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L'ESPAGNE ET LE PORTUGAL

§ 1. — L'Espagne

Résumé de son évolution politique. — Brève période de prospérité ; causes de décadence. — L'avantage des facilités nouvelles offertes au commerce national est compromis par les exigences de la fiscalité royale. — Floraison éphémère de l'industrie : absence d'esprit économique ; invasion des produits et des producteurs étrangers. — La prospérité agricole est détruite par l'expulsion des Maures, par l'extension de la grande propriété, par les faveurs accordées à l'élevage des moutons, par la politique fiscale et commer- <;iale du gouvernement. — Dépopulation ; appauvrissement général : xnisère des ouvriers. — Relèvement partiel du royaume au xvin» siècle.

L'histoire de l'Espagne, dans l'époque que nous étudions, peut se diviser en trois périodes : la première, de grandeur et de puissance qui dure environ jusqu'au dernier tiers du xvi^ siècle ; la seconde, de décadence qui se prolonge jusqu'au tiers du xviii^; la troisième, de demirelèvement qui remplit la fm de ce même siècle.

Au début de l'ère moderne, l'Espagne possède en Europe de vastes territoires ; elle déborde les Pyrénées ; elle encercle la France de toutes parts ; elle a en Italie des domaines et des prétentions considérables ; elle est fière de son infanterie, qui passe pour la première du monde. Unie à l'Autriche, sous le -règne de Charles-Quint, elle menace l'équihbre européen. En même temps, elle conquiert par delà les mers des colonies immenses d'où lui viennent des galions chargés d'argent. Elle jouit d'un prestige qui s'amoindrit quelque peu, lorsque Philippe 1 1 «uccède à l'Empereur-roi, son père. Mais la cour du non-

veau souverain est encore la plus luxueuse et la plus cérémonieuse de toutes. Lui-même se pique d'être le défenseur de la chrétienté contre les Musulmans et c'est son frère, don Juan, qui gagne sur eux la bataille navale de Lépante (1571). Il entend être aussi le champion de la restauration catholique ; il lance comtre l'Angleterre la fameuse et malheureuse expédition de la grande Armada ; il met la main sur le Portugal ; U rêv« un instant de s'emparer du trône de France ; il s'efforce d'établir aux Pays- Bas sa domination sur les consciences et sur les antiques libertés. Pendant que Madrid est ainsi le centre d'une pohtique aux ambitions démesurées, tes lettres, les arts y brillant d'uji éclat iatease. Cervantes, Lo^pe d-e Vega, Calderon, Velasquez, RLbera, pour n'en pas citer d''a'utres, sont e>n leur genre aussi Tem.arquabl€6 qu'Ignace 4e Loyola ou sainte Thérèse dans le feur, et attefft'ent la fécondité créatrice dont leur race >esit -alors doiitée. Les modes espagnoles pénètrent dans la hatite société d-e tous les pfays voisins. L'Espagne est, on peut le dire, pendant près de cent ans, la nation domdflîMite, -oefe 'que l'on admia'e et imite, q^e l'on redoute et oombat.

L'fte ptareilk floraison «eût été imapessible, si elle n'avait été précédée ou accom^gnée d'un vigoureux développement économique et, en effet, l'Espagne est loin d"être alors le pays pauvre et Fiadmé que î'aflaaaginatioosL, portée à projeter /le pré*^ent daî*s le passé, se repréeeiate trop volontiers.

Elle est riche de numéiraire ; ses doulDlons, qui im servent à achete-r des alliés, à payer des flottes et des soîldats, sont répandais dans l'Europe entière; les naines du Mexique et du 'Pérjou lui fournissent, 'bon an mal an, depuis 1545, 300.000 kilo^animes d'arg«nt.

Suivant sa, dmoMe pente, elle a sur t' Atlantique Cadix et une markie ; ■eEe a sur la Méditearanée Barcielone et une autre mariwe. Elle oommence tpar être «ocn-edMante poaflr îes inanTPres des a^atires nations : Ferdinaïad et îsa-

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belle ont aboli ce barbare -droit de bri«, qui livrait les épaves d'un vaisseau naufragé aux habitants -de la plage

voisine et rendait les rivages 'es-pagnols presque aussi •redoutables q^K^ les- côtes occuf)ées par les pirates barba- •resques :; ils «exemptent mênasede tous droits les bâtiments étPâiagers «cfBd reilâcheroait 4ans leurs rports sa^s y em-

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barquer ou y débarquer de marchandises. Mais l'Espagne entend favoriser ses propres vaisseaux et ses armateurs nationaux. Un édit de septembre 1500, analogue à l'Acte de navigation que promulguera plus tard Cromwell, interdit à tous marchands, de nationalité espagnole ou autre, de confier aucune cargaison à des étrangers, lorsqu'ils ont à leur disposition un navire battant pavillon royal. De fait, pendant une centaine d'années, la marine espagnole connaît une réelle prospérité ; au commencement du xvi^ siècle, elle atteint le chiffre de 1.000 bâtiments. Barcelone continue d'entretenir des relations précieuses avec Alexandrie, Naples, la Sicile, les Etats barbaresques eux-mêmes ; et si elle voit peu à peu son champ d'action se réduire, c'est sans doute à cause des pirateries turques, mais c'est aussi et surtout à cause des découvertes transocéaniques qui vont offrir à l'Espagne de si magnifiques compensations. Sur l'autre mer, les Castillans maintiennent leur commerce avec les Flandres, avec Londres, Nantes, la Rochelle par les ports du golfe de Gascogne, et Séville devient l'opulent entrepôt du trafic avec l'Amérique, dont elle partage avec Bilbao le fructueux monopole.

L'industrie n'est pas moins prospère. Cuirs de Cordoue, armes de Tolède, papeteries et fabriques de soieries de Jaën et autres lieux étaient en possession d'une ancienne renommée qui était encore vivace et justifiée. Ferdinand et Isabelle, dès la réunion des couronnes d'Aragon et de Castille, avaient sagement encouragé la production manufacturière. Ils avaient, dès 1484, attiré des ouvriers italiens et flamands, leur avaient accordé une exemption totale d'impôts pendant dix ans, appel à l'étranger qui était alors un moyen de progrès, non un symptôme de décadence. Ils avaient protégé les manufactures naissantes et encore frêles contre les désastreuses atteintes de la concurrence extérieure ; c'est ainsi que pendant deux années toute importation de

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drap avait été interdite dans le royaume de Murcie et que l'entrée du royaume de Grenade avait été fermée aux filés de soie napolitains. Pendant la première moitié du xvi^ siècle, toutes les industries textiles fleurissent : le lin et la soie à Tolède, le drap à Saragosse où battent 16.000 métiers, à Barcelone, à Valence. Ocana devient célèbre par ses savonneries, plus encore par ses gants qui se répandent par milliers de douzaines bien au delà des Pyrénées. A Séville, à Cadix, à Valladolid se fabriquent les articles spécialement destinés aux colonies. L'agriculture offre, d'abord, un spectacle aussi réjouissant d'activité laborieuse. La nature avait prédestiné l'Espagne à produire en abondance des huiles, des vins, des fruits, même des blés; mais c'était à la condition qu'une culture industrieuse corrigeât la sécheresse du climat. Or, de pays plus rudes la péninsule avait reçu un peuple d'ingénieux cultivateurs, passés maîtres dans l'art de l'irrigation, qui avaient su transformer de vastes étendues de terres brûlées en merveilleux jardins. Les Maures avaient fait de l'Andalousie un pays fertile et prospère qui pouvait donner des leçons à toute l'Europe du midi. Même quand un fanatisme impitoyable eut du premier coup chassé 400.000 d'entre eux du royaume de Grenade (1492), ceux qui restaient furent encore une source de richesse pour la patrie marâtre qui les persécutait. Dans les cantons reculés des montagnes bétiques quelques-uns parvinrent à se maintenir, et leur survivance s'y révèle encore aujourd'hui par la fécondité plus grande des territoires où se perpétuèrent leurs intelligentes pratiques et leur patient labeur. Vingt-deux mille familles maures continuèrent d'occuper la plaine de Valence jusqu'aux premières années du xvii^ siècle^ et ils achevèrent d'en faire la

1. Une partie des Maures établis dans cette région avait péri au moment de la violente révolte agraire de 1519, qui avait soulevé contre les grands propriétaires et leurs serfs musulmans les marins, artisans et paysans chrétiens.

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hiierta, c'est-à-dire h jardin modèle ; la science de rarrosasfe y était poussée à ia perfection -et les eaux du Guadalaviar, ménagées avec un soin jaloux, avai-ent permis d "y développer, à côté de telfes cultm^es classiques des rives méditerranéennes oommie le mûrier et l'oranger, les plantations de canne à suci'e. Aussi bien, pendant la majeure partie du xvi^ siècle, dans l'ensemble du royaume, Tagricultare conserve quelque eili*®«e de âa pîK>spérité que lui avaient donnée les Maures. Les inag'nifiques oliveraies de rAndaJousie sont toujours en plein rapport et la dîme de Thuile à SéviJle atteignait le ebi^re comsidéirabie ée 32. 000 du-cats ; le reaidement était assez fort po;u;;r entretenir d'impOTtaates savonneries. D'autiPes cultures, que les Musulmans avaient ignorées, ou écartées pour des irisons religieuses, se répandaient : dans iesrégioashiîinides du Nord, celle du lin ; dans la Castiile brûlante, la vigne, qui empiétât même sur les céréales. Les gros vins des plateaux trouvaient en Amérique im écouleaaîenjt irânianérMeur ; quant aux grands er^is du Sud, comme l'AiicaMte, le Malaga, le Xérès, to^e l'Europe les recherciiait.

Pourquoi oette prospérité fut-eile éphémère ? Pourquoi l'Espagne, malgré sa position privilégiée sur deoix mers et comme aux avant-postes d^ l'Em'ope, malgré l'avantage qu'elle eut. d'éta-e ia premièa'e à se tailler un eaaipire dans le Nouveau Monde, futr-elle victime d'uûe rapide et profonde décadence ? Point de sujet qui soit plus cligne des méditations de rkistorien.

Les causes de ce déclin sont politiques ^ morales, externes et internes.

Ce n'est pas seulement la concurreiioe de nations voisines, plus actives, plus laborieuses, mieux dirigées, comme la Hollande. l'Angleterre, la France. C'est aussi une série d'erreurs et de fautes dans la conduite des affaires espagnt^les.

D'abord ses rois n'arrivent pas à réaliser ruiùté éco-

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