorations sociales firent facilement accepter des bourgeois et des paysans.
Puis au xviii^ siècle, c'est l'extraordinaire aventure de Charles XII et l'écroulement du fragile empire. Ramené presque à ses frontières primitives, le royaume jouira au moins d'une paix féconde ; mais le pouvoir monarchique a sombré dans la tourmente, et la noblesse, après l'avoir abattu, n'a su organiser que l'anarchie. Proie d'autant plus tentante que de nouvelles richesses s'y sont révélées, c'est la Suède à son tour qui est maintenant menacée d'un démembrement. Pour conjurer le péril imminent, Gustave III fait rendre à la royauté ses prérogatives essentielles (1772); bientôt même la monarchie constitutionnelle ne lui suffit plus ; suivant jusqu'au bout les traces de Charles XI, c'est l'absolutisme qu'il rétablit (1789), pour mieux servir contre les prétentions des nobles la prospé-
rite du pays et les intérêts des classes populaires ; mais il tombe victime des rancunes de l'aristocratie.
Quelle fut, parmi les vicissitudes de cette brillante histoire, la vie intime et laborieuse du vaillant peuple suédois ?
A ce pays de sol rude et de ciel rigoureux la nature avait donné pour principales richesses des mines et des forêts. Aussi Gustave Wasa, avide de doter la monarchie nouvelle de l'instrument de règne le plus indispensable, s'était-il approprié toutes les ressources que pouvait renfermer le sous-sol, réduisant d'ailleurs les propriétaires de la surface à la condition d'usufruitiers. Il n'entend pas laisser dormir ces trésors souterrains ; pour exploiter les mines d'argent de Sola et les montagnes de cuivre de Garpenberg, il fait venir des mineurs allemands, il envoie des experts étudier les étabhssements métallurgiques de l'étranger ; d'Allemagne encore il appelle des fondeurs et des forgerons. Et dans le même temps se multiplient les grandes scieries mises en mouvement par les chutes d'eau.
Mais bientôt les exploitations minières et les entreprises métallurgiques, lorsqu'elles restent entre les mains de l'Etat, languissent, ou bien, si elles sont affermées à des compagnies investies d'un monopole public, ne profitent plus guère qu'à celles-ci, qui se soucient bien plus d'augmenter leur revenu en faisant renchérir le minerai que de développer la production i. Quant aux diverses industries urbaines, elles se heurtent à deux grands obstacles, que signale dans ses mémoires le chanceher Oxenstiern (vers 1640). D'une part, elles sont comme emprisonnées dans les cadres rigides d'un étroit système corporatif, où tout est combiné pour élever les prix de vente et majorer les bénéfices de quelques chefs de métier, et rien pour
1. La production annuelle de la fonte atteint cependant, au xvii» siècle, 10.000 tonnes. Et en 1611, s'est fondée une fabrique de laiton qui devait subsister jusqu'à nos jours.''
accroître la quantité ou améliorer la qualité des produits. Et puis les villes succombent sous le poids des charges dont on les accable ; sans cesse il leur faut pourvoir au logement, au transport des soldats : leurs finances n'y résistent pas, et le travail en souffre. Sans doute des entrepreneurs étrangers, surtout des Hollandais, ont fondé des manufactures de drap, bientôt assez actives pour habiller toute l'armée nationale; des brasseries, où l'on applique les procédés de Dantzig et ceux de l'Angleterre ; quelques verreries déjà ; même une sucrerie (1650) et une fabrique de tabacs (1660). Mais pendant yingt-cinq ans surtout, au cours du xvii® siècle*, on peut dire que la guerre fut la principale industrie des Suédois •: tantôt, comme au lendemain de la mort de Gustave-Adolphe, c'étaient les officiers qui se louaient, avec leurs soldats, à qui voulait les engager ; tantôt, comme au commencement du règne de Charles XI -, c'était le souverain qui vendait son alhance et l'appui d'une armée considérée comme une des mieux organisées de l'Europe. C'est seulement dans la deuxième partie' de ce même règne que les préoccupations administratives l'emportent sur les grands desseins politiques.
Encore fallut-il laisser passer' les extravagants exploits de Charles XII pour que le royaume entrât décidément dans les voies du progrès économique. L'honneur d'avoir créé les premières véritables fabriques de tissus et introduit ainsi la grande industrie revient à Jonas Alstromer. Il avait beaucoup voyagé en Angleterre et il venait d'étudier de très près les manufactures de soieries de Tours et les fabriques de bas de Saint-Germain, lorsqu'il apprit qu'il allait être poursuivi sous l'inculpation d'avoir débauché des ouvriers (1723). Il reprend alors précipitamment la route de sa patrie, non sans examiner au passage, à Abbeville, les