Macaulav
l'a>'^leterre 143
une vive reprise du mouvement de concentration agricole et d'appropriation exclusive qui avait paru s'arrêter au temps d'Elisabeth. Déjà Flattes fait ressortir quelle supériorité la culture individuelle possède sur l'exploitation communautaire, et quels avantages le cultivateur retirerait d'une bonne clôture qui le mettrait à l'abri do toute incursion. En 1692 un tiers du royaume est encore occupé par des communaux, et dans les deux autres tiers la majeure partie des champs sont restés soumis aux servitudes de Vopen field, notamment à la vaine pâture. Dans l'intervalle des deux dates fixées par la coutume, l'une pour la moisson, l'autre pour les labours, le propriétaire cesse d'être le maître de sa terre : tout le bétail du canton a le droit d'y pénétrer. Tant pis pour le cultivateur attardé ou trop pressé ! Il n'a qu'à ne pas enfreindre les lois de la routine. Craint-il que le troupeau du voisin, en se mêlant à ses propres bêtes; ne leur apporte des germes de maladie; il n'a pas le droit de l'écarter. Les règles de l'assolement traditionnel s'appliquent uniformément à toute la paroisse : le cultivateur assez audacieux pour pratiquer la rotation continue s'expose à voir traiter le carré de luzerne ou de navets qui fait tache au milieu des vastes jachères exactement comme si c'était une friche. Veut-il se plaindre, ce sont des procès sans fm qu'il lui faudra soutenir.
De bonnes haies, au contraire, écarteraient toutes ces difficultés, préviendraient tous ces dégâts ; elles arrêteraient à la lisière du champ bien cultivé l'invasion même des mauvaises herbes qui recouvrent les terrains négligés du voisinage; elles rompraient l'effort brutal des vents, atténueraient l'ardeur parfois excessive du soleil ; surtout elles rendraient à chaque exploitant la pleine liberté d'exercer son initiative et d'en recueillir les fruits. Aussi, sous le règne de la reine Anne, le Parlement, accablé de sollicitations par les propriétaires, recommence à accorder des autorisations d'enclore ; mais c'est sur-
tout à partir de l'avènement de George III (1760) que les actes d'enclosure se multiplient. Entre le commencement et la lin du siècle on estime à trois millions d'acres i la superficie qui aura été clôturée; et cette grande transformation se poursuivra d'une manière continue jusqu'en
Mais à quoi eût-il servi d'autoriser les particuliers à fermer leurs champs, si les exploitations, morcelées à l'infini, restaient inextricablement enchevêtrées, et si les communaux demeuraient ouverts à tous ?. Pour assurer le succès de la culture intensive il fallait procéder à une redistribution générale des terres dans chaque township^, qui envelopperait à la fois les commons et Vopen field. Telle est en effet la procédure adoptée par le Parlement au xviii^ siècle ; et les partages de communaux, comme les échanges de parcelles entre propriétaires de « champs ouverts », sont réglés de telle façon qu'ils favorisent toujours la grande propriété aux dépens de la petite. Très souvent les petits propriétaires, mécontents du nouveau lot qui leur a été assigné, préfèrent le céder à leur riche voisin. Ainsi finissent par se constituer de vastes domaines d'un seul tenant, qu'il sera à la fois fort aisé et très profitable d'enclore : ce seront les terres promises de la nouvelle agriculture.
A moins que les dimensions n'en soient par trop vastes, le maître qui les aura en quelque sorte composées de toutes pièces se gardera bien d'en démembrer l'exploitation entre plusieurs fermiers. Ceux qu'il aura trouvés étabhs sur les divers lambeaux de son nouveau patrimoine, il les congédiera : on a calculé que de 1740 à 1788 le nombre des fermes avait subi la diminution formidable de quarante à cinquante mille unités. C'est que les « réunions de fermes » permettent d'éviter les doubles emplois