Voir Ballot, Rev. lùsL. écon. et sociale, 1912, n
510 LE TRAVAIL DA^^S l'eUROPE MODEREE
représentent une telle somme d'affaires, ils constituent une telle force, qu'ils sont investis d'une sorte de dictature sur les centaines d'ouvriers qu'ils ont ramassées dans toute la province pour construire les hauts fourneaux et les forges de Montcenis.
En face de cette redoutable concentration patronale, les ouvriers, eux, sont condamnés à l'éparpillement. L'édit de 1776 qui supprime en France les corporations fait défense à « tous maîtres, compagnons, ouvriers et apprentis de former aucune association ou assemblée entre eux » ; en Toscane, le grand-duc Léopold jette aussi l'interdit sur toutes les sociétés professionnelles. En apparence, cette législation, qui pousse l'individualisme économique et social à ses dernières limites, tient la balance égale entre le capitaliste et le salarié ; mais en réalité, tandis que le salarié ne constitue que la plus humble et la plus impuissante des individuahtés, le capitaliste est, à lui tout seul, pour reprendre un mot célèbre, une coalition. Ecoutez en quels termes les apologistes de la hberté du travail gourmandent les chefs timorés d'une organisation capitahste trop étroite : « Un petit nombre d'hommes qui jouissent des capitaux, et qui à la faveur de leurs privilèges exclusifs retranchent la subsistance à leurs frères i, s'imaginent... y gagner beaucoup ; ils ne savent pas combien la liberté, qui redoublerait l'activité laborieuse de tous les hommes, assurerait de profits plus considérables aux capitahstes. Ils enchaînent stupidement les bras qui ne demandent qu'à travailler pour les enrichir '. » Et songez que, dans cette lutte si inégale, les plus forts ont encore pour alhée la machine, qui, sans cesse, menace d'accroître, au sein de la classe ouvrière, la concurrence, en dérobant continuellement à une partie de ses membres leur em-