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LA FRAISCE 163

leurs bois et leurs goudrons contre les sels, les vins et les eaux-de-vie du royaume : l'effet des traités de commerce conclus avec la Suède et le Danemark (1604) n'est point contrarié, au contraire, par les combinaisons politiques \

L'histoire des rapports de la France avec les Provinces- Unies est en revanche pleine de vicissitudes : dans la deuxième moitié du xvii^ siècle, l'amitié fait place à une hostihté réciproque qui entraîne jusqu'en 1713, c'est-àdire presque jusqu'au déclin de la prospéi'ité hollandaise, l'interruption, à peu près complète, au moins du trafic officiel. De même, du côté de l'Angleterre, les intentions Hbérales et conciliantes que manifeste à plusieurs reprises (1606 et 1713) le gouvernement français sont contrecarrées par l'exclusivisme jaloux du Parlement et de l'Administration britanniques. Mais malgré tout, qu^nd le» deux Etats cessent d'être en guerre, le mouvement d'échanges qui, par la nature des choses, s'est établi entre eux, ne cesser de grandir, et pendant les hostilités même une active contrebande triomphe des prohibitions.

Avec le Levant la France du xvi^ siècle entretient un commerce aussi considérable qu'avec l'Italie ou avec FAllemagne. Le traité d'affianee conclu en 153& ewlre François I^i" et Solïman donnait à tous les Français établis dans l'Empire ottoman le droit, de faire trancher leurs différends civils au commerciaux par leurs propres consuls et suivant leurs propres lois : les négociants de presque toutes îes autres naiions européennes devaient eux-mêmes accepter la juridiction supéri^eure des consulte de France. En dépit dfes abus commis par ces agents (qui. se conformant trop bien aux mœurs de FOrrent, n'hésitèrent pas à se procurer parfois d'^illicites revenus aux dépens des naftianaux qu'ils étaient censés pto-téger),

1. Sous le ministère de Richelieu, le Danemark consentit à abaisser de 5 p. 100' à 1' p. 100 les droits p«rçTï» sttr Ite» prodtrilis fran'ç&is au passage du Sund.

malgré la concurrence des Hollandais, puis des Anglais^ le commerce français prospère avec les Echelles de la Méditerranée orientale. Chypre et la Grèce envoient leurs vins ; l'Archipel ses éponges ; l'Asie Mineure, par Smyrne, Alexandrette, Tripoh ou Beyrout, ses figues, ses tapis, ses soies et ses cuirs ouvragés : en retour ces pays reçoivent de France argent, draps et bonneterie.

Avec la Barbarie la fondation du Bastion de France, en 1560, a marqué l'ouverture de relations régulières, que favorise bientôt l'exode en Bas-Languedoc des Juifs chassés d'Espagne. En Tripolitaine on va chercher les plumes d'autruche ; en Tunisie, des huiles ; en Algérie (depuis 1603), du corail et des blés ; au Maroc, des cuirs et des laines.

Dans l'Amérique du Nord se fonde la Nouvelle- France ; et tandis que les voiliers de Normandie et de. Bretagne Vont pêcher la morue sur le banc de Terre-Neuve, le Canada expédie à la métropole ses pelleteries. Ses colons, dont le nombre s'élèvera jusqu'à quatre- vingt mille, s'y approvisionnent de denrées et de « manufactures » ; et quand ce débouché se fermera, l'affranchissement des Etats-Unis en ouvrira un nouveau, dont l'industrie, française ne saura d'ailleurs pendant longtemps tirer qu'un médiocre parti. Dès le milieu du xvii^ siècle, grâce aux flibustiers, sept mille Français sont établis aux Antilles ; jusqu'à la fm de la monarchie, les « îles » fourniront une variété sans cesse croissante de produits exotiques ; et elles demandent, sans parler de la maind'œuvre nègre que l'on va pour elles chercher sur les côtes de Guinée, tous les articles indispensables à la subsis- 'tance de leur population blanche l Des Indes Orientales non plus le commerce français n'est pas absent : les comptoirs de l'Hindoustan envoient le poivre de Java ou du Malabar, la cannelle de Ceylan, les cotonnades

1. Celle-ci, pour Saint-Domingue seulement, s'élèvera jusqu'au chiffre de ii.OOO.

« indiennes », la muscade et le girofle des Moliiques, même le thé et les soieries de Canton.

Ainsi, dès le « grand siècle », le commerce français a pris, comme nous dirions aujourd'hui, un caractère mondial. Richelieu obtient pour les marchands du royaume la permission de traverser la Moscovie quand ils se rendent en Perse et en Tartarie. Colbert demande pour eux au Sultan le privilège du transit entre la Méditerranée et la mer Rouge, et il combine les entreprisçs des deux Compagnies du Levant et des Indes Orientales en vue de ramener, si possible, à Alexandrie le centre du commerce indo-européen. Des négociants hardis conseillent à Louis XIV d'occuper l'Egypte, voire de rouvrir par un canal la communication directe entre l'Asie et l'Europe. Tournons les yeux vers un autre hémisphère, découvert de la veille, encore à demi ignoré. Pendant que la France semble sur le point de sombrer dans les désastres de la guerre de la succession d'Espagne, nos marins n'en continuent pas moins de traverser, du détroit de Magellan aux mers de Chine, les solitudes du Pacifique, pour rapporter directement à Saint-Malo ou à Port-Louis les éblouissantes broderies exotiques. Du commencement du règne de Louis XV à la fm de la monarchie absolue, le trafic avec l'Extrême-Orient augmente dans la proportion de un à six, et dans le même temps le commerce avec l'Europe aura plus que quadruplé. Près dé soixante années s'écouleront après 1789 avant que le commerce extérieur total de la France atteigne de nouveau — pour le dépasser, il est vrai, rapidement — le chiffre auquel il s'est élevé dans les dernières années de l'Ancien Régime.

Quels sont les principaux articles de ce vaste commerce extérieur ? Et comment la législation royale intervenaitelle pour modifier le jeu naturel des exportations et des importations ?

Dans l'ensemble de la période qui nous occupe, la France reste principalement un pays rural : en 1787, le chiffre

de ses exportations agricoles, en y comprenant il est vrai les réexportations d'origine coloniale, dépassera encore d'un quart celui de ses exportations manufacturières i. Parmi les productions du sol, ce sont surtout les vins qu'elle expédie à l'étranger ; bien qu'il n'ait pas su les affranchir du régime onéreux et vexatoire des aides, le gouvernement n'a cessé d'en encourager la sortie ; il a même été jusqu'à lui subordonner, par exception, les intérêts de l'exportation industrielle. Le royaume fournit également aux pays du Nord, dont le ciel brumeux ne permet guère plus l'évaporation des salines que la maturation du raisin, de grandes quantités de sel marin. ]Les prunes sèches de l'Aquitaine ou pruneaux, et les huiles d'olive de la Provence, trouvent aussi un marché en Angleterre, en Ecosse, en Flandre.

Quant aux céréales, l'exportation en est intermittente. Non pas que la clientèle fasse défaut : l'Espagne et le Portugal en sont souvent à court ; mais le blé est un ahment trop précieux, et la récolte en est trop variable. Le commerce reste, en somme, soumis à une police prohibitive, renouvelée de l'ancienne réglelnentation féodale ou municipale, dont l'esprit était foncièrement hostile à toute exportation, surtout à celle des denrées : par crainte de la famine, les grains ne peuvent sortir du royaume qu'aux époques de surabondance. Si 1' « extraction » est momentanément autorisée par les ordonnances de 1534 et 1539, si elle reste libre et franche de 1601 à 1625, le tarif de 1664 la soumet à une lourde taxe (22 livres par muid) ; à partir de 1693, elle est interdite en principe, sous peine des galères, voire sous peine de mort (1710) ; et sauf un très court intervalle pendant le ministère de Ghoiseul (aux environs de 1764), elle restera presque constamment défendue jusqu'à la fm de l'Ancien Régime.

En ce qui concerne enfin les matières premières, lorsque

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