‹ Le travail dans l'Europe moderneChapitre 123 sur 151 · Fondée en 1731, elle subsista du moins jusqu'en · texte numérisé non relu

Fondée en 1731, elle subsista du moins jusqu'en

grands lacs du sud de la péninsule pour réunir les deux mers ; de 1744 à 1751 Fingcnieur Polhem construit la célèbre écluse de Stockholm, longue de 47 mètres et large de près de dix, qui devait rester en service jusqu'au milieu du dernier siècle. Sous le règne d'un souverain disciple des Économistes, l'assainissement de la moniiaie et le rétablissement du crédit contribuent encore à ce brillant épanouissement des affaires.

Quant à l'agriculture, les conditions générales de sol et de climat leur étaient trop défavorables pour qu'elle pût atteindre, sauf dans quelques provinces méridionales, une grande prospérité. La restauration de la monarchie nationale ne lui avait d'ailleurs pas apporté que des^bienfaits. Sans doute l'introduction de la Réforme, qui avait suivi de si près, avait allégé la terre du poids des dîmes et mis en circulation une grande étendue de biens d'Eglise ; mais Gustave Wasa avait réclamé comme biens de la couronne non seulement les bois, les fleuves et les lacs, mais toutes les pêcheries des côtes, tous les terrains com^ munaux et toutes les terres incultes. Cette extension du domaine éminent de l'Etat avait, dans beaucoup de cantons, réduit les habitants à la condition d'usufruitiers précaires, et parfois le despotique libérateur intervenait jusque dans les propriétés privées pour régler le détail de l'exploitation. Il usait mieux de sa puissance, lorsqu'il installait des colonies agricoles dans les forêts du Nordland ou lorsqu'il introduisait dans le royaume les races bovines des Pays-Bas.

Ce n'était pas quand les paysans et les gentilshommes de Suède allaient faire admirer sur tous les champs de bataille de l'Allemagne leur discipline et leur vaillance, quand le peuple entier pliait sous le poids écrasant des charges publiques, que la terre de Suède pouvait espérer recevoir des soins plus assidus : à peine peut-on dire que les besoins incessants de l'armée favorisèrent l'élevage du cheval. En revanche, la noblesse avait fait payer fortcher

ses. services : sous le règne de^ Christine surtout (1632- 1654), d'immenses dotations lui avaient été accordées sur les biens de TÉtat, et cette extension de la grande propriété nobiliaire n'avait guère favorisé le progrès de la culture. Il fallut toute l'énergie de Charles XI (1672-1697) pour accomplir l'œuvre de restitution à la couronne devenue indispensable. Tandis que la classe noble, dépouillée de ses domaines trop facilement acquis, sera obligée pour vivre de se mettre au service régulier de l'État, la plupart des terres qui ont fait retour au domaine passeront par achat aux mains des paysans, et ainsi se reconstituera cette forte démocratie rurale qui avait fait jadis la puissance de la Suède et qui forme encore aujourd'hui l'élément prépondérant de la société suédoise,

Mais, jusqu'au miheu du xviii^ siècle, cette agriculture paysanne allait souffrir du morcellement excessif des exploitations. Le territoire de chaque village était divisé en plusieurs quartiers, et chaque propriétaire possédait dans chacun d'eux plusieurs lopins : imaginez de longues bandes de terre, souvent si étroites qu'on ne pouvait y tourner avec une voiture sans empiéter sur le domaine du voisin ! Ces lopins ne pouvaient naturellement être enclos ; tous les paysans d'une même communauté étaient donc forcés de semer, de moissonner, d'envoyer le bétail à la pâture en même temps ; c'était l'exagération d'un système de servitudes collectives qui existait d'ailleurs dans la plupart des pays de l'Europe. De 1749 à 1762 des mesures furent prises pour que le domaine de chaque ferme ne comprit jamais plus de 9 lots séparés : 4 de terres arables, 4 de prés, et un de forêt. La législation continaant de faciliter les échanges de parcelles, les dernières années du siècle verront s'achever ce salutaire remembrement des exploitations rurales.

Entre temps, l'infatigable et universel Alstromer a eu le mérite de faire jailhr de cette terre assez ingrate de nouvelles sources de richesses. En 1723, il introduit la

440 LE TRAVAIL DANS l'eUROPE MODERKE

pomme de terre, qu'il rfqjporte de France, et qui bientôt couvre de vastes étendues autour des manufactures d'Alingsos ; il essaye même d'implanter jusque sous ces latitudes septentrionales une culture plus délicate, celle du tabac. Il lui a suffi d'apercevoir à la ménagerie de Chantilly des vigognes pour qu'il tente d'en acclimater l'espèce dans son pays : du moins aura-t-il réussi à y répandre la chèvre d'Angora, alors encore presque inconnue sur notre continent, les races anglaises de gros bétail, surtout les mérinos d'Espagne et du Maroc. Ainsi pour l'une de ses jeunes industries textiles la Suède aura cessé d'être entièrement tributaire de l'étranger. Puis, vers 1760, la fièvre d'agronomie (jui régnait dans une grande partie de l'Europe gagne k péninsule. Une Académie avait déjà été créée, dont le souci principal était d'étudier les propriétés du sol et d'en diriger la culture ; Wallerius publie seH Principes de chimie agricole (1775); on se lance dans les essais les plus coûteux, et quelquefois les plus inconsidérés ; mais le semoir au moins commença d'entrer dans la pratique. Le jour même de son couronnement, Gustave III fonde l'ordre de Wasa, et au premier rang de ceux à qui les nouveaux honneurs sont destinés, il place ceux qui, par leurs écrits ou par leur pratique, auront rendu de signalés services à l'agriculture. Quand, après Alstromer, il prétend naturaliser le mûrier dans son royaume, il fait à la nature une violence inutile ; mais, à côté de ces excès d'audace, combien de mesures sagement combinées pour accroître la production ! C'est la liberté rendue au commerce des grains; ce sont les domaines de la couronne affermés, pour- un terme plus ou moins long, à des entrepreneurs qui possèdent tous les moyens et toute la bonne volonté nécessaires pour en tirer le meilleur parti ; ce sont des secours, des exemptions accordés avec une habile générosité aux petits cultivateurs. Vers 1773, Ift disette ex les maladies venant de décimer les populations rurales, Gustave fait opérer dans les provinces des

distributions de lié gratuites; les campagnes sont en même temps délivrées du fléau des mendiants, et tout paysan père de quatre enfants est affranchi de toute taxe personnelle. Bientôt, sur les propriétés paysannes désormais rassemblées et affranchies des routines communautaires, la rotation perpétuelle des cultures se substitue à l'assolement triennal, et même biennal. La terre suédoise devait récompenser les efforts d'un travail toujours resté libre, et maintenant devenu plus méthodique et plus heureux ^

INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES

Geffroy. Histoire des Etats Scandinaves. 1 vol. in-16. Paris, 1851.

Allen. Histoire du Danemark (trad. 1878). 2 vol. in-8o. T. II.

La Suède. Son peuple et son histoire. Exposé historique et statistique

publié par ordre du gouvernement. 1 vol. 111-4°. Stockliolm, 1900. Geffroy. Gustave III et la cour de France,! vol. 111-8°. Paris, 1867. La Norvège. Ouvrage officiel publié à l'occasion de l'Exposition

universelle de Paris. 1 vol. 111-4°. Kristiania, 1900. BoYESEN. Histo'ry of Norway. 1 vol. in-16, 1886.

1. De loTO à 1775 la population de la Suède (comptée dans les limites actuelles) paraît avoir passé du cliiflre de 900.000 à celui de 1.923.000,

Page 1