‹ Le travail dans l'Europe moderneChapitre 52 sur 151 · Fagniez, Économie sociale sous Henri IV, p · texte numérisé non relu

Fagniez, Économie sociale sous Henri IV, p

proques, Richelieu exige qu'ils soient astreints à payer les mêmes droits que les nationaux. De plus, les ventes et les achats pour le compte des « non-régnicoles » ne pourront plus s'effectuer que par l'entremise de comimissionnaires français, nés de père français, et il est défendu aux marchands français de prêter leur nom et leur marque pour faire bénéficier les marchands étrangers des privilèges de leuT ville. Les protestants de France ne laissent point passer l'occasion ; comme les fonctions publiques et même les professions libérales leur sont bientôt fermées, beaucoup d'entre eux cherchent dans les grandes affaires l'emploi de leur activité. Au milieu du xvii^ siècle, les frères Hogguers sont de véritables banquiers du Trésor royal ; Samuel Bernard et Crozat compteront parmi les plus riches financiers de l'Europe. Il est d'ailleurs, telle cité, comme Bordeaux, où c'est la colonie étrangère qui continue de diriger, jusqu'au xviii*^ siècle, le progrès du commerce. Mais il n'est pas douteux que, dans les deux derniers siècles de la monarchie, c'est du fond même de la nation que surgissent la plupart des grandes fortunes. Parmi les parvenus du temps de Richelieu, Macé Bertrand, qui possédait 4 millions de livres, était un fils de paysan; Le Ragois, qui avait amassé 60.000 livres de rente, avait commencé par être petit marchand; Catelan' qui dotait sa fille de 600.000 livres, était le fils d'un fripier ; Picard, qui achète le marquisat de Dampierre, avait débuté comme simple cordonnier.

Ces accumulations énormes de capitaux, qui étaient pour les contemporains, comme pour nous les milliards de quelques Américains, un objet d'étonnemeni, provenaient de sources diverses. Beaucoup se sont constituées d-ans des entreprises commerciales purement individuelles. Plus puissant que n'avait été Jacques Cœur, le fameux armateur dieppois Jean Ango avait retiré dé son trafic sur les côtes de l'Océan de si prodigieux profits qu'il avait pris des explorateurs à son service, et qu'il lui était

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loisible, avec sa seule flotte, de bloquer le port de Lisbonne et de dicter ses conditions au roi de Portugal (1530). Les nouvelles opérations du commerce maritim e présentent tant d'ampleur que, dès le début, les nobles sont autorisés à y participer ; successivement Louis XI, Henri IV, Richelieu, Colbert déclarent qu'ils pourront s'y enrichir sans déroger. Au xvii® siècle, nous voyons un certain Bouhier de Beaumarchais, avec six navires, gagner des millions dans le commerce de l'Amérique et des Indes. Mais dans ce domaine ce sont des bourgeois qui dirigent les expéditions les plus audacieuses : tel ce Lalande Magon, de Saint-Malo, qui, au milieu même de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, envoie deux frégates armées de canons porter de fortes cargaisons à Buenos-Ayres et à Carthagène de Colombie ; et la terrible guerre de la Succession d'Espagne ne l'empêche pas de trafiquer de matières d'or et d'argent jusqu'au Chih et au Pérou. Le célèbre négociant Le Gendre, de Rouen, possédait une fortune évaluée à cinq ou six milhons de livres. A Bordeaux, au xviii'3 siècle, se forment de véritables dynasties commercieles, celles des Gradis, des Nayrac, des Bonnafîé ; tout le monde, d'ailleurs, dans la grande cité, se mêle du « commerce des lies » : de simples artisans, et jusqu'à des domestiques sans ressources, se jettent dans la spéculation coloniale i.

Le commerce intérieur lui-même fait grandir de puissantes maisons. « Pour un marchand riche et grossier " que l'on trouvait au temps du roi Louis XI, écrit le panégyriste de Louis XII, Claude Seyssel, on en trouve aujourd'hui plus de cinquante.» Dans toutes les grandes villes, des commissionnaires, généralement étrangers à toute corporation, servent bientôt d'intermédiaires aux manufacturiers. Et si les nobles ne sont pas autorisés à prendre

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