Levasseur, Histoire du commerce, V. l, p
Les marchandises légères profitent naturellement des facilités croissantes offertes aux voyageurs : le courrier se charge des petits paquets, et le service des diligences se double d'un service"de messageries. Pour les gros transports, Henri IV organise un service royal de roulage sur les grandes routes, et de halage le long des voies navigables, qui, sous Richelieu, sera incorporé aux cinq grosses fermes. Les entreprises de voiturage restent libree, cependant ; mais bientôt il se forme de véritables compagnies privées, investies d'un monopole de fait, qui parfois, en majorant les prix de transport, gênent la circulation au lieu de l'activer. Au xvii^ siècle, les charrettes, trop lourdement chargées, ne parcourent pas plus de sept à huit lieues dans la journée et mettent quatre jours pour aller de Paris à Orléans : il faut dire que les rampes étaient fortes et les pavés glissants.
'Par eau ou par terre, par bateau, à cheval ou en voiture, quels sont ces rendez-vous où affluent marchands et marchandises ?
Au Moyen-âge, quand les chemins étaient encore plus pénibles et beaucoup moins sûrs, c'était exclusivement vers les foires traditionnelles que se dirigeaient, à époques fixes, et par caravanes, les voyageurs. Au xvi^ siècle, il en existe encore, de ces grandes foires périodiques. Dans le nord de la France, si celles de Champagne sont abandonnées, si celles de Bourgogne ont décliné, celles de Rouen continuent de prospérer. A Paris, la foire Saint- Laurent, qui jusque-là s'était tenue dans un champ, s'installe (en 1661) dans un enclos garni de boutiques et ombragé d'arbres : elle dure deux mois. Dans le Midi, les foires de Nîmes et surtout celles de Beaucaire conservent tout leur éclat jusqu'au miheu du xvii^ siècle ; ces dernières ne durent que trois jours, mais on y voit accourir des marchands, non seulement de toutes les régions de la France, mais de la Suisse, de l'Allemagne, de toutes les contrées méditerranéennes, et même de la
Perse ; Colbert ne dédaignera pas d'envoyer une escadre pour protéger les navires qui s'y rendent.
Pourtant, à mesure que se multiplient les communications journalières, ces grandes réunions annuelles ou même trimestrielles perdent leur raison d'être. Maintenant que la capitale -est approvisionnée de tout presque quotidiennement, les antiques franchises dont continue de jouir le Lendit de Saint- Denis ne suffisent plus à lui assigner un rôle considérable dans la vie économique de l'agglomération parisienne ; et la nouvelle foire de Saint- Germain-des-Prés devra son animation bien plutôt aux divertissements populaires qui y sont réunis qu'aux transactions commerciales qui s'y concluent. Les quatre foires de Lyon, si florissantes au xvi^ siècle, et qui durent chacune vingt jours, ne marquent plus en réalité que les moments où, dans cette grande ville, l'activité commerciale redouble d'intensité, surexcitée qu'elle est par l'attrait de certains avantages temporaires. A la fm du règne de Louis XIV le déclin des foires proprement commerciales est universel ; les gros négociants se reposent du soin de placer leurs marchandises sur leurs commissionnaires étabhs à demeure dans toutes les cités ; leur fonds de commerce est devenu trop considérable : ils ne le déplacent plus. Sur le foirail on ne vend plus guère que des articles d'une qualité inférieure à celle que l'on trouve dans les boutiques ordinaires ; « la durée légale de ces grandes assemblées marchandes n'est plus que rarement atteinte ; même en des provinces arriérées comme la Basse-Bretagne, elles s'abrègent par le simple consentement des vendeurs et des acheteurs i. » Seules les foires agricoles, surtout les foires à bestiaux ou à chevaux, comme celle de Guibray, près de Caen, échappent à cette décadence : elles dureront jusqu'à nos jours.
En réalité, les principales cités du royaume — sans