‹ Le travail dans l'Europe moderneChapitre 38 sur 151 · I. — Commerce · texte numérisé non relu

I. — Commerce

§ 1. — Commerce extérieur.

Elargissement du cercle des échanges. — Prédominance de Texportation agricole ; accroissement de l'exportation manufacturière ; législation douanière protectrice de l'industrie. — Les encouragements à la marine nationale ; les Compagnies de commerce : principales causes de leur échec : les vicissitudes du commerce maritime français. — Les grandes places du commerce extérieur.

A travers cet espace d'environ trois cents ans que nous avons à parcourir, il est facile d'observer que les relations économiques entretenues par^ la France avec l'étranger deviennent plus intimes, en même temps que le cercle de son commerce extérieur s'élargit.

Au xvi*^ siècle la monarchie espagnole, qui pendant quelque temps englobe le Portugal, s'est annexé un immense empire. Ses expéditions, ce ne sont plus seulement les productions du territoire ibérique, comme les raisins ou les laines, mais les produits des tissages flamands et les épiceries d'outremer. Bientôt, d'autre, part, le Nouveau-Monde espagnol et la métropole elle-même, à demi ruinés par l'excès d'une richesse trop facilement acquise, offrent, directement ou indirectement, à l'agriculture, aux diverses industries, aux pêcheries françaises, un dé-

G. Renard et Weilersse. * 11

bouché chaque jour plus large. Sans même compter l'importante contrebande qui s'opère avec l'Amérique du Sud par Saint-Domingue, on estime que vers 1650 la part de la France dans le commerce des Indes espagnoles s'élève à environ douze millions sur quarante. Au xvii^ siècle l'Espagne a beau se trouver presque constamment notre ennemie, elle est notre meilleure cliente.

, Pendant la même période, l'Italie rivalise avec elle pour l'importance des échanges qu'elle effectue sur lo marché français. Venise est en décadence ; mais Milan, Florence, Rome la remplacent pour l'importation, sinon des épices, du moins des soieries. Il est vrai que la France perd le bénéfice du transit entre la Méditerranée occidentale et l'Europe du Nord-Ouest. Lorsque Henri III, en 1585, prétendit faire passer par la douane de Lyon toutes les marchandises en provenance de celle-ci et à destination de l'Itihe ou du littoral oriental de l'Espagne, la Flandre et l'Angleterre créèrent des lignes de navigation vers les deux péninsules méditerranéennes, et la route de terre entre l'Italie septentrionale et la mer du Nord évita désormais le territoire français, pour emprunter celui de la Savoie, de la Franche-Comté, de la Lorraine et du Luxembourg ^.

En revanche, le développement des transactions) franco allemandes est à peu près continu. En échange de leurs cuirs et de leurs quincailleries, les pays germaniques, où la richesse commence seulement à se répandre, achètent chaque année davantage à la France ses étoffes de luxe et ses bijoux. Les Hanséates, avec lesquels Henri IV conclut un traité (1604) qui sera périodiquement renouvelé, viennent chercher dans ses ports, pour les conduire à Hambourg, à Lubeck, à Dantzig, à Riga, les produits de ses vignobles et de ses salines, des étoffes, du papier, des épices. Les Etats Scandinaves échangent également

Page 1