Levasseur, Histoire du commerce, t. I, p
lancées en 1767 ne sont pas seulement intéressantes parce que le gouvernement autorise tous les étrangers, les Juifs même par conséquent, à les acquérir : l'arrêt de création spécifie que, pour cette fois, les Six Corps ne seront pas admis à les racheter.
En même temps qu'elles voyaient se rétrécir leur champ d'action et -péricliter leur autonomie, les corporations s'alïaibHssaient d'une autre manière encore : elles s'appauvrissaient. Ce n'étaient pas seulement les lettres de mai' trise qu'elles devaient à chaque instant racheter, c'étaient les offices ridicules et insupportables que le gouvernement, aux heures de crise, créait à tort et à travers, à l'unique fin d'extorquer d'une façon indirecte de l'argent à l'industrie. Richeheu institue coup sur coup des offices héréditaires de contrôleurs-marqueurs-visiteurs de toiles (1627), de prudhommes visiteurs de cuirs (1629), de contrôleurs de papiers (1633), de contrôleurs de draps et teintures (1639). Pendant la minorité de Louis XIV, les expédients fiscaux, onéreux aux gens de métier, redoublent tellement que ceux-ci prennent une part active au soulèvement de la Fronde. Dans la dernière période du règne, les charges de toutes sortes qui pesaient sur les communautés s'aggravent au point de les accabler. « En 1691, la royauté déclare c^u'elle va remplacer tous les jurés et syndics par des agents à sa nomination ; aussitôt les corporations de s'arracher 300.000 livres pour éviter le malheur suspendu sur leur tête. En 1694, on s'avise d'ins-» tituer des offices d'auditeurs et examinateurs pour le contrôle de leurs comptes : nouveau sacrifice de 400.0QO livres pour en obtenir la suppression. En 1711, on ira jusqu'à leur interdire de recevoir de nouveaux maîtres i. » Alors elles contractent de gros emprunts, et éprouvent la plus grande peine à servir les intérêts de leur dette : le recrutement des maîtres devient difficile. Une liquidation
1. Georges Rena.rû,' Syndicats, irade-unions et- corporations, p. 118 et suivantes.
s'imposait : elle ne pourra s'opérer. Les offices, dont le rachat est désormais obligatoire, se multiplient de plus belle ; la création de nouveaux maîtres par mesure administrative tend à réduire progressivement les profits des anciens. On peut dire qii''à la fin du xviii^ siècle le régime corporatif, comme l'absolutisme dont il est en gi'ande partie la victime, est acculé à la banqueroute.
.:; 2. — Les encouragements à la grande industrie.
Les raisons de la monarchie. — Immunités, subventions, monopoles accordés aux entrepreneurs ; les manufactures d Etat. — Le recrutement de la main-d'œuvre : les artisans étrangers, les paysans. — Facilités d'approvisionnement ; droits protecteurs et primes à Texportation.
Fille du grand commerec, la grande industrie se développe naturellement, comme lui, en marge d'une organisation vieillie et bientôt condamnée. C'est en vain que, vers la fin du xvii^ siècle, l'Administration essaiera d'obliger, par exemple, les ouvriers et les entrepreneurs des manufactures de laine à se grouper en corporations jurées autour des bureaux de fabrique : à moins de ne garder des anciennes institutions que le nom, le régime corporatif était incompatible avec cette double concentration des capitaux et de la main-d'œuvre qui est l'essence de la manufacture. Celle-ci présente d'ailleurs souvent un tel caractère de nouveauté que l'on ne songera même pas à l'enfermer dans les cadres traditionnels.
Dans la première moitié du xvii^ siècle surtout, la royauté aura deux raisons pour une de favoriser ces établissements d'un genre inconnu : ils ne contribueront pas seulement à enrichir l'Etat, mais aussi à l'apaiser. Henri IV les considère comme un « facile et doux moyen de purger le royaume de tant de vices que produit l'oisiveté )). Le travail, n'est-ce pas, dit un contemporain \