‹ Le travail dans l'Europe moderneChapitre 55 sur 151 · II. — L'industrie · texte numérisé non relu

II. — L'industrie

§ 1. — L'évolution du régime corporatif.

Extension et consolidation apparente du régime: tentatives d'élariïissenient. — Les dérogations : charu brelans, ouvriers suivant la Cour, ouvriers du Louvre; vente de lettres de maitrise. — Le poids de la fiscalité royale : la banqueroute imminente.

L'époque que nous étudions voit à la fois se perpétuer

l'organisation industrielle du Moyen-âge et se développer de nouvelles formes de production. Examinons d'abord comment les anciens cadres ont pu survivre à la transformation de l'économie urbaine en économie nationale.

Du règne de Louis XI à celui de Louis XV le nombre des corporations instituées dans le royaume n'a cessé de grandir : pourquoi l'absolutisme monarchique a-t-il ainsi favorisé — au moins en apparence — l'extension d'un régime qui présentait à l'origine un caractère exclusivement municipal ? C'est que, depuis l'échec du mouvement communal, les villes ont cessé de porter ombrage à la royauté, qui a d'ailleurs pris ses précautions pour réprimer chez elles toute velléité d'indépendance. De plus, au xvi^ siècle, elle est parvenue à remplacer, au sein des corporations les plus importantes, les magistrats élus par ses propres officiers. A multiplier les corps de métier, elle ne court donc aucun danger : elle y trouvera même son compte.

D'abord, et Louis XI fut un des premiers à le comprendre, les nouveaux maîtres qu'elle créera seront pour elle, dans la lutte qu'elle a entreprise contre la féodalité, autant d'alliés de surcroît. Et puis, pour le bon ordre du royaume, il est utile que le régime corporatif se générahse : qu'il s'agisse de sauvegarder les intérêts du public, d'assurer la tranquillité sociale, de protéger ou de surveiller la production ouvrière elle-même, la pohce du roi pourra s'exercer ainsi d'une façon plus uniforme et plus efficace. Voilà donc pourquoi la grande ordonnance de 1581, bientôt confirmée et étendue par celle de 1597, prescrit à « tout artisan tenant boutique dans les villes ou bourgs où les métiers ne sont pas officiellement constitués, de prêter le serment de maîtrise » : c'était, comme dit un historien i, « le travail national embrigadé sous l'œil et sous la main du roi ». Mais ce que Henri III et Henri IV

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