Sud-Atlantique et Sud-Pacifique
elle autorise les simples particuliers à visiter ses comptoirs moyennant le paiement de certains droits; en 1750 elle se transforme en une association libre, où les négociants de tous les ports anglais indistinctement pourront entrer en acquittant une cotisation. En 1753 le monopole de la Compagnie du Levant prend fin. Jamais d'ailleurs, remarquons-le, le gouvernement n'avait accordé à ces diverses entreprises la moindre subvention : elles s'étaient constituées uniquement avec des capitaux privés, fournis soit par des groupes d'actionnaires, soit par les marchands eux-mêmes.
En tous cas, que ce fût l'œuvre des compagnies ou des entreprises individuelles, au bout de deux siècles, le progrès accompli était éclatant. Les flottilles de pêcheurs des Cinq-Ports de la Manche qui avaient repoussé Vlnvincible Armada n'étaient, certes, point capables de conquérir la supériorité, même commerciale, sur les Océans; pourtant Elisabeth avait pu réunir quinze mille marins et Londres avait déjà fourni 38 vaisseaux. Sous ce grand règne, les Hanséates, qui venaient à peine de perdre leurs exorbitants privilèges, abandonjient le Marché aux fers qu'ils avaient si longtemps possédé dans la métropole britannique ; et tandis que les baleiniers de l'Angleterre voguent de plus en plus nombreux vers les mers arctiques, ses négociants n'attendent plus que les Vénitiens leur apportent jus.que chez eux les produits de l'Italie et du Levant ; guidés par des pilotes marseillais, ils ont appris à visiter eux-mêmes les ports de la ]Méditerranée. Puis, pendant près d'un siècle, nous l'avons vu, c'est la Hollande qui jouit de la suprématie maritime : en 1603, les Anglais n'envoient dans la Baltique que cent vaisseaux, et leurs rivaux en envoient trois mille ; en 1694, ils sont encore obligés de défendre contre ces redoutables concurrents la pêche dans leurs propres eaux. Mais la puissance néerlandaise touche à son déclin ; déjà ce sont des navires anglais qui introduisent en France les vins
d'Espagne et les huiles d'Italie, et ils prennent une part de plus en plus large au cabotage sur nos côtes. Les guerres du milieu du xviii<^ siècle mettront presque un terme à la rivalité française et consacreront l'hégémonie britannique.
Le développement des entreprises maritimes se traduit naturellement, dans une île qui offrait tant de facilités pour leurétabhssement, parla multiplication des ports. De Yarmouth à Plymouth s'échelonnent les ports de pêche de la Manche, auxquels il faut joindre ceux du Gheshire et de rUlster sur la mer d'Irlande. En arrière de Tîle de Wiglit, Southampton perd le commerce des Vénitiens, mais trouve une compensation dans le trafic de la poudre d'or et de l'ivoire avec les comptoirs de la Guinée. Boston sur le Wash, et Hull sur le Humber profitent de l'intervalle qui sépare la décadence des Hanséates de l'expansion hollandaise pour étendre leurs relations dans la Baltique i. Mais Londres reste de beaucoup la place la plus considérable de l'Angleterre orientale et méridionale, et même de tout le royaume. C'est elle qui a le plus directement profité de la décadence d'Anvers, dont elle a recueilli en grand nombre les négociants fugitifs. Au commencement du xvii^ siècle, avant l'extraordinaire et éphémère croissance d'Amsterdam, elle est le principal marché de l'Europe pour les produits de l'Orient et de l'Extrême- Orient. Décimée par la peste, aux trois quarts détruite par un incendie, elle se repeuple et se rebâtit plus belle, plus saine, plus sohde"^ . Non qu'elle soit devenue déjà une brillante métropole : vers -1680, la proposition de mettre une lanterne toutes les dix maisons passe pour une innovation hardie ; les rues mal pavées, ayant en leur milieu un ruisseau qui devient à chaque averse un torrent,
1. Au commencement du xviii» siècle, Hull sera le principal centre d'exportation des grains et d'importation des fers.
2. La première compagnie moderne d'assurances contre l'incendie paraît s'être fondée à Londres en 1710.
sont bordées de maisons non numérotées d'où pleuvent
souvent des ordures, et des coqs de bruyère sont tués sur l'emplacement de Regent's Street ; mendiants et filous
occupent des quartiers où ils sont maîtres et seigneurs. Mais dès 1685 elle a dépassé sa nouvelle concurrente de l'autre rive de la mer du Nord ; la part de son tonnage dans le commerce total de l'Angleterre, supérieure à celle qu'elle détient aujourd'hui, est de plus du tiers ' ; elle compte plus d'un demi-million d'habitants : c'est dès lors la capitale la plus populeuse de l'Occident.
Au xviii*^ siècle, cependant, par suite de l'extension du commerce avec le Nouveau-Monde, ce sont les ports de l'Ouest qui grandissent le plus. Bristol avait commencé de prospérer au xiv^ siècle, quand s'étaient nouées des relations intimes avec l'Aquitaine, puis sous les règnes d'Ehsabeth et de Jacques I^'', quand la colonisation de l'Irlande d'une part, les expéditions de pêche à Terre- Neuve et en Islande de l'autre, s'étaient développées\ En 1685, avec 29.000 habitants, elle occupe le second ' rang ; c'est là que par centaines s'embarquent les artisans à destination de la Nouvelle-Arîgleterre, recrutés par un système de presse qui ressemble à une traite des blancs. Bientôt elle concentre les sucres qu'expédient la Virginie et les Antilles', et s'emploie à les raffiner ; la passion du grand commerce y gagne jusqu'aux petits boutiquiers, qui n'hésitent pas à envoyer leur humble pacotille aux Indes occidentales. Liverpool, qui au temps de Charles pr n'était qu'une « crapaudière », et au temps de Charles II un modeste bourg de quatre à cinq mille habitants, s'est érigé, un siècle plus tard, en entrepôt des cafés et des cotons ; ce sont ses négociants qui redistribuent ces deux articles en Hollande, en Allemagne et dans les pays de la Baltique; ce sont ses armateurs qui s'enrichissent en exploitant le triste privilège de Vassiento et qui profitent aussi de la contrebande avec l'Amérique espagnole. Dans le même temps Glasgow, qui
1. Soit 70.000 tonneaux. C'est moins du quart du tonnage actuel de Newcastle.
2. C'était à Bristol que s'étaient embarqués les frères Cabot.
bénéficie de runion de l'Ecosse avec l'Angleterre (1707) S devient le grand marché des tabacs de l'Amérique du Nord. Ce déplacement relatif de l'activité maritime est une conséquence lointaine des grandes découvertes géographiques accomplies deux siècles et demi auparavant.