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C'ost-à-dire traitant de grosses affaires

part personnellement à ce négoce d'apparence plus vulgaire, ils ne se font pas faute d'y placer leurs fonds en commandite. Dès le xvii^ siècle « la plupart des personnes de qualité, de robe et autres, donnent leur argent aux négociants en gros pour le faire valoir ; ceux-ci vendent leurs marchandises à crédit d'un an ou quinze mois aux détaillants ; ils en tirent par ce moyen 10 p. 100 d'intérêt, et profitent ainsi de 3 ou 4 p. 100 ' ». Même, en 1721^ le duc de la Force se permet d'om^ir, bien que n'ayant pas été reçu épicier et pour cause, un magasin de denrées coloniales. Aussi bien, à cette époque, la plupart des gros marchands de Paris occupent des maisons entières, de véritables petits hôtels, dont ils sont souvent propriétaires. Quelques-uns s'appliquent à embellir leurs boutiques, et le Petit Dmikerqiie, sis près du PonL-Neuf, « magasin curieux de marchandises françaises et étrangères et de tout ce que les arts produisent de plus nouveau », peut être considéré comme l'ancêtre de nos « grands magasins ».

Mais, qu'il s'agisse de trafic lointain ou d'opérations plus restreintes, à côté des entreprises individuelles se multiplient les entreprises collectives. Nous avens déjà parlé de l'association des marchands rouennais, qui s'était créée au xvi<^ siècle pour trafiquer dans les mondes nouveaux ; un siècle plus tard, à Saint-Malo, Danican et Magon forment des sociétés pour le commerce de la Chine et des Indes. A Lyon, à Paris, à Lille, on voit de gros négociants s'associer pour étendre leurs affaires. En dehors de ces associations privées, des groupements professionnels plus larges se constituent, qui n'ont rien de commun avec les anciennes corporations, et qui se proposent pourtant de défendre des intérêts analogues. Au xvi® siècle par exemple, on voit les négociants qui pratiquent la navigation sur la Loire se réunir en une espèce de syndicat, pour

1. Savary, cité par Lcvasseur, Histoire du commerce, t. I, p. LiOS.

veiller à l'entretien de la voie fluviale et obtenir la suppression des péages arbitraires. N'oublions pas enfin les compagnies semi-officielles. Celle des Indes orientales (de 1664) présente déjà le type d'une société anonyme où la responsabilité de chaque actionnaire est limitée à la somme de ses apports. Dans forganisation de la Compagnie d'Occident, fondée par Law, finitiative des actionnaires se dégage de la tutelle gouvernementale : ce sont eux qui, en assemblée générale, nomment les directeurs ; et d'autre part, c'est la première fois que sont lancées en France des actions au porteur. Les fournisseurs de la marine et de la guerre, les approvisionneurs de blé pour le compte de l'Etat forment aussi de grosses sociétés mi-privées, mi-publiques.

Ce sont, tout de même, les financiers proprement dits qui amassent les plus grosses fortunes i. Les uns dirigent simplement des banques particulières, mais dans certains centres leurs affaires atteignent des chiffres formidables. A Lyon, par exemple, à la suite de chacune des quatre grandes foires, il s'effectue des paiements considérables en argent, et surtout en écritures ; on y applique déjà le système des chambres de compensation, et sans qu'il soit déboursé plus de cent mille écus comptant, on y règle des comptes de vingt millions. La ville fixe le taux du change pour les principales cités du continent ; aussi y trouve-t-on établis de puissants capitalistes, tels que les Anisson ou les frères Hogguers. Des personnages moins importants sont les courtiers, qui se bornent à négocier les effets- et à recouvrer les créances des gros négociants. En revanche, les fermiers-généraux jouent un rôle essentiel dans l'Etat : ce sont eux qui font à la royauté l'avance du produit des impôts indirects, ce sont eux qui

1. Très souvent, d'ailleurs, jusqu'à la fin du xvu' siècle, ce sont les mêmes personnes qui se livrent au commerce de l'argent et au grand négoce. Voir Savary, cité par Levasseur, Histoire du commerce, t. I. p. 308, et Sagnac, Histoire de France Lavisse, t. VIll', p. 251-io2.

les perçoivent ; et cette perception leur assure des bénéfices' tels que le Trésor, dans ses moments de détresse, est obligé de s'adresser à eux pour placer ses emprunts. Aux intérêts parfois usuraires qu'ils touchent régulièrement s'ajoutent les profits exceptionnels qu'ils peuvent retirer de l'agiotage, ce moyen d'erfrichissement rapide inauguré avec tant d'éclat à l'époque du Système.

Voilà donc une aristocratie nouvelle, qui a grandi en marge de l'ancienne, et dont la société moderne doit, bon gré mal gré, reconnaître les titres. Rien que par la manière dont ils vivent, ses membres prouvent qu'ils se sont haussés au-dessus de la masse des roturiers. « Souvent élevé au collège à côté des fils de magistrats et de gentilshommes, le commerçant du xvii^ siècle ne se distingue plus de la noblesse par son train de vie -; ce n'est phis un marchand, c'est un chef de maison, un grand spéculateur, qui a ses bureaux comme un ministre, ses correspondants à Cadix, à Londres, à Francfort, à Hambourg, à Amsterdam, à Venise ; qui traite les affaires dans son cabinet ou à la Bourse, et qui laisse la vente à ses commis i. » Au temps de Richelieu, les Catelan, les Tabouret écrasent de leur luxe les plus grands seigneurs ; au xviii^ siècle, les premiers négociants de Bordeaux embellissent la ville de leurs hôtels princiers. Tel parvenu de la finance joue au Mécène, comme ce Montauron à qui Corneille dédie Cinna, et Voltaire constate que « la pohtesse a gagné jusqu'au fond des boutiques ». Parmi les derniers fermiers-généraux plus d'un se rendra célèbre par la supériorité de son esprit ou par l'éclat de sa générosité : il suffit de rappeler les noms d'Helvétius et de Lavoisier.

Rien n'est plus facile, d'aijleurs, à un gros marchand que d'entrer dans une famille noble : il ne manque pas de gentilshommes ruinés qui sont prêts à marier leur

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