‹ Le travail dans l'Europe moderneChapitre 122 sur 151 · j 631-1648 et · texte numérisé non relu

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procédés de fabrication des draps fins. A peine de retour en Suède, il se met en campagne pour organiser simultanément des manufactures de coton et de laine ; il lui faut tout se procurer du dehors, les métiers, les ingrédients nécessaires à la teinture et la main-d'œuvre, tout cela en contrebande, au prix de quels efforts et de quels dangers ! Pour mener à bien son héroïque entreprise, il n'hé-

Fig.

Martinet de force suédois.

site pas à débourser des sommes exorbitantes et à traverser lui-même vingt fois la mer. Au bout de quatre années il triomphe enfin de tant de difficultés matérielles accumulées et des obstacles que la jalousie ou la défiance de ses compatriotes avaient encore semés sur son chemin. En 1728, le roi vient visiter ses étabhssements d'Alingsos, et cette visite solennelle à l'obscure bourgade, voisine de Goteborg, qu'il a élevée au rang de métropole industrielle, consacre son succès. Il y a là des filatures de coton, des fabriques de drap, de passementeries, de

G. Renard et Weulersse.

rubans, des teintureries, des mégisseries ; à la mort du fondateur, ce modeste canton de la terre suédoise compte 18.000 ouvriers. Ce merveilleux organisateur ne s'était pas désintéressé d'ailleurs des industries anciennes ; il avait introduit dans la métallurgie nationale les derniers perfectionnements appliqués en Angleterre : c'est alors que les fers affinés de Dannemora conquièrent leur réputation.

La restauration de l'ordre à la fiii Au siècle et l'avènement d'un souverain éclairé se traduisent naturellement par de nouveaux progrès. Si les ruines accumulées dans le district d'Alingsos par les derniers troubles ne sont pas toutes réparées, si la suspension des' primes accordées à beaucoup d'établissements par la Banque royale a ébranlé le brillant édifice de cette prospérité un peu artificielle, le développement des fabriques de bas de soie de Stockholm ne laisse pas d'inquiéter les entrepreneurs lyonnais ^, et la diplomatie française multiplie tour à tour les menaces et les promesses de grâce pour obtenir enfin le renvoi de quelques habiles artisans du Languedoc à la présence desquels était attaché, croyait-on, le succès de cette concurrence inattendue. Cependant l'ordre de Wasa est créé pour récompenser, entre autres bienfaiteurs pubHcs, ceux qui se consacrent à l'exploitation des mines : grâce au concours d'ouvriers anglais, la Suède se trouve bientôt en état de produire et même d'exporter des aciers. Les ouvriers forment dès lors un des éléments essentiels de la population : les fluctuations du marché, les crises de chômage peuvent réduire certains d'entre eux à la mendicité ; aussi, pour éviter qu'ils ne causent du tumulte ou qu'ils ne deviennent une charge, pour tirer parti de ces forces inactives, à l'exemple de l'Angleterre, l'administration ouvre des maisons de travail (1773) ; tous les mendiants valides, chassés du domaine de la charité publique,

1. En 1760 on comptait dans le royaume 69 fabriques de soieries, qui occupaient 2.300 ouvriers.

gagneront, bon gré, mal gré, au moins de quoi ne pas mourir de faim. Dans tous les métiers le travail devient plus continu, plus intense : vingt-deux jours fériés sont supprimés comme inutiles. ^ • Quand la Suède était rattachée au Danemark par des liens d'union ou de sujétion, tout le commerce appartenait aux Hanséates ; et sans l'aide pécuniaire que lui fournirent ces riches négociants, l'énergie de Gustave Wasa n'eût peut-être point suffi à assurer la victoire du champion de l'indépendance. Mais le nouveau roi n'avait pas affranchi son pays de l'oppression politique que faisait peser sur lui un peuple de même race, pour laisser se perpétuer la domination économique d'une ligue allemande. En concluant des traités de commerce avec les Pays-Bas, l'Angleterre, la Russie, la France, il chasse de ses ports ces onéreux intermédiaires, et la marine nationale bénéficie, pour sa modeste part, de cette ouverture de relations directes avec les nations voisines : en 1559, rien que pour le commerce extérieur, elle compte déjà 62 bâtiments. Ce que le royaume exporte, ce sont presque exclusivement des matières brutes, du minerai de fer ou de la fonte grossière, du cuivre, des bois de construction i et du goudron ; ou bien les produits de ses pêcheries, de l'huile de poisson, des anguilles, des saumons conservés ; enfin les pelleteries recueilhes dans les épaisses forêts du Nord. Ce qu'il reçoit, ce sont des articles manufacturés, ou les productions d'une agriculture plus riche et de chmats plus chauds. Du Danemark, il vient du salpêtre et du houblon; d'Allemagne, des quincailleries et de la mercerie ; des Pays-Bas, des voiles, des soieries et des épiceries ; d'Angleterre, des draps et en même temps du zinc et du plomb ; de France, du sel, des vins, des eauxde-vie. Où la royauté, en revanche, abuse de son pouvoir pour desservir le commerce, aii lieu de l'aider, c'est quand,

1. Mâts, vergues et poutres taillés à la hache; aussi des bois en grume que débiteront les scieries à vent de la Hollande.

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pour subvenir à des nécessités pressantes, elle ne craint pas d'altérer les monnaies. Il eût été à souhaiter qu^elle le débarrassât des entraves particulièrement gênantes du régime corporatif, qu'elle instituât au moins dans sa capitale quelques foires libres périodiques et qu'elle ne prolongeât point hors de propos l'existence de monopoles qui décourageaient les initiatives privées. Pourtant en 1656, Stockholm, qui est devenue l'entrepôt unique et privilégié de la Baltique septentrionale, possédera sa première banque. On viendra juste alors d'instituer un sei-vice de correspondances postales, au moyen d'abord de messagers qui devaient marcher à raison de cinq kilomètres à l'heure, puis de courriers à cheval (1646).

Il faut arriver jusqu'au xviii^ siècle pour assister à un nouvel essor commercial. Oxenstiern, dans ses Mémoires, avait demandé qu'on encourageât la navigation du pays en accordant des primes aux cargais'ons exportées sous pavillon suédois ; Alstromer réussit à faire adopter en effet une législation protectrice, qui rappelle de très près la législation britannique, à laquelle précisément elle s'oppose ; il fallait éviter que la grande puissance maritime et industrielle voisine, qui avait déjà mis la main sur beaucoup de mines du royaume, n'en vînt à accaparer aussi les équipages ^. Gustave III achève cette œuvre de défense économique en accordant l'exemption de tout impôt personnel à tous les matelots employés au service des armateurs nationaux. Entre temps, les traités de commerce ont été renouvelés, avec la France notamment, qui en 1741 obtient pour ses négociants l'avantage d'être traités dans le port de Wismar comme ceux de la nation la plus favorisée. Il s'était fondé une Compagnie des Indes orientales, qui, à vrai dire, n'avait pas poussé très loin

1. Cet Acte de Navigation suédois date de 1724 ; or, tandis qu'en 1720 la marine nationale ne comptait guère qu'une centaine de navires, dis ans plus tard elle en compte oOO.

ses entreprises '■ ; Alstromer, qui en devient le président, la double d'une Compagnie du Levant, qui doit profiter du rétablissement des bonnes relations avec le dey d'Alger pour montrer dans la Méditerranée les couleurs suédoises ; il fait même acheter, au sud de l'Oréncque, le territoire de Barima, où il rêvait de fonder an établissement colonial. Sous Gustave III se crée une société du

Fig. 25. — Ancienne ferme suédoise.

Groenland pour la pêche de la baleine. L'activité des ports en tous .cas grandit ; dans l'espoir d'en faire une escale importante sur le Cattégat, on déclare Marstrand port franc, et Gôteborg, près de là, n'attend plus que le percement définitif du canal de jonction entre la mer du Nord et la Baltique pour prendre rang parmi les principaux débouchés du royaume. Le chanceher Oxenstiern avait déjà émis le vœu qu'on profitât de la proximité des

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