Montchrestien
« la bride des guerres civiles » ? Richelieu exprimera la même pensée, plus rudement \ Quant à Colbert, il voudra que la France ait, comme lui, la passion du travail. « Je donne l'ordre aux entrepreneurs de la manufacture des bas de laine d'en aller faire l'établissement à Clermont et à Blesle, écrit-il à l'intendant de Riom, ainsi que les habitants de ces deux villes le désirent. » Peut-être, ajoute M. Lavisse, « ces habitants l'avaient-ils désiré en effet, mais ce n'est pas sûr ; le ministre supposait volontiers les intentions qui lui étaient agréables. A peu près tout le royaume est ainsi « mis en train ^ ».
Se trouverait-il cependant dans le pays une masse suffisante de capitaux disponibles, et parviendraient-ils à former spontanément les groupements nécessaires ? Les corporations, tant pour l'exercice des divers métiers que par l'excès de leurs dépenses somptuaires, en absorbaient beaucoup. Les riches particuliers inchneraient-ils à placer leurs fonds dans des entreprises aléatoires, quand les rentes pubhques, quand les prêts privés, quand les offices et les charges vénales, leur offraient tant de placements plus sûrs, plus honorables, sinon plus avantageux ? Par nature « les Français ne sont point un peuple âpre au gain ; les choses d'argent ne sont jamais celles qui nous ont intéressés le plus ^ » ; ne faudra-t-il pas, pour triompher des hésitations, que la volonté royale se manifeste ? Colbert en juge ainsi. Il invite les nobles à participer aux entreprises nouvelles, de leur argent et même de leur personne, en les garantissant contre tout risque de dérogeance. Il essaye de « dégoûter les rentiers des rentes )>, en leur témoignant le mépris et presque la haine que lui inspirent leurs placements oisifs, et en les menaçant de réduire exprès leurs revenus. A l'égard des officiers, des « fermiers », qui dépendent plus directement du minis-