‹ Le travail dans l'Europe moderneChapitre 15 sur 151 · I. — Le commerce · texte numérisé non relu

I. — Le commerce

.iî 1. — Le commerce extérieur.

Extension du cercle des relations commerciales ; fondation de Teinpire colonial britannique. — Changement dans la nature respective des

importations et des exportations ; modifications à la législation commerciale. — Développement de la marine marchande : l'Acte de navigation (1651) : les compagnies de commerce. — Les principaux ports : Londres, Bristol, Liverpool, Glasgow.

Accoutumés, ainsi que nous le sommes, à considérer l'Angleterre comme la première des puissances mondiales, nous éprouvons quelque peine à concevoir que, jusqu'à une époque très rapprochée de la nôtre, l'importance, même relative, de son commerce soit demeurée très médiocre, et que l'expansion en soit restée limitée au cercle étroit des pays voisins. C'est précisément pendant la période dont nous abordons l'étude que cette étonnante transformation s'est accomplie ^.

La France, il faut le dire, représentait une concurrence plutôt qu'une clientèle : quand elles n'étaient pas interrompues par la guerre, les relations économiques entre les deux Etats restaient, sauf à de rares intervalles, soumises à des prohibitions sévères que la situation insulaire de l'Angleterre et la jalousie du gouvernement britannique rendaient fort efficaces.. Avec les Pays-Bas les relations étaient anciennes et intimes ^ ; mais, après s'être multipliées durant la première partie du xvi® siècle, elles subissent le contre-coup, d'abord de la décadence d'Anvers, puis de la rivalité anglo-hollandaise. C'est dans un rayon plus vaste que s'accomplissent les progrès décisifs. En 1569, malgré l'opposition de la Ligue hanséatique, les Marchands aventuriers de Londres s'établissent à Hambourg. H y avait déjà~^oixante-dix ans qu'un traité conclu avec le Danemark avait ouvert au pavillon britannique la Baltique et du même coup les mers d'Islande ; et une audacieuse tentative pour trouver un passage vers les Indes par le Nord-Est venait d'aboutir à la découverte du port

1. Pom- le rythme de ce développement, voir, à la fin du volume, le chapitre des Conclusions, 2« partie,, p. 485.

2. Un premier traité de commerce en forme entre l'Angleterre et la Flandre avait été signé dès 1496.

d'Arkhangel et à l'institution des premiers rapports commerciaux directs avec la Moscovie (1533). Dès la fin du XV® siècle Edouard^IV, vrai roi marchand, avait envoyé ses propres navires trafiquer jusque dans les ports de la Méditerranée orientale, et en 1579 l'Angleterre avait obtenu la permission officielle de commercer sans intermédiaire avec l'Empire turc. Avec l'Italie, notamment avec Venise, mais aussi avec Pise et Florence, un important mouvement d'échanges n'avait pas tardé à se produire. Au milieu du XVII® siècle, la longue lutte engagée avec la catholique Espagne prend fin ; l'Angleterre obtient de son adversaire de la veille l'avantage d'être traitée comme la nation la plus favorisée, et le traité de Methuen (1703) allait transformer le Portugal en un domaine privilégié du commerce anglais.

A cette date il y aura longtemps que celui-ci aura franchi les bornes de l'Europe, A la fois par l'Asie Mineure et par la Moscovie les négociants de la petite Angleterre ont atteint la Perse et les confins des Indes. Par la voie plus détournée, mais moins pénible, sinon moins périlleuse, du tour de l'Afrique, des relations |)ius suivies se sont nouées avec ces régions de richesses prodigieuses. Une princesse portugaise a apporté en dot à Charles II le comptoir de Bombay (1664), et sur la côte opposée de r Hindoustan, la fondation de Madras (1639), puis de Calcutta (1652), assure déjà au grand Commerce britannique de précieuses bases qui lui permettront d'entreprendre plus tard* la conquête du pays ; dès 1608 des bâtiments anglais avaient atteint lesMoluques. L'Afrique est entamée. Quelques factoreries sont fondées au passage sur la côte de Guinée, et au xviii® siècle elles expédieront vers l'Amérique espagnole d'importantes cargaisons d'une marchandise dont l'Angleterre, en 1713, se sera réservé la fourniture, savoir : Vassiento, les esclaves nègres; tandis que le vaisseau de permission^ qu'elle a acquis le droit de laisser stationner à Porto-Bello, ressemble à un

réservoir inépuisable et lui permet d'entretenir avec les vastes colonies castillanes une fructueuse contrebande. Entre temps, grâce aux boucaniers et à Cromwell, elle a su prendre sa belle part des Antilles i. Dans le nord du Nouveau-Monde Sébastien Cabot a découvert pour elle Terre-Neuve, et Walter Raleigh, un siècle plus tard (1584), a fondé la Virginie. De hardis pionniers, fuyant une intolérante métropole, ont créé sur l'autre rive de l'Atlantique une Angleterre nouvelle (1620-1640), qui s'agrandira aux dépens de la Nouvelle-Amsterdam d'abord, de la Nouvelle-France ensuite; depuis l'estuaire du Saint- Laurent jusqu'aux Grands-Lacs et jusqu'au Mississipi un grand empire anglais va se constituer - dont les douze cent mille habitants seront plus ou moins étroitement rattachés à l'Etat dont ils ont essaimé ou qui les a soumis à sa grandiose domination.

En 1763, après la signature du traité de Paris, qui lui donne le Canada et une grande partie de l'Inde, l'hégémonie de la Grande-Bretagne s'étendra sur toutes les mers de la planète ; or, avant même de recueillir ce triomphal bénéfice de la guerre de Sept-Ans,en un demisiècle, son commerce extérieur avait déjà doublé.

Cette magnifique expansion commerciale est accompagnée d'un changement progressif et profond dans le caractère des marchandises qui en forment les éléments, et dans l'esprit de la législation qui prétend en régler le sens et le jeu. L'Angleterre avait été jusqu'au xv^ siècle grande exportatrice de produits bruts : étain, laines et grains. Or, si la Cornouaille continue d'expédier à l'étranger une notable portion du produit de ses mines, dès les premières années du xvi^ siècle l'exportation des laines anglaises, surtout à destination des Flandres, est interdite ; et pendant plus de 250 ans, quelle que soit la diver-

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