Occupation de la Jamaïque en
2. Voir dans la même Collection le volume sur Le travail en Amérique.
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site des régimes politiques qui se succèdent, malgré les protestations des éleveurs, la prohibition est strictement maintenue : pour arrêter les progrès de la contrebande n'ira-t-on pas, sous George III, jusqu'à défendre de tondre les moutons à, moins de cinq milles de la côte ?
Il est vrai que, pendant la même période, l'exportation des grains est encouragée. Alors que Henri VII et Henri VIII l'avaient de parti pris défendue, Elisabeth l'autorise dans de certaines circonstances; dès 1663 ce commerce jouit d'une liberté permanente, et à partir de 1690, en vertu d'un système renouvelé d'ailleurs du xv^ siècle, il bénéficie de primes graduées suivant les cours. Tout de même, au bout de 80 ans, l'accroissement de la population, joint à une série de mauvaises récoltes, provoque l'abolition de ce régime ; et d'ailleurs il importe de noter ([ue les gratifications accordées aux exportateurs avaient plutôt assuré le relèvement, ou tout au moins le maintien des prix sur le marché intérieur, qu'un accroissement considérable de l'exportation effective.
L'exportation qui a vraiment grandi, d'une manière décisive et durable, est celle des produits manufacturés, en particulier celle des draps. Au xvi^ siècle, ce sont des articles à demi apprêtés ou grossiers que l'Angleterre envoie à Anvers, à Bruges, ou à Hambourg ; mais bientôt ses draps ont acquis assez de finesse et assez de renommée, non seulement pour envahir le marché réservé du Portugal, mais pour disputer aux draps de France les débouchés du Levant. L'industrie drapière est devenue ainsi l'une des sources les plus abondantes de la richesse nationale, et l'on ne craint même pas, quelquefois, de lui sacrifier les intérêts du revenu foncier.
Les lois relatives aux importations traduisent avec une égale netteté l'évolution d'un Etat qui, sans cesser d'être une nation agricole, incline de plus en plus à devenir une puissance industrielle. Les denrées que le sol britannique ne peut' fournir et dont le progrès général du
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bien-être et du luxe tend à accroître sans cesse l'usage, les vins de Portugal, les épiceries des Indes, on les laisse entrer en franchise. En revanche, du milieu du xvii^ siècle au milieu du xviii^ environ, l'introduction des grains est soumise à des droits plus ou moins élevés, et, pendant, vingt-cinq ans tout au moins (1660-1685), le royaume s'entoure d'infranchissables barrières contre laconcurrence des produits de l'élevage irlandais. Mais ce sont aussi les draps de l'Irlande que l'on repousse ; de tous les produits français, ceux que l'on écarte avec le plus, d'obstination, ce sont les tissus : les toiles écrues, par exemple, qui en 1700 sont frappées de droits s'élevant à 70 p. 100 de leur valeur. En dépit des nécessités de la mode et des réclamations du goût public, la prohibition des cotonnades d'Orient, que soutient la coalition des éleveurs de moutons et des entrepreneurs drapiers, dura officiellement plus d'un demi-siècle (1721-1774). C'est l'époque où l'on voit les tanneurs se joindre aux propriétaires de forêts pour faire interdire toute importation de fer en barre, fût-ce en provenance des colonies anglaises.
Pourtant, au milieu de tant de dispositions qu'inspire tantôt l'intérêt traditionnel de l'agriculture, tantôt l'intérêt nouveau et grandissant des manufactures, une autre pohtique, non moins restrictive, d'ailleurs, se fait jour, qui recherche avant tout les bénéfices propres du trafic, et qui tend à faire de l'Angleterre un vaste entrepôt universel : c'est ainsi que l'on obhge les produits des colonies d'Amérique, le tabac, le riz, le coton, le sucre, destinés au continent européen, à passer par la métropole.
Aussi un spectacle plus brillant encore que le développement du commerce extérieur britannique est celui que nous offre l'essor de la marine marchande. Jusqu'à la fm du moyen âge, l'Angleterre avait eu beau être une île, la majeure partie du trafic qu'elle entretenait avec les autres pays passait par les mains d'intermédiaires
étrangers, Lombards, Florentins, Hollandais, surtout les Hanséates. Mais au xvi^ siècle, l'intérêt public se tourne vers ce nouvel objet de profit; la nécessité de se prémunir contre les agressions étrangères fait ressortir l'utilité d'avoir des matelots, et, en 1651, le fameux Acte de navigation de Cromwell, que renforceront à l'envi les gouvernements issus de la Restauration (1660-1663-1672)1 et de la seconde Révolution (1696), annonce le dessein de conquérir pour le pavillon national. da»s l'immense domaine des mers, une place d'honneur. Que les navires anglais soient désormais seuls autorisés à transporter dans le royaume les marchandises que les nations productrices n'y porteront point elles-mêmes, c'est trop peu encore ; on encourage par des gratifications les grands armateurs, aussi les exportateurs de grains, qui assurent à ceux-ci un fret de départ avantageux. Afin que les constructeurs ne manquent point de matériaux, de chanvre par exemple pour les cordages, on encourage les sujets des colonies à leur en fournir. Afm qu'ils recrutent sans peine leurs équipages, on fait avec les enfants trouvés des mousses, on facilite la naturalisation des matelots étrangers, on promet des secours aux marins ^'ieilLis ou infirmes, aux veuves et aux orphelins de ceux qui auront péri en mer. Pour achever de donner confiance aux entrepreneurs de la nouvelle industrie nationale, de puissantes escadres de ligne exercent à leur profit la police des océans, et moyennant le paiement d'une prime modique, un ingénieux système d'assurances les protège même contre l'instabilité des éléments. L'Etat d'ailleurs prend soin d'éclairer par des phares les parages les plus dangereux du littoral et d'améhorer les cartes marines ; il creuse et agrandit les ports et interdit aux navires de jeter leur ballast à proximité des chenaux d'accès.
Au début le gouvernement a même cherché à favoriser
1. Tout vaisseau battant pavillon anglais doit désormais tHre conduit par un capitaine anglais et un équipage en majorit*i anglais.
G. Re.nakd et Wellersse. G
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le commerce maritime en conférant à certaines sociétés de négociants des privilèges plus ou moins étendus. Henri VII accorde aux Marchands aventuriers une protection officielle. Elisabeth inaugure l'ère des compagnies exclusives : ces institutions n'offrent-elles pas le triple avantage de régulariser le commerce, de faciliter la perception des droits de douane et de réduire les risques inhérents aux expéditions lointaines ? La Compagnie des Indes orientales obtient dès sa fondation, en 1599, un monopole de quinze années, que l'on déclare perpétuel en 1609, et qui, un siècle plus tard (1708), deviendra absolu. Deux autres compagnies, fondées sous le même règne, la Compagnie de la Russie et la Compagnie de la Baltique, sont également investies d'un monopole plus ou moins strict ; tel est aussi le cas des Compagnies de Guinée, du Levant, de la mer d'Hudson et des Mers du Sud^ qui sont successivement établies sous les Stuarts.
Dès l'origine, pourtant, ce système a provoqué les résistances les plus vives : les « interlopes » n'ont cessé de réclamer leur part du commerce de l'Extrême-Orient; et comme c'étaient les marchands de Londres qui s'étaient fait réserver le droit de trafiquer avecIaMoscovie, les négociants des autres ports protestent violemment contre l'exclusion dont ils sont victimes. Sous la République, le commerce extérieur redevient à moitié libre : de nouvelles compagnies se fondent, destinées d'ailleurs, presque toutes, à périr ou à se fondre avec les anciennes. Après 1689 il ne s'en créera plus, et la plupart de celles qui existaient se maintiendront avec peine : on commence à penser que les monopoles restreignent le commerce, au lieu de le développer, et qu'en dehors peut-être du commerce exotique, il eèt préférable de laisser la concurrence s'exercer sous la tutelle d'une législation libérale. Dès 1698 la Compagnie de Guinée monnaye son privilège :